Avec leur troisième album Ou ! los Omes !, la Mal coiffée achève un cycle de dix années, qui a vu le chœur polyphonique féminin de l' Aude changer tout en affirmant son identité. Rencontre avec cinq filles qui parlent d’une seule voix.
Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?
La Mal Coiffée : La Mal Coiffée n’a pas perdu son identité de chœur de chants populaires, elle l’a même renforcée. On nous reconnait, il y a toujours la même pâte. Mais en dix ans, plusieurs univers musicaux sont passés par là.
Quels ont été les changements au sein de la formation ?
La Mal Coiffée : Au début on était 6, maintenant nous sommes 5. du groupe initial, il reste Myriam et Marie. Chaque départ et chaque arrivée ont apporté leur lot de richesses. Chanter en chœur demande une grande présence de chacun. On ne chante jamais pour soi, chaque voix n’est là que pour faire sonner le chœur. Certaines filles avaient des choses très personnelles à exprimer et à un moment, elles nous ont dit : « Je quitte le groupe pour faire mon chemin toute seule ». Un départ, c’est toujours un moment où le cœur se brise un peu, mais cela débouche aussi sur l’accueil d’une nouvelle personne avec son énergie, ses envies et son talent, qu’on ne cherche pas à faire rentrer dans un moule.
La Mal Coiffée au Centre socio-culturel de Gannat, juin 2011
Aujourd’hui, quel est le rôle de chacune ?
La Mal Coiffée : Il n’y a pas vraiment de rôle défini, à part pour les percussions. Avant, elles étaient là pour accompagner le chant. Avec ce troisième album, chaque percussion possède sa voix, sa parole. Hélène prend en charge le tambourin, Laetitia le bendir, Karine le tan-tan brésilien, Miriam le brama-topin occitan et Marie les caxixi, shaker et castagnettes. Au chant, personne n’a de rôle défini. On travaille sur des voix de poitrine et une tessiture assez réduite, on ne connaît donc pas les mêmes diversifications que les voix lyriques, ce qui nous permet de nous balader. On s’échange leads et accompagnements, basses et aigus. Quant à la vie de groupe,on s’organise en bonne intelligence, sans diktat. La Mal Coiffée est un vrai bonheur de démocratie.
Comment a évolué la collaboration avec Laurent Cavalié, votre arrangeur et compositeur ?
La Mal Coiffée : Au début, nous étions novices dans la culture occitane et nous n’étions pas chanteuses. Sur notre demande, Laurent a donné son identité au groupe. Aujourd’hui, la création se partage beaucoup plus, c’est davantage un aller et retour avec Laurent. en dix ans, on a beaucoup grandi, on a appris à se connaître et à s’approprier cette culture. Lui-même a beaucoup évolué dans son métier d’arrangeur. Au début, il nous faisait rentrer ses arrangements au chausse-pied, depuis il a acquis une grande connaissance de nos voix et navigue selon nos envies. Il écrit la musique sur des textes de poètes occitans. Mais on ne plaque pas des idées sur des chants, on va d’abord les patiner. A force de les chanter nous viennent des images, des émotions, des idées de rythmiques.
Trailer du nouvel album "Ou ! Los Omes!" de La Mal Coiffée
D’où vient le titre de cet album Ou ! los Omes ! [Oh ! les Hommes ? ] ?
La Mal Coiffée : C’est le titre d’une de nos chansons, d’après un poème de Léon Cordes, un poète de Minerve que nous aimons beaucoup. Son écriture est limpide, avec un grand impact. nous avons choisi ce titre parce que nous sommes un chœur de femmes qui ne nous privons pas d’interpeller les hommes. Mais aussi le genre humain, de façon plus large. Le titre signifie : « oh la la, les hommes qu’est-ce que vous foutez en ce moment ? C’est le moment de se réveiller, d’ouvrir son cœur, de chanter ensemble ».