On dit souvent du silence qui suit une oeuvre de Mozart qu’il est lui aussi de Mozart. Manfred Eicher, le directeur du légendaire label ECM, a dû longuement méditer cette maxime. Ses enregistrements sont en effet immédiatement reconnaissables par leur profondeur, leurs couleurs … et le son unique des silences qui les ponctuent.
Trailer de "Sounds and Silence", avec Manfred Eicher
D’une chapelle à Tallin, en Estonie, où Arvo Pärt fait enregistrer l’une de ses partitions sous un retable éblouissant, à Salta, en Argentine, où Dino Saluzzi effectue un pèlerinage sur les lieux de ses débuts, en passant par l’atelier d’Anouar Brahem, à Carthage, en Tunisie, deux documentaristes suisses ont suivi Eicher dans sa quête du son parfait. A sa suite, les réalisateurs pénètrent dans l’intimité de créateurs qui, comme l’Italien Gianluigi Trovesi ou le Norvégien Jan Garbarek, se jouent des frontières entre classique, jazz et musiques populaires. Le spectateur découvre au passage la tranquille exigence du producteur, qui, l’oeil aux aguets sous sa crinière blanche, est capable de consacrer dix minutes au son d’une simple note. Il a même le privilège d’assister à la création de l’une des énigmatiques mais poétiques pochettes bichromes qui ont fait la gloire d’ECM. Si, comme certains le craignent, le métier de producteur de disques venait un jour à disparaître, ce film de Peter Guyer et Norbert Wiedmer resterait comme un témoignage incontestable de sa noblesse.