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Mouvement Colibris : "On a les politiques qu'on mérite"

04/11/2011

Le mouvement Colibris, fondé par Pierre Rabhi, est une association écologiste, active et citoyenne, sans étiquette politique.  Les alternatives proposées par Colibris concernent tous les grands domaines de la société au delà-même de l'écologie. Le mouvement lance une vaste campagne intitulée "Tous candidats". Dans le cadre de cette manifestation, la Ferme du Buisson accueille ce week end, l'un des 22 forums TNT- Transformons Nos Territoires, organisés dans toute la France. Son objectif: montrer au plus grand nombre que des solutions aux différents problèmes de la société existent et permettre aux citoyens de mettre en pratique ces solutions à leur échelle. Nous avons discuté de ces initiatives innovantes avec Cyril Dion, directeur de Colibris.

 

 

Quel est le but de la campagne "Tous Candidats" ?



Cyril DIon: "Tous candidats", c'est d'abord pour se compter, savoir combien nous sommes à vouloir changer la société. Si on arrive à rassembler assez de monde, on peut commencer à mettre en oeuvre à l'échelle locale tout un tas d'expérimentations. On essaye de faire grandir cette communauté, cette masse critique. L'idée, c'est de montrer qu'il faut arrêter de croire qu'un homme ou une femme politique peut amorcer une mutation de la société en profondeur. Parce qu'aujourd'hui, ils n'en ont pas les moyens: ni structurellement, ni dans la vision qu'ils déploient. On a les politiques qu'on mérite. C'est comme si on leur demandait d'être courageux, audacieux, alors que nous-mêmes, dans la société, nous n'en sommes pas là. Donc, ce que l'on dit, c'est que nous sommes tous candidats à changer la société, tous les jours.

Dans cette campagne, on va apporter un nouveau documentaire, Une révolution  avec Marion Cotillard, qui permet d'aller à la rencontre des gens qui sont en train de construire cela, pour montrer qu'il y a plus de solutions que ce que l'on pourrait imaginer. On va montrer les initiatives les plus abouties dans 5 grands domaines: agriculture, énergie, urbanisme, éducation et économie, pour essayer de donner une sorte de panorama d'ensemble. Pour qu'on puisse se dire: « Ce que je fais dans mon coin, ça ne sert pas simplement à améliorer mon quotidien, mais à construire cette grande vision là ».

 

 

 

"Tous Candidats", campagne du Mouvement Colibris



On va aussi sortir un livre chez Acte Sud qui s'appelle également Une révolutionLà, on a demandé à 15 personnalités de nous brosser un chemin dans les 15 principaux sujets de la société, comme une espèce de programme électoral alternatif mais sur 30 ans. On part de maintenant, on se donne un objectif d'ici 30 à 40 ans. Par exemple: comment faire pour se passer des énergies fossiles?  Pour se passer du nucléaire? Comment fait-on pour produire de l'énergie pour répondre à nos besoins sans compromettre les ressources ou la capacité de nous nourrir? Et on fait un scénario. Par exemple, Negawatt en a fait un assez exceptionnel, ca fait 8 ans qu'ils y travaillent. La dernière mouture de 2011 modélise une sortie du nucléaire en 2033, et du pétrole en 2050, en prenant vraiment tous les paramètres en compte.



Quels sont les objectifs des 22 forums organisés dans toute la France sur le thème "TNT – Transformons nos territoires" ?



Cyril DIon: Les forums sont la dernière partie de cette campagne; ils vont permettre aux gens de construire des projets sur leur territoire. Dire: "Ok, on est tous ensemble, mais qu'est-ce qu'on veut en faire?" Les rassemblements sont faits dans cette optique là. Mais on voulait sortir des conseils de quartiers parce que les gens ont aussi envie d'être ensemble, de se faire faire du bien.
 


Pour animer ces forums, vous avez privilégié la fantaisie au conventionnel?



Cyril DIon: Pierre Rabhi et moi-même, nous sommes très sensibles à faire passer les choses par l'art, la beauté, l'émotion et pas seulement par le raisonnement ou l'intellect. C'est pour cela que nous avons organisé des concerts accoustiques et fait appel à des troupes de théâtre. Ces forums sont des forums ouverts. L'idée a été initiée par l'Américain Harrison Owenon. Il a développé ce système au fil de ses conférences, car il s'est rendu compte que ce que les gens préféraient pendant les conférences c'était les pauses; les moments où les gens se rencontrent réellement et échangent. Donc nous nous sommes dit : « Comment faire pour organiser des évènements, des conférences, mais comme une gigantesque pause café qui dure 2 jours? » De fait, pendant ces 2 jours, on donne la possibilité à chacun de parler de ce qu'il veut tant que cela sert le thème choisi, tant que c'est au service d'une problématique qui concerne tout le monde. Ce sont les gens eux-mêmes qui créent l'ordre du jour.

