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ACTUALITEANOUSHKA SHANKAR FLAMENCO ANDALOUSIEAnoushka Shankar, voyages de l'Inde en Andalousie17/10/2011
Anoushka Shankar n’est pas seulement l’héritière musicale de son père, mais aussi une talentueuse compositrice qui signe aujourd’hui un très grand disque. Produit par Javier Limon, Traveller explore avec doigté les liens entre la musique indienne et le flamenco en compagnie d’un impressionnant casting : Duquende, Pepe Habichuela, Buika, Shubha Mudgal, Pedro Ricardo Miño… Ravi Shankar peut être fier de sa fille.
Le titre de ton nouvel album Traveller (Voyageur) symbolise-t-il le voyage d’Inde en Europe de la musique gitane ?
Anoushka Shankar : Oui, et également le mode de vie nomade du gitan. Cette culture du déplacement permanent dont je me sens proche.
C’est aussi une définition de ta vie, qui se déroule entre trois continents.
Anoushka Shankar : Tout à fait. Je viens de revenir vivre à Londres après plusieurs années aux Etats-Unis, où mon fils vient de naître. Ma famille y est plus ou moins basée. L’Inde reste mon pays natal, celui d’où vient ma musique. Les musiciens sont par définition des voyageurs, par le simple fait de se présenter à des publics successifs avec lesquels on partage sa musique, et une partie de soi. Il y a une forme de légèreté dans ce mode de vie nomade, que je voulais évoquer dans cet album.
Comment cette situation influence-t-elle ta créativité ?
Anoushka Shankar : Dans tous les sens. Ce mode de vie a nourri ma curiosité pour le monde et alimenté mon désir de tisser des liens où que je sois. Quand je voyage, je ne reste pas dans ma bulle, j’essaie d’être pleinement dans l’endroit où je me trouve, de le comprendre. En visitant, en lisant des livres, mais aussi en étant musicienne. Jouer avec d’autres musiciens et tâcher de les comprendre a été fondamental et m’a ouvert des portes. Avec cet album, l’idée n’est pas de faire une thèse sur la musique espagnole ou la musique indienne, mais plutôt d’apprendre et de grandir.
Anoushka Shankar & Ricardo Miño, "Buleria con Ricardo"
Quand le flamenco a-t-il commencé à t’intéresser ?
Anoushka Shankar : Lorsque j’étais adolescente. J’avais une vision de l’Espagne pleine de clichés : la passion, le flamenco, les sorties nocturnes, la nourriture... J’y suis venue une ou deux fois quelques jours pour des concerts. Et lorsque j’ai terminé mes études à 18 ans, je suis partie là-bas avec des amis. J’ai passé du temps à Barcelone et à Madrid, j’allais souvent écouter du flamenco dans des petits bars où l’on m’avait indiqué de bons musiciens. Je me sentais en phase avec la passion exprimée par les chanteurs de flamenco, cette façon de transcender les notes, qui touche quelque chose de très profond. C’était quelque chose que je retrouvais aussi chez les chanteurs de musique indienne.
Vois-tu d’autres similitudes entres les deux genres ?
Anoushka Shankar : Il existe autant de similitudes que de différences. Ma problématique consistait soit à identifier les points communs et à les développer, soit à souligner les différences. Les convergences que l’on a trouvées étaient très surprenantes. Un jour, j’étais en studio avec Javier Limon et des musiciens gitans de flamenco, et j’ai joué quelque chose pour leur montrer une idée indienne - j’étais souvent la seule musicienne indienne présente. Ils se montrés étonnés et ont dit : « Mais ce que tu joues, c’est du flamenco. » Je leur ai répondu : « Non, c’est un raga indien. » Mais eux insistaient : « Ce que tu viens de faire, on ne le trouve que dans le flamenco ». On trouve aussi d’importantes connexions dans le rythme. La façon de compter n’est pas la même mais les deux traditions possèdent une complexité rythmique unique, à travers les accentuations et les interactions entre les musiciens qui en découlent. On est capable de s’asseoir ensemble et d’arriver à reproduire le rythme de l’autre, parce qu’à la base, on procède de la même façon, en comptant les temps avec précision. Je trouven cela fascinant.
