NEWSLETTER     MON COMPTE  
OK
 
TOUTES LES ACTUALITES

Romuald Hazoumé: « Stéphane Hessel a raison de clamer

ACTUALITE

BENIN YORUBA INDIGNES VAUDOU ESCLAVAGE

Romuald Hazoumé: « Stéphane Hessel a raison de clamer "Indignez-vous" »

25/11/2011

Romuald Hazoumé est un artiste béninois fortement influencé par la culture vaudou de l’Afrique de l’Ouest.  Au départ, ses œuvres plastiques, des masques traditionnels qu’il confectionne à partir de bidons et des matériaux de récupérations, sont autant de réflexions sur le regard que nous posons sur les croyances spirituelles d’antan et les limites de la société de consommation.
 


Sensible à l’histoire de son pays, notamment celle du commerce triangulaire, l’art de Romuald Hazoumé est au service de son peuple et de la culture yoruba. Commandé par une institution anglaise, son exposition La bouche du roi retrace le voyage de ces hommes et de ces hommes transbahutés contre leur volonté, vers les Caraïbes et les Amériques. Une œuvre sensitive, où les bidons d’essence sont disposés comme des esclaves dans les navires négriers, chargée d’histoire et de repères. Entretien.

 

 


Le vaudou a été l’un des éléments primordiaux dans la révolte des esclaves en Haïti. Déracinés, humiliés, leurs croyances étaient l’une des seules choses qu’il leur restait. En tant qu’artiste, cette croyance nourrit-elle votre propre révolte ?

 


Romuald Hazoumé : Je  crois au vAUdou comme tous les Béninois. Cette croyance me nourrit et me permet de bien connaître ma culture et de la développer.

 

 

 

 

 

"La bouche du roi" de Romuald Hazoumé

 

 

 

 


Dans votre exposition La Bouche du roi, plus de 304 masques fabriqués avec des bidons d’essence étaient disposés au sol à la manière dont les esclaves étaient répartis dans les soutes. Mais cette exposition voulait également parler de l’esclavage contemporain. Qu’elle est la réalité de l’esclavage à l’heure actuelle ? En Afrique par exemple ?

 


Romuald Hazoumé : « Ils ne savaient pas où ils allaient, mais ils savaient d’où ils venaient. Aujourd’hui ils ne savent toujours pas où ils vont, mais ne savent plus d’où ils viennent ». Cette phrase explique la gravité de la situation.


Pour La bouche du roi, je me suis permis de rafraichir la mémoire des gens, sur ce qu’on croit être aboli depuis près de deux cents ans.  Mais qui continue toujours  sous d’autres formes sournoises partout dans le monde.  Nous n’avons pas l’exclusivité de cet esclavage moderne, regardez autour de vous, n’allez pas trop loin, les vrais esclavagistes sont partout. Surtout en ce moment de plus en plus de gens vont être dans la rue, car ils ne pourront plus travailler alors qu’une minorité continue à s’en mettre pleins  les poches. Car ces grands patrons ont le pouvoir et peuvent se permettre de rendre les autres esclaves. Ils sont les Maîtres du monde. Ils sont intouchables, ils font peur aux gouvernements car ils tiennent l’économie.


Nous, en Afrique, nous n’avons pas encore compris qu’il faut que nous nous aimions un tout petit peu plus. Hier, nous vendions les nôtres pour les Amériques et aujourd’hui nous les vendons  pour travailler dans les champs de cacao et les carrières de concassage de pierres. Certains dirigeants après 20, 30, 40 ans au pouvoir n’ont pas pu donner de l’eau potable à leur peuple, ni la lumière. Alors vous devez savoir que nous sommes tous dans ce bateau-là  aujourd’hui et cette phrase convient bien à cet esclavage actuel.  Stéphane Hessel a raison de clamer « Indignez-vous » et il est entendu !

 

 


Votre travail est basé sur la « métaphore ». A l’instar de cette œuvre imprégné d’excrément et d’urine, sensée transcrire le calvaire vécu par les esclaves, lors de la traversée de l’Atlantique. Un artiste doit-il forcément être subversif pour porter la mémoire de l’esclavage et faire comprendre au monde entier les atrocités d’un tel commerce ?

 


Romuald Hazoumé : Je n’ai pas l’impression d’être subversif en plaçant des odeurs d’urine et d’excréments dans cette pièce. Au contraire, je suis dans le réel. Je le fais pour que ceux qui la regardent puisent ressentir dans quelles conditions horribles les esclaves étaient transportés.
 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Se souvenir coûte que coûte de son passé, ne pas oublier cette part de l’histoire quand le pouvoir peut corrompre celui qui le détient,  est-ce votre leitmotiv ?

 

Romuald Hazoumé : Le devoir de mémoire  s’impose à tous. Malheureusement, aujourd’hui nous avons tous la mémoire courte surtout chez nous en Afrique et nous continuons les mêmes choses sous une autre forme assez grave à mon avis. Et puis il y a l’irresponsabilité des dirigeants africains, des soi-disant élites politiques,  qui ne s’engagent pas réellement pour le développement de leur pays.

 


Le destin du continent africain est très lié à son passé tragique. Pour certains, tout se répète de façon éternelle. Avez-vous le sentiment que l’art peut renverser cette tendance ?

 


Romuald Hazoumé : Oui  je suis certain que la culture et l’éducation  peuvent renverser cette tendance. Le jour où les intelligents qui sont à la tête de nos différents pays comprendront cela, ils auront écrit une belle page dans le développement de l’Afrique. A-t-on vraiment besoin des bailleurs de fonds pour investir dans notre culture et dans notre éducation ? Non ! Nous avons tout ce qu’il faut pour changer notre destin. Mais 50 ans après l’indépendance,  nous n’avons pas encore compris.

 

 

 

Est-il nécessaire d’exposer l’esclavage dans les musées ? Sous quelle forme la mémoire de l’esclavage peut-elle entrer dans un musée ?

 

Romuald Hazoumé : Vous parlez de quels musées ? Si vous parlez de ceux qui sont chez vous, il y a suffisamment de gens pour vous donner des idées. Mais si vous parlez de ceux qui n’existent pas chez nous,  il faudra que nos intelligents leaders  pensent à les construire d’abord !
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous définissez-vous comme un artiste engagé ? Militant ?

 
Romuald Hazoumé : Je suis un « arè », un artiste itinérant dans la culture yoruba, ma culture, et notre art a toujours été au service de la  communauté. J’ai le devoir de perpétuer et de développer cette tradition, c’est pourquoi je vis chez moi et suis au service de mon peuple.

 

 


Vous arrive-t-il aujourd’hui de cauchemarder de l’esclavage ?


Romuald Hazoumé : Je dors très peu et bien et ne me souviens pas souvent de mes rêves. Mais j’ai un rêve : qu’il y ait beaucoup de « printemps  de liberté » et un peu partout.

 

 

Propos recueillis par Julien Bouisset


25/11/2011
BENIN YORUBA INDIGNES VAUDOU ESCLAVAGE


Réagir   

Share to Facebook Share to Twitter Stumble It Email This More...



TOUTES LES ACTUALITES



// LIRE AUSSI

Mondomix sur
Twitter

Facebook

Google Maps



PUBLICITÉ



Les blogs
Mondomix


TOUS LES BLOGS










Recherche par continent


Recherche par nom




mondomix.com Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix