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WILLIAM WILSON ESCLAVAGE TRAITE NEGRIERE OCEAN NOIR

William A. Wilson : "L’artiste travaille pour laver sa honte d’être un humain"

18/11/2011

William Adjete Wilson est né à Tours, d’un père togolais-béninois et d’une mère française. Après des études d'ethnologie et de philosophie, il se passionne pour l’art et son impact sur les sociétés. Les nombreux voyages qu’il entreprend en Afrique de l’Ouest lui donnent l’idée de transcender le lourd passé de l’esclavage grâce aux différents médiums (pastel, peinture, sculpture) qu’il a appris à maitriser en autodidacte. Ses œuvres bariolées, sont autant de métaphores pour dénoncer la traite négrière et revenir sur l’histoire du continent africain. Comme pour montrer que notre passé est toujours primordial pour appréhender l’horizon. Un travail didactique, permettant de comprendre les notions d’identités, de métissage culturel et populaire, en toute objectivité.

 

Aujourd’hui, l’artiste nous propose son œuvre, « L’Océan Noir » : une installation de tentures qui retracent l’histoire du commerce triangulaire, de sa genèse jusqu’à son abolition, du 15e siècle à nos jours. Un périple permettant de dévoiler les liens étroits liant le continent africain, américain et européen depuis des siècles. Rencontre.

 

 


Pourquoi dans « Océan Noir » avez-vous eu l’idée de raconter l’histoire de vos ancêtres ?


William A. Wilson : Avant de raconter cette histoire, j’ai surtout voulu la connaître… Ce qui m’a frappé au cours de cette recherche c’est que cette petite histoire personnelle sur les origines de mon père me renvoyait toujours à la grande histoire, aussi loin que je puisse remonter dans la généalogie de mes familles africaines. C’est ce que je raconte dans L’Océan Noir, The black Ocean, O Oceano negro.
 


Pourquoi avoir suivi une pratique artistique traditionnelle béninoise ? Depuis votre travail sur "L'océan noir", vos œuvres sont imprégnées de l'art royal béninois, tel qu'il s'est longtemps pratiqué à Abomey (et continue de s'y pratiquer, mais à une échelle moindre). C'est un art qui vous a marqué durablement ?


William A. Wilson : Choisir la technique de l’appliqué de tissus s’est imposé à moi sous de multiples façons. C’était travailler sur un des lieux les plus importants dans l’histoire du Golfe de Guinée du 15 au 19 siècle : Abomey, la capitale du Royaume du Danxomè. C’était aussi travailler le tissu avec les héritiers de l’époque des artistes de cour. Ou encore renouer avec une tradition mais en apportant mon propre récit.

 

 


Vous avez imaginé une fresque de dix-huit tentures de toile pour parler du commerce triangulaire. Chacune d’entre elles évoque un évènement crucial dans l’histoire du peuple noir. Pourquoi ces œuvres sont-elles aussi vivantes, bariolées, alors qu’au contraire le destin de ces hommes et de ces femmes pris dans la traite négrière était des plus sombres ?

 


William A. Wilson : Ces tentures racontent l’Histoire de la rencontre des trois continents autour de l’Océan Atlantique ("L’Océan Noir"), l'Europe, l'Afrique et les Amériques sur une période de cinq siècles. Depuis l’arrivée des premiers navigateurs portugais vers 1475 jusqu’à aujourd'hui. La traite négrière est racontée en détail sur trois tentures. Les appliqués de tissus étaient très importants dans la culture du peuple Fon du Bénin actuel. Ils servaient justement à raconter l’histoire des rois et du peuple, les travaux quotidiens, les cérémonies religieuses, mais aussi les guerres, les exécutions... Pour les couleurs, lorsque les européens ont apporté des nouvelles étoffes et une grande gamme de couleurs assez stables, l’art de l’appliqué a connu un essor formidable. Je voulais que ce travail soit fait dans la joie et procure de la curiosité d'apprentissage. Il semble que cela donne une attractivité qui permet ensuite au spectateur de parcourir toute l’histoire sans se sentir agressé, ni découragé…


 

En plus de cette odyssée artistique, vous avez mis sur le marché un livre du même nom, complémentaire à l’exposition. Est-ce pour entreprendre un véritable travail de mémoire sur tous les fronts et faire ainsi comprendre coûte que coute au monde que le passé des Africains est très douloureux ?  Pour vous, est-ce le rôle principal d’un artiste de lutter contre l’oubli ?


