Tout corps musical plongé dans l’électricité en ressort métamorphosé. De Kingston à Kinshasa, en passant par la campagne anglaise, une histoire mondiale des sound systems reste à écrire. En choisissant de faire se succéder les Brésiliens de Baiana System et les Colombiens de Systema Solar sur une même scène, les programmateurs du Womex en ont ébauché deux chapitres ...
Pour le premier, l’histoire commence au Brésil, à la fin des années 40. A l’époque, au carnaval de Salvador, les percussions sont les reines. Un trio de musiciens décide de les supplanter en amplifiant leurs instruments. C’est ainsi que naît la « guitare baiana », minuscule instrument au son maximal, et le premier sound system de la ville. Autrefois amassées à l’arrière d’une Ford fatiguée, les enceintes sont aujourd’hui transportées sur d’imposants semi-remorques.
Baiana System n’a retenu de cette tradition naissante que l’essentiel : l’électricité et la guitare. Entre les mains de Robertinho Barreto, elle bégaie des notes pressées. A tel point que les riffs fiévreux du rocker évoquent le soukous congolais. A ses côtés, un bassiste, un batteur et un DJ bâtissent un décor rythmique fluide, mouvant. Arrive ensuite un toaster virevoltant, vêtu comme un gentleman en goguette, le chapeau négligemment incliné sur la tête. De ses chansons se dégage une troublante nonchalance, dansante et fraîche.
Jah Jah Revolta de Baina System
En Colombie, la mode des sound systems est plus récente, même si elle y est également concentrée sur la côte. Là, chaque sound system a sa personnalité : son style de musique, de la salsa à la champeta, mais aussi son décor et ses instruments. Ceux-ci sont principalement électroniques : des claviers et des boites à rythme japonaises, bien souvent hors d’âge. Cela n’empêche en rien la créativité. D’un son aussi limité qu’un aboiement de chien est par exemple né l’un des moments les plus attendus de certaines soirées : le « perreo », délirant solo du DJ qui le module sans fin.
Juan Carlos Pellegrino a découvert ces sound systems en préparant la bande-originale d’un documentaire sur le hip hop colombien. Comme Robertinho Barreto à Salvador, il n’en a conservé que la folie. Son groupe, Systema Solar, déverse sur les spectateurs un très dansant fatras de beats et de bruits de bouche.
Bienvenidos de Systema Solar
Mais la boucle n’est pas bouclée. Un nouveau chapitre va s’ouvrir lorsque les idées que Baiana System et Systema Solar ont tiré de l’observation des sound systems tomberont entre les mains d’autres bricoleurs. C’est ainsi que l’électricité s’écoule, pour le plus grand plaisir des danseurs …