Un gigantesque feu crépite sur deux écrans géants. Au milieu de ce sinistre spectacle, une voix s’élève et réduit l’homme à de la « vermine ». Le ton de la nouvelle création du chorégraphe français François Verret est donné. Courts-circuits part de cette combustion pour évoquer les dysfonctionnements de la société contemporaine.
Comme toujours chez François Verret, la scénographie est soignée. Le plateau se découpe en une multitude d’espaces ouverts ou fermés selon les jeux de lumière. Des palettes s’entassent dans un coin, une vitrine exhibe des femmes comme de la marchandise puis laisse entrevoir un épais magma d’anonymat. Les effets visuels abondent et participent à l’atmosphère électrique. Un sol glissant emporte les interprètes dans une chute perpétuelle trahissant leur dégringolade intérieure. D’où leur gestuelle saccadée, désarticulée, jusqu’à atteindre un état de convulsion. Seul le musicien Jean-Pierre Drouet, immuable au centre de la scène, reste à l’écoute des corps en perdition qui se meuvent autour de lui. La pianiste Séverine Chavrier le rejoint ponctuellement pour rajouter sa touche à l’immense chaos ambiant.
La pianiste Séverine Chavrier se préparant pour le spectacle précédent de François Verret
« Je suis en état de choc. Choc, choc, choc », déclare l’un des danseurs avec une tranquillité déroutante. Malgré quelques crises d’hystérie, c’est l’état d’apathie qui prime chez les huit danseurs, comédiens, musiciens et circassiens. Des personnalités charismatiques et traumatisantes de l’autorité resurgissent du passé. Un danseur incarne Napoléon, un comédien se grime en Hitler. Voilà ce que les hommes et l’histoire ont créé : une société de consommation et de destruction, semble vouloir dire le chorégraphe. François Verret s’est inspiré de L’homme qui tombe (2008) de Don de Lillo, qui décrit le trouble intérieur provoqué par les attentats du 11 septembre, mais aussi du travail mené par le neurologue Oliver Sacks, confronté à des patients rescapés d’une épidémie.
Aucune issue salvatrice n’est envisagée dans cette œuvre spectaculaire. Chaos il y a, chaos il continuera d’y avoir. Les interprètes, voués à se débattre seuls, continuent à lutter pour rester debout. En pessimiste et pyromane assumé, François Verret rallume le brasier en guise de conclusion.