On joue du violon partout mais, nulle part, on n’en joue de la même manière. Au cours de sa carrière, le jazzman Didier Lockwood a eu maintes fois l’occasion de le vérifier. Il en donne d’ailleurs la raison : le plus souvent, l’instrument est poussé à imiter la voix humaine mais les timbres et les accents diffèrent d’une région à l’autre.
Cette remarquable diversité lui a inspiré un projet de film. Le jazzman en sera le fil rouge, guidant le cinéaste Tony Gatlif d’un pays à l’autre. Au programme : une visite rendue à quelques virtuoses, comme l’Indien Lakshminarayana Subramaniam ou le Tzigane Roby Lakatos, mais aussi une enquête sur la transmission. Didier Lockwood a choisi pour cela deux écoles aux méthodes radicalement opposées : la très stricte école Suzuki, au Japon, et la classe de violon qu’a fait ouvrir Carlinhos Brown dans une favela de Salvador de Bahia.
Vidéo : The bird in the dust par Roby Lakatos
La formation est en effet l’un des plus fringants chevaux de bataille de Didier Lockwood. Il vient justement de remettre un rapport sur l’éducation musicale au Ministère de la Culture. Il l’a co-signé avec une douzaine de professionnels, les plus célèbres (mais pas nécessairement les plus avisés) étant le violoniste David Grimal, le batteur Manu Katché et le chanteur Michel Jonasz. Ses préconisations ? Se recentrer sur l’oralité et s’ouvrir aux cultures du monde …
En attendant de voir ses recommandations porter leurs fruits et tout en préparant le tournage de son film, prévu, au mieux, pour la fin 2012, Didier Lockwood reprend sa collaboration avec le danseur indien Ragunath Manet. Plusieurs semaines durant, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, le violoniste va réagir aux mouvements du meilleur représentant en France du bharata natyam, la danse classique de l'Inde du sud, ou les provoquer. Un spectacle somptueux qui réaffirme l’ouverture au monde du violoniste …