|
|||||||
ACTUALITEDUPAIN VIELLE A ROUE ONEIRA AHAMADA SMISLe retour de Dupain12/11/2011
Le festival de Menilmontant, organisé par Fairplaylist, présente une vision alternative solidaire et excitante des nouvelles musiques françaises. Entre autres évènements à ne pas manquer : la réunion des deux membres fondateurs du mythique groupe Marseillais Dupain, le chanteur Sam Karpienia et le joueur de vielle Pierlo Bertolino, qui revient sur son parcours.
Quand et comment as tu commencé à jouer de la vieille à roue? Pierlo Bertolino : J'ai commencé à jouer de la vielle à roue au milieu des années 90. Depuis une dizaine d'années, je cherchais à élaborer une pratique musicale, à travers l'utilisation de samples, d'effets, de séquences programmées, de claviers un peu cheap… mais j'étais fasciné par les instruments acoustiques, notamment les instruments dits "traditionnels", anciens, qui ont du caractère et véhiculent une richesse et une étrangeté. Je crois que la vielle à roue m'est apparue à la croisée de ces chemins, chargée de la promesse d'aventures musicales…J'ai décidé de faire le voyage avec elle.
Vielle à fleurs (Pierlo Bertolino)
Que permet la vieille que les autres instruments n'offrent pas?
Pierlo Bertolino : Je crois que tous les instruments ont quelque chose à offrir, il faut se les approprier et savoir les comprendre. On peut même entretenir des rapports affectifs avec eux. La vielle procure une sensation sonore incroyable à celui qui en joue, c'est un instrument à bourdons, mais pas seulement… c'est aussi un instrument à cordes frottées, à "fleur de peau". Je crois qu'elle possède vraiment une force qui lui permet de traverser les âges et les genres. Elle peut imposer ses limites et ses caprices au musicien mais il faut jouer avec, utiliser son caractère et ses possibilités multiples. D'après moi, cela devient encore plus intéressant, avec la vielle électro-acoustique, qui prolonge l'histoire de la vielle, comme, par exemple, l'a fait la guitare électrique en son temps.
Qui fait évoluer l'instrument aujourd'hui?
Pierlo Bertolino : Il me semble que l'important n'est pas de faire évoluer un instrument mais de le faire vivre. Un instrument de musique connait des aventures et suit des chemins multiples, il ne suit pas une ligne droite, il accompagne la vie des gens et des peuples… Il y a aujourd'hui des musiciens qui explorent les répertoires traditionnels, "ethniques", comme Patrick Bouffard en Centre France, par exemple, d'autres qui s'appuient dessus pour développer des musiques nouvelles, comme Romain Baudoin de la Familha Artus, ou bien Gregory Jolivet. D'autres encore, comme Valentin Clastrier ou Rémy Couvez, créent un univers musical plus personnel et singulier avec la vielle. Sinon, pour sortir un peu de France, j'aime beaucoup le jeu de German Diaz, vielliste espagnol, qui est à la fois virtuose et sensible, plein d'idées. Il y a aussi Ben Grossman, un Canadien qui a travaillé sur des musiques "ambient" incroyables à partir de la vielle. On pourrait en citer d’autres, mais en tout cas la vielle à roue suit son chemin. Elle est bien vivante dans le paysage musical d'aujourd'hui.
