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"Say it loud", l'Amérique noire se raconte

15/11/2011

Soul music, Marcus Garvey, Mouvement des droits civiques, Black Power, Malcolm X, Mohamed Ali, Black Panthers, Emeutes de Watts, James Brown, Melvin Van Peebles, Miles & Betty Davis...Autant de noms qui font écho, encore aujourd'hui, aux luttes des Noirs pour la liberté et l'égalité et à la formation de la contre culture afro-américaine. Bouillonnements politiques, profusion artistique, littéraire et musicale, les années 70 ont été l'apogée de ce mouvement. Canal 93 revient sur ce mouvement, dans le cadre de ses "Sessions du jeudi", avec une conférence intitulée "Say it loud, I'm black, I'm proud!" animée, non pas par James Brown, mais par l'écrivain et scénariste Pierre Mikaïloff. L'écrivain nous en donne un avant-goût ...

 

Au vu de votre parcours, vous êtes plutôt spécialisé dans les mouvements rock et punk. Qu’est-ce qui vous parle dans la contre culture afro-américaine ?



Pierre Mikaïloff : Dès les années 1940, des artistes black jouent du rock’n’roll, sauf que ça porte encore le label « rythm’n’blues » et que l’industrie du disque n’a pas encore compris le potentiel de la chose. Ecouter du rock, c’est donc s’immerger dans la culture afro-américaine. Si on s’intéresse au rock’n’roll, à un moment donné, on va être amené  à écouter de la soul. De fil en aiguille, on en vient à s’intéresser au contexte politique qui a présidé à la création de Tamla Motown, de Stax

 

On apprend les tentatives de John Sinclair, manager du MC5 et créateur des White Panthers, pour fédérer les activistes des communautés blanches et noires. On découvre le programme des Black Panthers, leur action, la façon dont le FBI assassine leurs leaders. Et puis, on continue à remonter dans le temps, on découvre Marcus Garvey, Booker T. Washington, le mythe de Stagger Lee… J’ai vu aussi un parallèle entre la tentative de mixer free jazz et rock’n’roll par le MC5, dans les années 1960, et celle des Clash d’intégrer le reggae à sa musique, dans les années 1970 : deux groupes blancs qui tentaient d’établir une passerelle entre deux cultures. 

 

 

 

 

 

Reportage Black Panthers, d'Agnes Varda, 1968

 

 

 

A quel point la musique a-t-elle compté dans le développement et l'affirmation de ce mouvement?



Pierre Mikaïloff : A l’origine, la musique était le seul moyen d’expression que le pouvoir blanc ne pouvait pas contrôler, le seul espace de liberté (avec l’église, où les blancs ne venaient pas fourrer leur nez) laissé à la communauté afro-américaine. Très vite, les musiciens ont inventé un langage codé, ils sont passés maîtres dans l’art de la métaphore et du double sens. Dans les années 1960, quand le Mouvement des Droits civique est au plus haut, la soul music va lui offrir une formidable caisse de résonance, de même que le sport, quand certains athlètes noirs vont s’engager.

 



Selon vous, qui incarne le mieux ce mouvement contre-culturel ?



Pierre Mikaïloff : Il est intéressant de comparer deux labels, Motown et Stax, et deux approches. Berry Gordy prend bien garde de ne pas se mêler de politique, mais l’existence même de sa maison de disques, la première à être dirigée par un représentant de la communauté noire, est une petite révolution. Stax est plus intéressant, déjà parce que leur son est moins pop, mais aussi parce que c’est un laboratoire où musiciens blancs et noirs jouent ensemble, apprennent à se connaître, fraternisent. 

 

 

 

 

Trailer du documentaire Track of my tears - 50 ans de Motown

 

 

Pour vous, le travail de mémoire passe aussi par la reconnaissance de cette période post-esclavagiste ?


 
Pierre Mikaïloff : C’est la même chose. Le premier vaisseau chargé d’esclaves accoste en Virginie au XVIIe siècle, avant même le Mayflower, qui transportait ceux que l’on considère généralement comme les « Pères fondateurs » des Etats-Unis. Or, dès l’arrivée de ces premiers esclaves, l’insurrection commence. Ce que je veux dire, c’est qu’aucun esclave n’a jamais accepté son sort. L’Oncle Tom est un mythe ! Les carnets des propriétaires de plantations sont là pour en témoigner : chaque jour, il y a des tentatives d’insurrection. On peut affirmer que le Mouvement des Droits civiques est l’aboutissement de ce refus initial d’être asservi.



Comment s'illustre aujourd'hui l'héritage culturel de ce mouvement ? Pensez-vous qu'actuellement ce combat a encore ses raisons d'être ?



Pierre Mikaïloff : Aux Etats-Unis, les choses ont bougé. Doucement, mais elles ont bougé. Et plus seulement dans le domaine musical. Dans la littérature, le cinéma, la politique, au sein de l’université, la communauté afro-américaine prend peu à peu la place qui lui revient. En France… tout reste à faire. Ou presque.

 

 

 

Rock me baby, Otis Redding

 



La conférence que vous allez donner sera interactive. Comment allez-vous vous y prendre ?



Pierre Mikaïloff : Lors de la partie « interactive », comme vous l’appelez, c’est le public qui prend les commandes par ses remarques, ses questions… Il n’y a pas vraiment de méthode. Il y a juste des publics moins timides que d’autres : we’ll see !  

 

 

Propos recueillis par Louise Vignaud

 

- Conférence Say it loud, I'm black, i'm proud
Date : jeudi 17 novembre
Lieu :  Canal 93 -  63 avenue Jean Jaurès,  BOBIGNY

- Et aussi sur le web: le site de Canal 93


15/11/2011



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