Anoushka Shankar en live avec "Traveller"
Les danses se font-elles aussi écho ?
Anoushka Shankar : Dans la danse gitane du Rajasthan, et aussi dans le kathak, une danse classique, le travail des pieds est extraordinairement précis. Les danseurs peuvent reproduire tout ce que peut faire le joueur de tabla. C’est la même chose quand tu regardes un groupe de musiciens avec un danseur de flamenco. L’interaction est exactement la même. C’est incroyable.
Comment le projet Traveller a-t-il démarré ?
Anoushka Shankar : Lorsque j’ai signé chez Deutsche Grammophon, j’ai exposé à Michael Lang (président du prestigieux label classique) ce que j’aimerais faire. Il est très minutieux et a tout noté. Il m’a ensuite rappelé : « Toutes les idées nous plaisent, mais celle du flamenco a notre préférence ». Je ne pensais pas faire un album entier, mais on m’a présenté à Javier Limon, ce qui a été déterminant. J’avais très envie de faire ce disque, mais je n’aurais pas su comment y arriver sans lui. Une rencontre, c’est une histoire d’alchimie et on s’est parfaitement entendu sur le plan musical. Grâce à sa connaissance du flamenco et à son savoir-faire pour l’amener vers d’autres voies, il m’a ouvert bien des portes et aidé à trouver la bonne direction. Il connait également beaucoup de musiciens.
Anoushka Shankar : Oui, dans la plupart des cas. Javier avait par exemple beaucoup travaillé avec Concha Buika, que je ne connaissais pas avant d’arriver en Espagne. Il m’a fait écouter ses disques et dès que j’ai entendu sa voix, j’en suis tombée amoureuse. Il m’a aussi fait rencontrer Sandra Carrasco. Une autre fois, je lui ai dit : « Maintenant je voudrais travailler avec Duquende », et il s’est avéré qu’ils se connaissaient bien. Concernant les musiciens indiens, j’avais envie depuis longtemps de travailler avec Shuda Bubkar, qui chante sur Krishna. Le ton de sa voix est très grave, ce qui est insolite en Inde. La plupart des chanteuses célèbres ont des voix plus aigües et je me suis dit que dans un album où l’on explore le flamenco, sa voix conviendrait à merveille.
Dans les coulisses de l'enregistrement de "Traveller"
Comment a réagi ton père quand il a écouté le disque pour la première fois ?
Anoushka Shankar : Il était très content, il en est très fier. Il aime beaucoup certains morceaux, celui avec Pepe Habichuela par exemple. Il trouve qu’il s’agit vraiment d’une belle fusion entre les deux genres. Sur Krishna, j’avais des difficultés à écrire le texte. Je lui ai demandé s’il voulait essayer. Je lui ai envoyé un enregistrement où je jouais la partie mélodique et il l’a fait. Je crois qu’il l’a bien aimé.
Et comment va-t-il ?
Anoushka Shankar : Il a eu quelques problèmes de santé en début d’année, mais en ce moment, il effectue une tournée. Il a 91 ans maintenant et il est vraiment incroyable. Il continue d’enseigner et de composer.
Ton fils est-il son premier petit-fils ?
Anoushka Shankar : Non, mon demi-frère, qui est beaucoup plus âgé que moi, a eu deux enfants de mon âge qui ont aussi des enfants. Il est donc arrière grand-père. Mais je crois que mon fils est le premier bébé avec qui il a un tel rapport, parce qu’il voyageait quand les autres sont nés. J’ai accouché aux États-Unis, donc les deux premiers mois nous y étions ensemble et tous les jours il montait embrasser le bébé. C’était très mignon.
Il joue de la musique pour lui ?
Anoushka Shankar : Oui, le bébé est allongé devant lui et mon père joue pour lui. C’est très beau.
Propos recueillis par Benjamin MiniMuM 17/10/2011 ANOUSHKA SHANKAR FLAMENCO ANDALOUSIE
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