Dans l’optique de pousser toujours plus loin sa réflexion sur l’art, le prix Nobel de littérature (en 2008), est allé à la rencontre des élèves CM1/CM2 de l’école élémentaire Le Vau (vingtième arrondissement de Paris). Il était accompagné de la poétesse innue Rita Mestokosho, dont le dernier livre, Comment je perçois la vie, grand-mère, est préfacé de sa main. Les deux écrivains se sont entretenus pendant plus d’une heure avec les enfants. Reportage...
Il est 10h20. Les écoliers sont confortablement assis sur leur chaise, disposés en cercle dans la salle de classe. Ce détail peut sembler anecdotique mais il n’échappe pas à Rita Mestokosho. « Je remercie l’enseignant de vous avoir placés ainsi. Car le cercle symbolise le temps. Il montre que la vie tourne ». Elle se rassoie pendant quelque instant et sort d’un sac un teueikan (une sorte de tambour). « Je vais vous chanter une chanson » ajoute-t-elle. En rythmant son chant spirituel, elle scande un de ses poèmes en innu-aimum, la langue natale d'un peuple autochtone originaire de l’est de la péninsule du Labrador, sur la côte nord du Québec. Les enfants rient beaucoup. Ils ne comprennent certainement pas tout ce qui se déroule devant eux. Les secondes passent, au fil de ses mots étranges. Une fois terminée, elle pose sur leur tête respective, en guise de bénédiction, une plume d’aigle royal qu’une vieille Amérindienne lui a confiée lors du Sundance (rassemblement où l’on danse traditionnellement pendant quatre jours), dans le Dakota du Sud. Tout le monde est hypnotisé. La magie vient d’opérer…
Rita Mestokosho en train de chanter dans sa langue natale, l'innu-aimum
On le sait bien, rien n’est jamais gagné d’avance. La fin de cette cérémonie d’ouverture marque le début des lectures. Les meilleurs textes des enfants, sélectionnés quelques jours plus tôt par un vote à main levée, sont lus par leurs auteurs devant les invités. D’un poème sur un nuage à un drôle de récit où prince et grenouille se côtoient, les enfants lisent leur histoire avec passion. Comme si tous avaient attendu cet évènement depuis le début de l’année scolaire.
JMG Le Clézio
Une multitude de questions brulent les lèvres des élèves. A propos de Jean-Marie Gustave Le Clézio, ce sont ses origines mauriciennes qui les intriguent de . « Mais pourquoi vous n’êtes pas métissé ? ». Il esquisse un sourire. « Je ne suis peut-être pas métissé physiquement, c’est vrai. Mais la culture d’où je viens, l’île Maurice, est le résultat de mon métissage. D’ailleurs, tous les Hommes le sont…» répond-il. Une perche tendue pour évoquer, sans le nommer, le multiculturalisme. « Nous sommes tous frères, tous parents. C’est important d’apprendre à tous se connaitre. Si on ne le fait pas, on risque de louper quelque chose d’important. Qu’est-ce que vous en pensez ? », interroge-t-il. « On est d’accord avec vous », répond un petit garçon.
JMG Le Clézio avec les élèves de la classe
Mais c’est Rita qui attire l’attention de tous les élèves. On lui pose aussi beaucoup de questions, sur ses origines, sur le sens de ses poèmes. « J’évoque beaucoup la nature dans mes histoires car c’est grâce à elle que l’on vit tous. Elle est en moi, et je vis pour cela. Elle me respecte, me rend vivante, me donne du bonheur. Elle est ma famille ». Tout le monde l’écoute attentivement. L’horloge affiche 11h30. Il est bientôt l’heure de se quitter. Alors, la douce Innue se lève pour entamer le Makusham, la danse traditionnelle de son peuple. Elle chante et danse avec tous les enfants en file indienne. « On se souviendra de cette rencontre durant toute notre vie », affirme JMG Le Clézio. Les yeux des élèves, où brillent une lueur de joie, est la plus belle des réponses.
Rita Mestokosho signe des autographes
Julien Bouisset
A voir : « Les musées sont des mondes », du 3 novembre au 6 février 2012, au musée du Louvre.