A New York, ses amis l'appellent "Brother Jacques". Mais le saxophoniste, fidèle à son histoire familiale, tient à présenter ses projets sous son nom complet, même s'il peut s'avérer quelque peu difficile à prononcer. Jacques Schwartz-Bart est en effet le fils d'André et Simone Schwarz-Bart, deux romanciers marquants du vingtième siècle. Dans son saxophone, ce sont un peu leurs mots qui résonnent. Par où attaquer leur bibliographie ? Nous lui avons demandé de nous conseiller un livre de son père et un livre de sa mère ...
Jacques Schwartz-Bart : Tant mon père que ma mère, à mon avis, ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans leurs premières œuvres. Le premier roman de mon père, c’était Le dernier des justes. Je suis admiratif de toute son œuvre mais Le dernier des justes à quelque chose de singulier qui sort vraiment du lot. Au-delà du contenu émotionnel, qui est vraiment presque insoutenable, tellement il est fort, et de son thème (c’est le grand roman sur l’antisémitisme), il y a, dans la conception même de ce roman quelque chose de prodigieux. Il apporte une perspective historique illustrée par des personnages qui sont à chaque fois forts. Le ton est très personnel, à la fois drôle et acide, tragique et absurde. C’est un joyau inégalé dans ce style et d’ailleurs imité, dans son concept, par plusieurs grands écrivains, comme Alex Haley ou Gabriel Garcia Marquez, qui ne s’en sont pas cachés. C’est un livre qui n’a pas fini de donner des petits.
Le premier roman de ma mère, Pluie et vent sur Télumée Miracle, avait défini, pour moi, ce qui allait devenir le concept de créolité. Ce concept est au centre d’un discours à la fois artistique, à travers Chamoiseau, et philosophique, à travers Glissant. Ni Chamoiseau ni Glissant ne font référence à Pluie et vent sur Télumée Miracle mais, si on cherche bien, c’est là qu’apparaît ce langage qui est à la fois français à part entière et créole à part entière, qui décrit une réalité qui est à la fois très spécifique non seulement à une île mais à un petit village de la Guadeloupe et complètement universelle. C’est, sur le plan conceptuel, une révolution. Avec tout le respect que je dois à ces gens de très très grand talent, Glissant et Chamoiseau, je pense qu’il y a quelque chose de spécial, d’à la fois frais et novateur dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, qui fera école encore longtemps.
Jacques Schwartz-Bart en quartet (avec Baptiste Trotignon, Thomas Bramerie et Leon Parker)