William A. Wilson : Pour moi, ce livre est la première et la dernière pièce de la série. Il donne toutes les clés qui peuvent échapper au premier regard. Il y a aussi pour moi l’envie de transmettre en traitant à la fois les faits historiques, le récit de la fabrication et ma démarche dans son ensemble, puisque cela fait plus de 30 ans que j’ai commencé ce travail en réalité.  C’est un travail que j’ai voulu le plus complet possible tout en montrant pourquoi c’est indispensable de savoir certaines choses pour comprendre le monde actuel et la place que l’on y tient. Le rôle principal de l’artiste c’est d’être libre. L’artiste travaille à laver la honte d’être un humain.

 


Qu’est-ce que ce travail vous a apporté ? Vous a-t-il permis de vous détacher de ce lourd passé que vous n’avez jamais vécu mais qui fait inévitablement partie intégrante de vous ?


William A. Wilson : Ce travail m’apporte encore beaucoup, je suis surtout content que les expositions voyagent. Il y en a eu 19 à ce jour et le livre marche bien en librairie. Pour ce qui est du "lourd passé", je pense que partout dans le monde on pourrait parler de cela, tant les tragédies sont nombreuses. J’ai juste essayé de faire ce que je pensais bénéfique pour moi, ainsi que pour les autres. C’est pourquoi il y a plusieurs niveau de lecture, cela permet à un public plus large d'y trouver aussi son compte.   

 


 
Vous arrive-t-il aujourd’hui de cauchemarder de l’esclavage ?


William A. Wilson : L’esclavage, ce n’est pas une image, ce n’est pas du cinéma. C’est un système de domination. Il existe d’ailleurs encore aujourd’hui. On estime à 20 millions le nombre d’humains dans le monde vivant dans des conditions d’esclavage. Ce sont principalement des femmes et des enfants.

 

 


J’ai pu lire que l’ « Océan Noir » était une réponse au malaise ressenti dès votre enfance, comme peut-être le fait d’être né métisse. Selon vous, le métissage est-il une source de création artistique ?


William A. Wilson : Les mots même de métissage, noir ou encore blanc, sont marqués par l’Histoire. Le malaise que j’ai ressenti et que je ressens encore c’est le racisme. C’est l’histoire de ces 5 siècles qui se continue sous d’autres formes mais qui fait encore beaucoup de victimes. Malheureusement ce n’est pas parce que l’on a compris d’où vient le racisme que ça le fait disparaître…

 

 


Le vaudou a été l’un des éléments primordiaux dans la révolte des esclaves en Haïti. Déracinés, humiliés, leurs croyances étaient l’une des seules choses qu’il leur restait. Vos précédents travaux ont été inspirés par cette religion. En tant qu’artiste, cette croyance nourrit-elle votre propre révolte ?



William A. Wilson :
Le Bénin actuel est un des grands centres du Vaudou. Si on le retrouve aux Amériques, c’est que beaucoup de gens de cette région ont été victimes des razzias du royaume du Danxomè. Ils avaient même inventé des rituels spéciaux pour le départ des captifs vers l’esclavage. En se retrouvant assez nombreux au même endroit, les esclaves ont pu conserver cette culture et la faire évoluer dans un nouveau contexte. En tant qu’artiste, je suis très sensible aux représentations, et en particulier quand elles sont surnaturelles. A ce titre le panthéon vaudou est stupéfiant de diversité.

 

 « Océan noir » est-elle exposé quelque part en ce moment ?

 

William A. Wilson : Les prochaines expositions de l’Océan Noir  se dérouleront en décembre prochain, au Festival des divinités noires d’Aného au Togo, ainsi que du 2 mai au 3 juin 2012, au Musée d’Aquitaine de Bordeaux

 

 

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

 
William A. Wilson : Je prépare une exposition de grands collages de tissu. Une fois de plus je travaille sur cette matière mais avec « mes propres mains ». Egalement, pour le printemps prochain, je vais sortir un nouvel album de contes chez Gallimard Giboulées
 

 

 

Vous avez commencé par des études de philosophie et d'ethnologie. Le recul dépassionné qu'imposent ces deux disciplines n'est-il pas contradictoire avec la peinture, une forme d'expression on ne peut plus passionnée ?

 
William A. Wilson : Les passions : de vivre, d’apprendre, de découvrir et d’expérimenter ... sont les seules passions qui m’intéressent … Et aussi l’amour bien sûr. Tout le reste en découle. Que ce soit philosophique ou non !

 

 



Propos recueillis par Julien Bouisset  


18/11/2011
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