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Paco de Lucia à Pleyel : virtuose maîtrise

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FLAMENCO PACO DE LUCIA DUQUENDE FARRUCO CAMARON DE LA ISLA GUITARE

Paco de Lucia à Pleyel : virtuose maîtrise

24/11/2011

 Lundi 21 novembre, le plus grand guitariste du Flamenco, Paco de Lucia, donnait un concert en septet Salle Pleyel. Deux heures d'émotions de première classe. Impressions.

 

 


 

Paco de Lucia, maestro absolu

 

 

Il est très précisément 20h00 lorsque le maître incontesté de la guitare flamenca se présente devant le public de la salle Pleyel.

 

A 20h03, assis devant une luxuriante composition de plantes vertes, Paco de Lucia, empoigne sa guitare pour en tester une dernière fois le bon accordage.

 

A 20h05, son premier morceau démarre, doux mais forcément virtuose.

 

A 20h08, le premier olé de satisfaction fuse de la salle. Une poignée de minutes plus tard, les dernières notes de ce solo déclenchent déjà une ovation.

 

50 ans et des poussières, souvent d'étoiles, que le maestro explore le manche, les cordes et la caisse de résonnance de sa guitare au profit de sa religion flamenca. Presque autant d'années passés à en repousser les frontières et en récolter les fruits, sans se lasser, sans se reposer sur ses lauriers. Et ça s'entend. 

 

Au second morceau, une partie de ses musiciens se faufile dans la pénombre. A sa gauche, on distingue à peine trois hommes qui, au fur et à mesure de sa progression, ponctuent la ligne mélodique de simples chœurs tout en marquant le rythme de leurs mains, jouent des palmas, comme disent les aficionados. 

 

De l'autre côté de la scène, les percussions, djembé et cajon, résonnent. Si l'utilisation du tambour africain est de plus en plus fréquente dans le flamenco, la présence de la vibrante caisse de bois semble totalement indissociable du genre andalou. Pourtant, cette percussion péruvienne ne fut seulement introduite dans la disipline qu'en 1976 par Paco De Lucia, via  Rubem Dantas, le percussionniste brésilien de son groupe d’alors.

 

 

Ce soir, c’est Poti de Trujillo qui remplit ce rôle, avec, à ses côtés, le bassiste cubain Alain Pérez. Ils sont rejoints par le clavier et harmoniciste Antonio Serrano et le neveu de Paco, Antonio Sànchez Palomo, second guitariste. Aux premières notes du quatrième morceau, les nappes désuètes d’un synthétiseur laissent craindre un dérapage vers une esthétique douteuse. Heureusement, cette couleur criarde n’apparaîtra que fort peu durant le récital, dominé par les feux d’artifices du maître et de ses hommes. 

 

Le guitariste à beau rester dans les cordes du flamenco en enchaînant tangos, bulerias ou rumbas, la finesse et l'inventivité de son jeu ne cessent d'ouvrir des horizons.

 

S'il se refère sans cesse à son histoire, la richesse de ses phrases balayent de nombreuses esthétiques, flamenco, jazz bien sûr, classicisme aussi. A mi chemin d'une expression populaire et savante, sa maîtrise est totale. Il lie les montées et les descentes de notes comme les variations de vitesse avec une souplesse irreprochable. On le sent guidé par une quête, fertile, de pureté sonore et ça s'entend.

 

 

 


 

Dans l'ombre les silhouettes de Duquende et David de Jacoba 

 

 

Le nom de Paco de Lucia est associé à jamais à l'astre irradiant et irradié du flamenco moderne, le cantaor andalou, Camaron de la Isla, mort en 1992 de trop d'excès, de trop de talent. Icone absolue, dont le guitariste fut l'alter ego et le guide musical durant la période ascendante de leur carrière. Depuis, Paco a fait ses preuves et ce passé est loin d'être vécu comme un poids. Bien au contraire, il est le gardien majoritaire de l'héritage, celui qui adoube les prétendants au titre. A ses côtés, les deux chanteurs possèdent les bonnes cartes. Le cante de David de Jacoba est inspiré et fluide et celui de Juan Cortès Santiago, dit Duquende, profond et intense. Quand résonnent les vers du classique camaronien, Como el agua, l'esprit de la légende plane dans l'air de la Salle Pleyel. Ce soir les deux chanteurs portent la barbe comme sur le visage dessiné sur le t.shirt Camaron Tatoo, porté par Farruco lors de son solo.

 

Chez ce jeune sévillan, la danse est un talent génétique, devenu générique d'une famille où, de la mère, la Farruca, aux frères Farruquito et Farru, chacun possède ses fans. Ceux de Farruco semblent venus en nombre.

 

Le final est dédié aux solis des musiciens et l'on comprend que la maestro est entouré de virtuoses à fortes personnalités. Chaque numéro est époustoufflant, mais l'échange entre l'oncle et le neveu est incroyable. Après avoir chacun développé leur théme, leurs suite d'accords se répondent. Ils raccourcissent progressivement leurs interventions, tout en accelérant la cadence, pour finir par échanger note à note à la double ou triple croche, nous offrant la preuve d'une vertigineuse complicité.

 

A la fin, debout, le public   leur accorde un triomphe. Ils mettront un bon moment avant de revenir pour le rappel, exécutant une succession similaire de solis, pour se faire plaisir certainement mais aussi peut-être pour nous suggérer qu'ils sont arrivés au point ultime de leur concert et qu'ensuite ils pourraient devenir ennuyeux. Mais le public est ravi de ces deux heures de musique de haute volées et ça s'entend!

 

 


Le danseur Farruco dans son t.shirt Camaron Tatoo

 

 

Benjamin MiNiMuM


24/11/2011
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