BD : Jérémie Dres rend visite aux Juifs de Pologne
29/11/2011
« Nous n’irons pas voir Auschwitz » … Une bande dessinée a rarement eu un titre aussi polémique. Pour qui veut renouer avec la part juive de l’histoire polonaise, le camp de concentration semble en effet une étape obligatoire. Tant de Juifs y ont été suppliciés que ne pas y aller peut passer pour un manque de respect, presque un sacrilège. Mais, justement, les grands-parents de Jérémie Dres n’y ont pas trouvé la mort. Ils ont quitté la Pologne avant la guerre, ont ouvert une boutique de confection à Paris et y ont fondé une famille.
C’est donc en évitant soigneusement Auschwitz que Jérémie, accompagné de son frère Martin, part visiter la Pologne peu après le décès de sa grand-mère. Au-delà de la mort, les deux Français y cherchent des traces de vie. Et c’est la vie même qu’ils rencontrent, la vie complexe et contradictoire de la communauté des Juifs de Pologne. D’un rabbin progressiste à un jeune musicien qui intervient dans le cadre du festival de Cracovie, les hommes et les femmes qu’ils rencontrent brisent leurs clichés sur la disparition de la religion et de ses adeptes au pays du ghetto de Varsovie.
Mais, sur leur route, les deux frères rencontrent également d’autres pèlerins, comme eux avides de bribes de leur histoire familiale. La banalité de leur démarche ne cesse de les surprendre et c’est sans doute cette candeur qui touche le plus le lecteur : ce que raconte, à sa façon, cet épais roman graphique, c’est que nous avançons tous sur le même chemin. Oui, nous avons tous, souhaité en savoir plus sur la vie de nos défunts parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, cherché dans leur destin une justification du nôtre. Comme les frères Dres, nous nous croyions uniques, nous n’étions qu’humains. Cet émouvant miroir tendu au lecteur et ce décoiffant portrait des Juifs de Pologne réussissent l’exploit de faire oublier les défauts du livre : un trait noir et blanc des plus frustes et un cheminement graphique parfois bien peu imaginatif …