Danse : Didier Lockwood et Raghunath Manet, entre Orient et Occident
01/12/2011
Dans la mythologie indienne, Omkara est le premier son émis au monde. En 2001, le danseur et musicien Raghunath Manet et le violoniste de Jazz Didier Lockwood décident d’explorer la diversité des sonorités qui en découlent. Dix ans après leur première création, les deux artistes reprennent leur dialogue musical.
Didier Lockwood
Raghunath Manet est l’un des plus grands joueurs de veena. Sur l’imposant instrument, il perpétue le répertoire de la musique classique indienne. A ses côtés, Didier Lockwood laisse échapper de son violon les sons les plus improbables. Une fois son archet en prise avec les cordes, tout son corps se met en branle : il tape du pied et se déhanche. Comme un trait d’union entre les deux, le percussionniste indien Murugan ne cesse presque jamais de tambouriner. Les voilà embarqués dans un échange créatif et vibrant entre râga et jazz . « Outre les thèmes écrits, on se cherche dans l’improvisation. Quand on se trouve c’est un feu d’artifice », explique à juste titre Raghunath Manet, qui tient lieu de chef d’orchestre sur scène.
Raghunath Manet et Didier Lockwood
Quand il n’est pas en train de jouer, Raghunath Manet dont l’énergie semble intarissable, danse. L’expression de son visage en alerte, il traverse d’un bout à l’autre la scène avant de se figer dans des poses géométriques inspirées des sculptures et des bas reliefs tamouls. Originaire de Pondichéry, il contribue au développement du bharata natyam, une danse traditionnelle du sud du pays. S’il apporte un caractère chorégraphique au bharata associée au Dieu Shiva, il l’enrichit aussi de ses nombreuses collaborations musicales (Michel Portal, Richard Galliano, Archie Shepp…) et chorégraphiques (Carolyn Carlson). Car selon lui, une tradition « doit être vivante, si elle n’est pas réinterprétée, elle est vouée à disparaître ». Mais au-delà du souci de tradition, ce qui lui importe le plus, c’est « la performance, l’énergie du corps qui éclabousse comme un big bang ». Nous voilà revenus aux origines du monde.
Didier Lockwood et Raghunath Manet
Au milieu d’une mise en scène simple, composée uniquement des interprètes et de leur instrument, la magie opère. Omkara II est une création qui navigue entre danse et musique, divin et terrestre, tradition et modernité, Orient et Occident. Le tout (guidé par l’amour du son, la rencontre de deux cultures et le plaisir de l‘improvisation) coule de source.