Portrait vidéo de Dupain (2005) Comment, avec le recul, analyses-tu la trajectoire de Dupain? Pierlo Bertolino : Ce fut une aventure passionnante et passionnée. On a crée une musique à la fois personnelle et inspirée de tout ce que l'on aimait, du blues, rock, à la chanson occitane, en passant par des choses plus expérimentales… On était investi à fond, un peu sauvages, plutôt dans l'instant, la scène, l'envie de jouer et de vivre la musique. Comment l'histoire s'est elle achevée? Pierlo Bertolino : Bon, il y a eu, au bout d'une dizaine d'années, un moment de lassitude, l'envie d'aller voir ailleurs, mais aussi un manque de soutien autour de nous, au niveau management, production… Après la mort de Jacques Renaud, notre manager et directeur, à l'époque, de la boîte de production Corida, juste après la sortie de l'album Les vivants, on s'est retrouvés un peu seuls professionnellement, et humainement. C'était une personne que l'on appréciait beaucoup. Mais je pense surtout que l'on a un peu perdu pied, on a douté du chemin suivi, artistiquement, on a senti, ou eu l'impression, que notre musique prenait une tournure "artificielle", et avec Sam Karpienia, nous avons décidé d'arrêter. ![]() "Diablo" personnage crée par P. Bertolino pour Dupain Que devient Sam de Agostini? Pierlo Bertolino : Sam de Agostini est un bon batteur, il a beaucoup apporté à la musique de Dupain, mais il y a eu d'autres musiciens qui ont compté, comme Noël Baille, bassiste du groupe sur deux albums… Dupain a été une aventure à géométrie variable, où chacun a eu une part importante dans la création musicale. Pourrait il rejoindre le duo que vous recréez avec Sam Karpienia? Pierlo Bertolino : Non, je ne crois pas, la page est tournée, ce duo est un "chapitre" différent, comme l'ont été les précédents. Qu'est ce qui pour toi fait de Sam Karpienia un artiste si particulier? Pierlo Bertolino : Sam est un fabuleux chanteur, sa voix est vraiment habitée. Elle ne peut pas laisser indifférent. Ce n'est pas le genre d'artiste que tu mets en musique d'ambiance en buvant le thé avec des amis. On aime ou pas mais ce qu'il chante et joue vient des tripes, ça vibre, à la manière des vieux bluesmen… Quand on joue ensemble, il communique une force particulière, qui peut donner des ailes. Même si, individuellement, on peut suivre des chemins artistiques différents, il y a une alchimie difficile à expliquer qui nous lie dans la musique. Quels éléments du répertoire allez-vous reprendre lors des concerts à Ménilmontant? Pierlo Bertolino : Nous revenons en quelque sorte à la "source" de Dupain, sur le répertoire de notre premier album," L'Usina", qui avait été écrit en partie à deux. Nous sommes remontés sur les planches à Marseille il y a quelques mois, à l'occasion de la projection du film "Zone portuaire", de Julien Chesnel et Emmanuel Vigne, qui retrace en images l'histoire des docks de Marseille. On nous avait donc réclamé ce répertoire, dont les textes, issus de paroliers marseillais décrivent la vie d'ouvriers. Que change l’absence de percussion ? Nous avons alors réalisé que la plupart de ces morceaux fonctionnaient naturellement en duo et nous permettaient de ré-interpréter notre musique avec peut-être, plus de force et d'intensité. Le duo nous laisse aussi plus de liberté, nous oblige parfois à chercher l'énergie en profondeur, il y a aussi des moments d'improvisation. Mais, cela dit, si l'aventure se poursuit, il n'est pas exclu d'intégrer un troisième larron aux percussions… Je n'en dis pas plus. Ahamada Smis (2010) Depuis Dupain, tu as travaillé sur disque et sur scène avec le slammeur origine des Comores Ahamada Smis et Oneira, le groupe fondé par Bijan Chemirani. Comment te situes-tu par rapport à ces deux univers? Pierlo Bertolino : Ahamada a un univers particulier, une démarche d'artiste-producteur indépendant, j'interviens assez peu sur la composition, je me vois plus comme interprète de sa musique. Sur scène, en