 

 

 

 

Pierre Rabhi, fondateur du mouvement Colibris

 

Vous parlez de solutions déjà existantes, pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?



Cyril DIon: Par exemple, pour l'agriculture, le problème est que, bientôt, il n'y aura plus de pétrole. Il faut donc arrêter l'agriculture fondée sur le tout-pétrole, arréter de faire voyager les aliments sur des milliers de kilométres à cause du réchauffement climatique, arréter les pesticides, et en même temps, il faut continuer à nourrir les gens. Je vous donne un exemple : il y a une petite ferme dans l'Eure, en Normandie, où ils travaillent une technique qui s'appelle la permaculture. Elle permet d'avoir des rendements absolument exceptionnels. Pour donner des chiffres, en gros, ils ont alimenté une AMAP de 80 paniers, un restaurant, une boutique bio, nourri une famille de 6 personnes et nourri les stagiaires sur 1500m2 (0,15hectare) pendants 6 mois, ce qui est complétement incroyable comparé à la productivité en bio ou en conventionnel classique. On pourrait utiliser ces techniques de permaculture, en ville et à la campagne, afin de recréer des territoires ayant une vraie autonomie alimentaire. On pourrait produire sur place, sans que cela voyage, tout en recréant de l'emploi, car cette technique demande plus de main d'oeuvre qu'une technique mécanisée. Cela permettrait de produire beaucoup en étant très rentable et en ayant la capacité d'avoir pas mal de main d'oeuvre qualifiée.

 



 

La ferme du Bec Hellouin où l'on pratique la permaculture

 

 

Autre exemple, les monnaies complémentaires. On nous parle des banques qui se cassent la figure et de l'ensemble des pays endettés. Il y a des expérimentations qui fonctionnent vraiment bien sur deux aspects: les monnaies complémentaires qui sont créées ou par les collectivités ou par les entreprises et qui viennent compléter les monnaies classiques. Elles permettent à l'économie de ne pas s'effondrer quand les banques et leur monnaie s'effondrent. C'est le cas aujourd'hui avec le dollar ou l'euro. L'exemple du Chiemgauer en Bavière en Allemagne existe depuis 30 ans et fonctionne très bien, c'est une monnaie locale créée par les collectivités.

Il y a aussi la monnaie Wir en Suisse qui a été créée par des PME. C'est donc une monnaie inter-entreprise, qui permet aux entreprises de se faire crédit les unes les autres en temps de crise, quand les banques ne veulent plus le faire. Cela existe depuis 1934 et aujourd'hui cela concerne ¼ des entreprises suisses. Les universités américaines ont établi que la stabilité du système suisse venait en grande partie de ce système de monnaies complémentaires qui leur permet de ne pas subir de plein fouet les crises économiques. L'idée est de sortir d'une monoculture monétaire. C'est comme être dans une forêt où il n'y aurait que des pins, si un jour une maladie attaque les pins, il n'y a plus de forêt, car il n'y aura pas eu de diversité. On doit avoir des monnaies qui servent à différentes choses. Il  y a énormèment de monnaies locales: à Londres, à Berlin mais aussi en France à Pezenas (l'occitan), dans le Lot (l'abeille), à Toulouse (le sol violette). C'est quelque chose qui commence à peser. Il y en a aussi au Japon, en Australie, en Amérique du Sud. En Argentine, c'est grâce à cela qu'ils ont géré la dévaluation de leur monnaie qui ne valait plus rien.

 



 

L'exemple du Sol violette, la monnaie toulousaine

 

 

L'idée est de renforcer l'autonomie à l'échelle des communautés: communauté d'entreprises, secteur d'activité... Tout ceci pourrait faire fonctionner l'économie nationale, même quand l'économie mondiale va mal. Il faut juste comprendre qu'il faut sortir de la monoculture monnétaire pour un système de diversité.

 

 Vous êtes en contact avec les Indignés? Une coopération est-elle possible?


Cyril Dion: On est en relation avec les gens du mouvement mais la difficulté c'est que, pour l'instant, c'est un vrai mouvement de colère concernant la France. Le mouvement est peu structuré, il n'y a pas trop de proposition, et ils ne savent pas trop où aller. Donc, nous, ce qu'on essaye, c'est de faire une proposition complémentaire à cette indignation en disant: " Maintenant quelle est l'étape suivante ?" Ce que l'on propose c'est de se donner une vision mais de se mettre en action, d'agir. On sait qu'on ne veut pas de ça, mais que veut-on? On essaye aussi d'éclairer le débat et la vision de chacun.
 

 

 Propos recueillis par Louise Vignaud

 

Et aussi sur le web:

- le site de la Ferme du Buisson

- le site du Mouvement Colibris


04/11/2011
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