Pour son édition 2011, le festival Africolor accueille une nouvelle création originale, Chasseur, fruit de la collaboration entre le malien joueur de donso n'goni Adama Coulibaly et le contrebassiste français Théo Girard. Ce dernier, après avoir multiplié les collaborations et les groupes (Sibiel, le Bruit du [sign]), vient de rejoindre le groupe Bratsch, aux côtés de son père. Habitué aux rythmes jazz, il s'essaie cette fois à un tout autre registre, celui des chasseurs mandingues du Mali. Nous avons cherché à en savoir un peu plus en l'interrogeant sur ce projet...
Vous habitez Montreuil, que l'on surnomme souvent "la deuxième ville malienne au monde après Bamako". C'est ce qui vous a poussé à collaborer avec des musiciens maliens ?
Théo Girard : J'ai vécu et je vis beaucoup de choses dans cette ville. Etant enfant, je n'avais pas vraiment conscience des origines de mes copains et les choses que nous partagions n'avaient rien à voir avec nos cultures d'origine. C'étaient le sport, les musiques à la mode et les séries pour ados à la télé qui nous intéressaient. La bourrée auvergnate pour moi, la musique des griots pour les uns ou le fado pour les autres, nous en étions bien loin. Pour revenir à la question, le seul musicien malien avec lequel je travaille est Adama Coulibaly et c'est plus son groove et sa voix qui m'ont poussés à vouloir jouer avec lui qu'autre chose.
Est-ce une première avec Adama?
Théo Girard : Oui, je l'ai écouté pour la première fois lors de la présentation d'Africolor 2010. Adama a joué en solo et de mon côté, je représentais le Bruit du [sign] avec le saxophoniste Nicolas Stephan. Depuis, Philippe Conrath nous a mis en contact et nous répétons en prévision de la création de ce que nous pouvons maintenant appeler notre groupe: Chasseur.
N'talan d'Adama Coulibaly
Vous avez déjà voyagé en Afrique?
Théo Girard : A une seule reprise. C'était pour une création Africolor, encore une fois, avec le sextet le Bruit du [sign] et deux fabuleux danseurs éthiopiens Melaku Belay et Zenesh Tsegay. Nous avons voyagé trois semaines en Ethiopie pour une série de six concerts au mois de janvier 2010.
Yebuna Seneserhat, création pour deux danseurs, Le bruit du[sign] au festival Africolor 2009
Comment pénétrer dans l'univers des chasseurs mandingues, avec ses rites, son système de caste... Vous êtes parvenu à vous l'approprier?
Théo Girard : C'est une culture que je connais assez peu. Au travers des chansons que nous jouons, Adama m'a décrit quelques aspects de cet univers et j'ai par ailleurs fouiné à droite à gauche pour en savoir un peu plus, mais je ne peux pas parler d'appropriation. Je crois que j'aime apprendre sans m'en rendre compte, me focaliser, passer à autre chose, y revenir avec un point de vue différent. Ca prend du temps mais c'est un rythme qui me convient... et je ne sais pas faire autrement.
Le donso n'goni, un cousin de la contrebasse ?
Théo Girard : Tout à fait, par le registre grave et la fonction rythmique.
Vous avez récemment intégré le groupe Bratsch. Est-ce vous qui les avez incité à tenter une mélodie africaine sur le dernier album, sur un air chanté en dioula par Dan Gharibian?
Théo Girard : Comme vous le précisez, je viens d'intégrer Bratsch et j'ai pour l'instant fait une vingtaine de concerts avec eux. La chanson Siyale en question a été écrite par Dan au retour d'un voyage au Burkina Faso en 2010. Et je crois qu'en général, les compositions de Bratsch sont individuelles avant de devenir des créations collectives. Donc, non je n'ai évidemment pas eu d'influence sur cette excursion africaine de Bratsch mais j'ai grand plaisir à la jouer sur scène.
Surnatural Orchestra au festival Jazz sous les pommiers, 2010
Vous avez collaboré avec le Surnatural Orchestra, qui est également programmé au festival Africolor. Ils vont travailler sur la notion de "rites". Vous avez suivi leur démarche ? Vous l'avez comparé avec la vôtre ?
Théo Girard : Surnat', c'est vingt poètes. Aucun pareil, tous intéressants. C'est un peu magique cet orchestre! Je n'ai pas trop suivi ce qu'ils feront sur cette création, mais je suis impatient d'entendre et de voir ça. Ma démarche de création dans Chasseur est plus... individuelle. C'est l'occasion pour moi de me lancer dans l'écriture de chansons et c'est la première fois que je pense un groupe d'une manière "pop".
Propos recueillis par Louise Vignaud
Photographie: Pierre Leblanc
Dates:
- 01 décembre à l’Ecole de Musique du Pré Saint Gervais Théo Girard et Adama Coulibaly : Chasseur en duo
- 15 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil Théo Girard et Adama Coulibaly : Chasseur en quartet