L'humour et les mélodies des Boogie Balagan n'ont pas encore fini de nous surprendre. Azri et Gabri se sont rencontrés en Israël. Jeunes, ils préfèrent muscler les titres du pionnier Muddy Waters, plutôt que d’entendre résonner, à l’extérieur, le rythme des bombes et des guerres. Malgré cela, ils n’arrivent pas à trouver la paix intérieure. Dès lors, ils imaginent une sorte de nouvelle terre promise, le petit village de « Palestisrael city », où la quiétude et l’humanisme seraient les deux uniques articles de la Constitution. Où leur premier album, « Lamentation Wallo », ferait office d’Hymne national.
Alors en pleine tournée sur les routes turques, les Boogie Balagan nous ont dévoilés leur vision utopiste, en marge des révolutions arabes, et entrouvrir la porte du prochain volet de leur pamphlet musical. Rencontre…
Vous êtes actuellement en pleine tournée en Turquie. Pour le moment, avez-vous un bon retour du public ?
Boogie Balagan : Nous sommes en tournée depuis le 3 novembre dernier. Nous avons fait notamment des concerts à Istanbul, Bordrum, Antalya, Izmir ou encore Ankara. Pour être tout à fait honnête, nous sommes scotchés par le public même si nous jouons quelquefois devant moins de 30 personnes, comme c’est arrivé à Antalya, il y a quelques jours. Mais c’est certain, les turcs sont d’autant plus réceptifs, puisque nous jouons quatre standards de rock du pays des années 70 tel qu’Erkin Koray ou Ahmet Kaya. L’autre surprise c’est qu’ici, à Istanbul et Bodrum, des gens sont venus nous réclamer des titres de notre album, qu’ils connaissaient par cœur. Cela me laisse toujours sans voix…
Rencontre avec les Boogie Balagan avant leur tournée en Turquie
Vous êtes tous les deux nés en Israël, ayant vécus dans un petit village montagneux. Est-ce que la culture et la musique Klezmer est dans l’air ambiant du pays ? Est-ce pour cela que vous avez été programmé pour ce festival ?
Boogie Balagan : En fait, cela fait un moment qu’il était question de participer d’une façon ou d’une autre au festival, mais il vrai que nos racines musicales n étant pas très « Klezmeratiques ». Nous avons décidé d’y participer en soirée spéciale, lié au fait que nous avons composé une partie de la bande originale du film Le cochon de Gaza, et que c’était une bonne opportunité pour nous d’élargir les influences du festival. Nous serons donc la caution de la programmation « Jazz & Kezmer », après la projection du film.
Vous avez beaucoup voyagé dans le monde arabe, où vous avez conquis, avec vos nombreux concerts, le cœur d’un large public. Comme celui des égyptiens, des syriens ou encore des tunisiens. Mais pouvait-on pressentir ce qui allait se passer quelques mois ou quelques années plus tard ? Pouvait-on imaginer qu’il se passerait un jour une révolution de Jasmin ?
Boogie Balagan : Lors de cette tournée turque, nous avons recontré de nombreux Palestiniens et Syriens, et surtout un groupe de jeunes artistes Iraniens, activistes dans l’art et dans la contre culture de leur pays. Nous sommes heureux de voir qu’un peu partout, cette jeunesse avide de liberté arrive à contourner la censure. Ils ont tous faim de vivre une autre vie que celle imposée par leurs gouvernements respectifs. Leur problématique est « mathématique » : à savoir le trop grand nombre de personnes proches du pouvoir et de la violence qui les entourent…Donc pour répondre franchement, ces révolutions étaient et sont inévitables mais leurs conséquences réelles à ce jour sont encore un mystère.
"Dalida Blooz" des Boogie Balagan
Qu’imaginez-vous pour la suite des évènements ?
Boogie Balagan : Nous avons une imagination débordante, donc pourquoi pas une Palestisrael city ?! Très franchement le contexte mondial est, à tous les niveaux, imprévisible, donc nous préférons encore imaginer le meilleur et de croire à l’espoir.
Votre premier album a était enregistré dans des conditions très rock garage, très inspirés des années 60 et 70. Votre prochain opus sera-t-il enregistré sur le même ton que "Lamentation Walloo" ? En quoi sera-t-il différent ?
Boogie Balagan : La grande différence est que sur le premier album, les rythmiques étaient enregistrées avec un pied gauche tapant la mesure et des claps, et que sur le prochain nous avons optés pour une formule plus proche du Live avec batteries et percussions diverses. Cet album sera un concept album avec du Sound design et de la narration entre les chansons. Il s agira d’une uchronie (ndlr, contraire de l'utopie). Une sorte d’ode à la femme qui règne désormais sur le "Fatmazonia" et qui instaure un nouvel ordre. La question posée est simple : Et si demain les femmes décident de prendre le pouvoir au sens strict du terme, qu’est-ce qui changerait et qu’est-ce qui ne changerait pas ?
Mélangez les langues comme le français, l’anglais, l’hébreu, l’arabe, l’espagnol ou encore le turc fait-il toujours parti de vos priorités ? Comme proposer une musique à la croisée de tous les continents ?
Boogie Balagan : YES INDEED ! (Rire) C’est le concept absolu de Boogie Balagan. Car nous savons que l’humour est la meilleure façon de nous rapprocher des autres cultures, et des autres peuples…
Clip "Lamentation Walloo", Boogie Balagan
Alors, allez vous continuer à clamer la voix de la paix, pour Gaza, dans le prochain disque ?
Boogie Balagan : Palestrisrael city reste notre fantasme absolu ! Il nous faut un village « test », alors oui, pourquoi pas !! Mais encore une fois, nous préférons faire passer ce message sur le terrain comme nous le faisons en ce moment (suite à la crise de la « Flottille de la Paix » avec la Turquie), plutôt que de chercher des « appuis » institutionnels !
Il y a quelques semaines, la Palestine est devenue le 195e membre de l'Onu en matière de l’éducation, de la science et de la culture. Est-ce une bonne chose pour l’avancée d’un processus de paix ? Selon vous, les relations avec Israël vont-elles s’améliorer ? Faut-il comme vous le dites si bien, « arrêter de se lamenter ? »
Boogie Balagan : Si les artistes cessent de croire à cette paix, il n’y aura plus jamais d’espoir. Mais sur ce point nous sommes tout de même réservés car très franchement nous ne saisissons pas tous les tenants et aboutissants des tractations secrètes. Toutefois, nous rencontrons de plus en plus de jeunes musulmans lors de nos voyages qui, malgré tout, restent avides de paix et d’amour ! La minorité des extrémistes de tous bords ont pris le pouvoir « médiatique » mais il ne faut pas oublier que dans les années soixante, les minorités, c’est à dire les hippies affiliés au mouvement « Flower Power » ont réussi à faire cesser la guerre du Vietnam ! Nous croyons au mouvement « Falaf Hell Power » !!!
Quels sont vos futurs projets ?
Boogie Balagan : Avant notre deuxième album Boom qui est déjà en gros chantier, nous avons enregistré un mini Ep de covers turques dont des traditionnels avec quelques amis et nous allons essayer de le développer ici, en Turquie. C’est un projet pas totalement estampillé Boogie Balagan car c’est un mélange de guitares, machines et d’instruments traditionnels… Sinon, Le cochon de Gaza est encore dans les salles. Fort d’un joli succès, nous espérons avoir la chance de collaborer sur d’autres longs métrages.