Amérindiens : le CSIA fait sa fête à Christophe Colomb
12/10/2011
Les Amérindiens ont des amis partout. En France, des mouvements de solidraité existent depuis les années 70. Pour compléter nos interviews de Pura Fé, de Mariee Sioux et de Gentle Thunder, leur apporter un éclairage politique, nous avons interrogé ces militants associatifs ...
Avant de commencer, une petite question de vocabulaire : pourquoi vous être appelé "Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques" ? Le terme "Amérindiens" n'est-il pas moins trompeur ? D'ailleurs, comment s'appellent-ils eux-mêmes ?
CSIA : Nous avons choisi l’appellation CSIA pour assurer la continuité avec un mouvement de solidarité dans les années 70 : le comité de soutien à l’AIM (American Indian Movement) et Diffusion INTI (qui concerne surtout l’Amérique du Sud). À cette époque, les autochtones des Amériques essayaient de briser le caractère raciste du terme "Indiens" en s’affirmant en tant que tels. En Amérique du Sud, c’est un terme injurieux. On assistait à une résurgence des luttes identitaires et pour les droits politiques.
Le CSIA s’est formalisé après des demandes de ces organisations, qui ont forcé les portes des Nations Unies en 1977 pour se faire reconnaître en tant que "Nations souveraines" ayant droit à l’autodétermination. Nous avons fait tout un travail autour de la première ONG autochtone, le Conseil International des Traités Indiens (IITC), qui a obtenu pour la première fois un statut consultatif auprès des Nations Unies.
C’est lors de cette rencontre aux Nations Unies que des acteurs, en France, de la solidarité avec les droits de l’homme ont répondu à la demande des autochtones de créer un réseau de solidarité chez nous, ce qui a amené la création du CSIA en 1978.
Les termes "indien", "amérindien", "natif", "indigène", etc. suscitent depuis longtemps de nombreuses controverses, y compris dans les communautés. C’est le terme "Peuple autochtone" qui a été défini comme terme générique aux Nations Unies, mais les peuples autochtones préfèrent utiliser leur autodénomination traditionnelle (lakota, diné, quechua, aymara, maya, cherokee, etc.)
On a tous en tête des images de l'époque de la conquête de l'Ouest, héritées d'Hollywood : des images de nobles Indiens à demi-nus trahis par des "visages pâles" avides. Mais, depuis, ces premiers habitants de l'Amérique du Nord semblent avoir disparu du paysage. Que sont-ils devenus depuis que l'Ouest est conquis et bétonné ?
CSIA : C’est l'un des rôles du CSIA de lutter contre les mythes réducteurs : bon sauvage rousseauiste, indien disparu, .... La réalité est tout autre dans les Amériques. Les Amérindiens continuent à vivre dans la modernité tout en conservant leurs traditions et en défendant leurs droits politiques, économiques, sociaux et culturels. Les territoires qu’ils ont pu conserver ou qu’ils essaient de récupérer attisent toujours de nombreuses convoitises : militarisation, multinationales, compagnies minières et forestières, etc.
Le CSIA travaille depuis de nombreuses années avec les Diné (Navajo) qui luttent dans la région de Black Mesa contre leur déplacement forcé et l’exploitation d’une mine de charbon à ciel ouvert. À travers ce combat, nous avons rencontré plusieurs générations de résistantes et résistants, parmi lesquels des Anciens, qui s’expriment exclusivement dans leur langue maternelle, mais aussi leurs petits-enfants qui ont échangé leurs fusils contre des guitares électriques et parcourent le monde pour faire connaître leurs combats avec leur groupe de punk-rock Blackfire.
Actuellement, les communautés luttent pour leur survie au quotidien, touchées par les maux de la société moderne (alcoolisme, drogue, pauvreté). Malgré cela, ils continuent à préserver leur identité et leurs traditions (langues, culture, art) et à développer des projets en accord avec leur vision du monde : projets énergétiques alternatifs, programmes d’enseignement bilingue, récupération des terres et protection de leurs sites sacrés.
Vidéo : Silence is a weapon de Blackfire
Si l'on en reste aux images, on garde des années 60 et 70 aux États-Unis des images très fortes du mouvement afro-américain. Mais pas du mouvement de libération des Amérindiens. Pourquoi ? Les Amérindiens du Nord n'ont pas connu la même fièvre égalitaire ?
CSIA : Les Amérindiens se sont inscrits dans les luttes pour les droits civiques aux côtés des différents mouvements qui voulaient changer la société américaine à cette époque (africains-américains, chicanos, portoricains, mouvement anti-guerre, lutte féministe).
