A la lueur des phares de leur voiture, un groupe d’homme erre dans les vallons turcs. Un médecin (Muhammet Uzuner) et un procureur de la république (Taner Birsel) accompagnent un assassin présumé (Pirat Tanis), à la recherche du lieu où il aurait enterré le corps de sa victime. Mais tous les paysages se ressemblent et il semble ne rien savoir. Commence alors une enquête difficile à résoudre, au fil des indices et des tous premiers rayons de soleil…
Bande annonce du film
Par son titre, « Il était une fois en Anatolie » n’est pas sans rappeler le cinéma de Sergio Leone. Des plan-séquences majestueux, une photographie crépusculaire qui façonnent, dans le moindre détail, le discours du film. Seulement, ici, les hautes plaines d’Amérique ont été remplacées par les paysages dénudés des steppes d’Anatolie. Les bandes originales légendaires d’Ennio Morriconecèdent la place à des silences évocateurs.
Le tour de force du sixième long-métrage de Nuri Bilge Ceylan, Grand Prix du jury au dernier festival de Cannes, réside sans aucun doute dans son montage subtil. Le cinéaste possède l’art de faire perdre tous ses repères au spectateur, l’obligeant à se réfugier dans ses derniers retranchements. A l’écran, aucun plan n’est imaginé sans la présence du docteur, qui devient ainsi l’œil de l’enquête. C’est ce qui intéresse le réalisateur : la violence intérieure, « telle qu’elle est ressentie par les personnages ».
Libre, Il était une fois en Anatolie a su se défaire des contraintes temporelles (avec une durée de 157 minutes) que l’industrie du cinéma impose. Grâce à son sens aigu du détail et à son jeu sur les lumières obscures, cette production se hisse au niveau des piliers du style « contemplatif ». Toutefois difficile d’accès pour un public non-initié, Il était une fois en Anatolie fait partie de ces films qui ne laissent pas indifférent et qui font du cinéma un art majeur.