trio, je joue des parties mélodiques et des ambiances sonores qui complètent les rythmiques samplées, ça fonctionne bien, la vielle à roue est un instrument idéal pour accompagner la voix. Avec Oneira, c'est différent, on compose les musiques ensemble, c'est vraiment un travail de groupe. Il y a eu, dès les premiers concerts, une complicité, quelque chose qui fonctionnait bien entre nous tous, et cela s'affirme et se confirme avec le temps. Y a t'il un projet de disque avec Ahmada? Pierlo Bertolino : Je sais qu'Ahamada travaille sur un nouvel album, qui se rapproche un peu plus des Comores, de l'histoire de son pays natal, enregistré avec des musiciens locaux et de Zanzibar. Je ne sais pas encore si j'y participerais. Oneira à BabelMed Music (2010) Le nouvel album d'Oneira, Tal Yade, va voir le jour en 2012. Qu'est ce qui selon toi le caractérise par rapport au précédent, Si la mar ? Pierlo Bertolino : Si la mar reflète plus l'histoire de la création du groupe par Bijan, qui s'est faite progressivement, mais nous avons posé alors les bases de ce qui fait la personnalité du groupe : la forte présence d'airs traditionnels, de couleurs musicales issues de Grèce, d'Iran, des cultures occitanes, et une facette indéfinissable, plus personnelle, propre à Oneira. Sur ce nouvel album, Tâle Yâde, je pense que l'on sent l'expérience de la scène, la complicité entre nous, qui s'est renforcée. Nous avons pris le temps d'élaborer des idées musicales laissant la place à chacun, mais en même temps la plupart des titres ont été joués "live" en studio, ce qui donne, à mon avis, plus de musicalité à l'album. Ont aussi participé deux musiciens: Pierrick Hardy à la guitare et Stratis Psaradellis à la lyra, qui font un peu partie du groupe, jouent sur scène régulièrement avec nous… Il y a aussi des invités surprises comme André Minvielle, ce qui donne des moments musicaux assez étonnants!!! As-tu d’autres projets ? Pierlo Bertolino : Oui, bien sûr, je participe en parallèle à d'autres formations, comme Spi et la Gaudriole, groupe trad-rock de Montpellier, l'ensemble Nekouda, crée par Alain Huet, musicien marseillais, qui explore le répertoire, ancien, des communautés juives de Provence… Il y a aussi, en gestation, un trio de cordes frottées, avec Henri Maquet, musicien arlésien, au violon et chant, autour de musiques à danser et d'improvisations. Pour finir, je planche sur un projet solo, plus personnel, que j'élabore patiemment et dont j'aimerais bien réaliser un album prochainement… à suivre. ![]() Dessins de Pierlo Tu as réalisé plusieurs pochettes de Dupain. Continues-tu à dessiner? Pierlo Bertolino : Oui, en effet, plusieurs de mes dessins ont servi à la réalisation de pochettes de Dupain. J'ai toujours aimé dessiner, je ne pense pas que je puisse arrêter… Quand la musique ne m'accapare pas trop, je reprends mes crayons!!! Est ce un travail déconnecté de la musique ou y a t'il des interférences? Pierlo Bertolino : Je ne sais pas trop, l'envie me prend parfois, ça vient spontanément, j'aime bien dessiner des personnages, plus ou moins imaginaires, mais bien sûr la musique est là, omniprésente. Par exemple les instruments, qui me fascinent toujours, parfois bizarrement hybrides et entremêlés au vivant… Ca doit bien être des phantasmes de musicien, ça, non!!? ![]() Instruments (P. Bertolino) Propos recueillis par Benjamin MiNiMuM Et aussi sur le web : 12/11/2011 DUPAIN VIELLE A ROUE ONEIRA AHAMADA SMIS
// LIRE AUSSI
// REACTIONSPseudo * Votre réaction (2000 caractères maximum) * Code de sécurité >> En discuter sur le forum >> |
PUBLICITÉ
Les blogs Mondomix
Samarra
Cosmomix
Babel Med Music
Festival Sakifo 2011
Festival de Fès des Musiques Sacrées 2011
Le Ricaneur Masqué
Le blog à Pat
Accordéon et Accordéonistes
L'Afrique Enchantée
Puglia Sounds | ||||||
|
|||||||
Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète |
|||||||
| All rights reserved. Copy prohibited © 1998 - 2010 Mondomix Media | |||||||