À partir des années 1950, la politique d’assimilation s’intensifie et de nombreux Amérindiens se trouvent déplacés sur de grands centres urbains, où ils subissent la politique des ghettos, le racisme exacerbé et les violences policières, ce qui va les pousser à créer l’AIM, en 1968 à Minneapolis. Ce mouvement militant, s’inspirant de l’organisation du parti des Black Panthers, a subi comme les autres la répression du FBI et du gouvernement américain.
Si les Africains-Américains luttaient pour l’égalité et le respect des droits civiques, la lutte du mouvement autochtone s’inscrivait, elle, dans un combat pour la reconnaissance d’une existence politique distincte, basée sur les 371 traités signés avec le gouvernement américain et jamais honorés. Certains militants ont payé le prix fort pour leur engagement. De 1973 à 1976, plus de 60 militants de l’AIM ont été assassinés et, aujourd’hui encore, un leader emblématique de cette résistance, Leonard Peltier (Sioux Lakota Anishinabe), est toujours incarcéré après plus de 35 ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Il est reconnu comme prisonnier politique par Amnesty International et est considéré comme le Nelson Mandela indien.
Aujourd'hui, qui porte leur culture ? Qui sont leurs porte-paroles ?
CSIA : Depuis les années 1970, suite à la réémergence de l’identité amérindienne, on assiste à un renouveau culturel. Les différentes communautés se sont réapproprié leurs cérémonies, comme les danses du soleil, qui avaient été interdites pendant des années, et ont remis en place des structures de cohésion sociale comme les pow-wows. Les structures traditionnelles ne sont pas figées et ont évolué que ce soit dans l’art, l’écriture, le cinéma, etc. Les Amérindiens se réapproprient leur espace et s’intègrent pleinement dans la modernité, du militant de l’AIMJohn Trudell, qui a échangé son activisme contre la poésie et la musique, aux jeunes générations, qui utilisent le punk-rock et le hip-hop pour faire passer leurs messages. Pour ceux qui souhaitent voyager dans l’Amérique indienne actuelle, on ne peut que conseiller les romans et recueils de nouvelles de Sherman Alexie, Joseph Boyden, Louis Owens, etc.
Y a-t-il des contacts entre Amérindiens d'Amérique du Nord et Amérindiens d'Amérique du Sud ? Partagent-ils certains combats ?
CSIA : Les communautés autochtones des Amériques ne reconnaissent pas les frontières des États-Nations imposées par la conquête, ni même la barrière linguistique. Aux États-Unis, les Chicanos disent très justement : « Ce n’est pas nous qui franchissons les frontières, ce sont les frontières qui nous ont séparés. » De nombreuses rencontres entre communautés amérindiennes, de l’Alaska à la Terre de Feu, sont organisées comme par exemple celle de Vicam, initiée par les Zapatistes du Mexique en 2007, ou celle de Cochabamba en Bolivie en 2010. Depuis 1977, les Amérindiens luttent côte à côte au sein des Nations Unies et ont obtenu de la part des instances internationales l’adoption de la Déclaration universelle sur les droits des peuples autochtones en 2007.
Le 12 octobre est pour certains le "Colombus Day". Pour vous, cette journée est, au contraire, l'occasion de démontrer votre soutien aux Amérindiens. Qu'avez-vous prévu cette année ? Qui allez-vous inviter ?
CSIA : En 1977, à l’ONU, en réaction aux célébrations racistes du "Jour de Christophe Colomb" aux États-Unis ou au "Jour de la race" dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, les organisations amérindiennes ont décrété le 12 octobre "Journée internationale de solidarité avec les peuples indiens des Amériques". Chaque année, depuis 1980, le CSIA organise cette journée en France, le samedi le plus proche du 12 octobre. C’est l’occasion pour nos adhérents et le public français de rencontrer des délégués de l’Amérique indienne. Cette année, elle aura lieu le 15 otobre à Montreuil.
Nous aurons l’honneur de recevoir Henry Red Cloud (réserve sioux-lakota de Pine Ridge, Sud-Dakota, USA) et Bill Simmons (Membre du Conseil de gouvernance de l’American Indian Movement – AIM). Nous ferons un point d’information sur la situation des Mapuche au Chili et des communautés zapatistes au Chiapas (Mexique) et animerons une table ronde sur le thème “Justice climatique et alternatives écologiques autochtones dans les Amériques : un an après la Rencontre des peuples pour la Terre Mère de Cochabamba (Bolivie)”
Heavy de Nake Nula Waun
Propos recueillis par François Mauger
Journée internationale de solidarité avec les peuples indiens des Amériques : le 15 octobre de 14h à 22h à la salle Casa Poblano (15, rue Lavoisier), à Montreuil (93)