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HENRI SALVADOR CELINE RUDOLPH BRESIL JOBIM

Céline Rudolph : "Henri Salvador a signé de grandes mélodies"

26/09/2011

Céline Rudolph a su comprendre très vite que le seul moyen de concrétiser ses rêves d’enfant, devenir chanteuse, devait passer par le travail. C’est au Brésil, là où elle puise sa force et son inspiration, qu’elle enregistre ses albums et prend beaucoup de plaisir à monter sur scène. En février 2010, tous ses efforts sont enfin récompensés : Les victoires du jazz allemandes lui décernent le prix de la « meilleur voix nationale ».

 


Un an et demi après, la jeune femme nous a donné rendez-vous à l’hôtel Murano, dans le IIIe arrondissement de Paris. Détendue et souriante, l’artiste a voulu partagé sa passion qui l’anime depuis toujours : la musique brésilienne. Et nous présenter son prochain album « Salvador », un hommage au chanteur guyanais du même nom, sorti le 12 septembre 2011 chez Verve. Rencontre.
 

 

 


Comment avez-vous commencé la musique ?

 


Céline Rudolph : Il faut dire une chose, la musique a toujours été présente dans ma vie. De manière naturelle, sans que j’y pense réellement, un peu comme lorsque l’on mange, boit ou respire. Petite, je chantais par dessus les disques que mes parents écoutaient à la maison. Ils possédaient un vaste répertoire, plutôt jazz, world music ou chanson française. A l’âge de 5 ans, j’ai commencé la flute à bec, le piano puis la guitare. C’est à 12 ans que j’ai commencé à écrire mes propres chansons, en français d’ailleurs…

 

 


Pourtant vous êtes d’origine allemande, pourquoi  alors composer dans la langue de Molière ?

 


Céline Rudolph : L’allemand me paraissait moins mélodieux. Entre la musique et le français, il existe des liaisons que je ressens sans problèmes. C’est seulement plus tard que j’ai découvert les autres langues, comme le portugais par exemple. Ces deux visions linguistiques de la musique m’ont beaucoup inspirées.
 

 


J’ai l’impression que vous vous considérez comme une véritable brésilienne…


Céline Rudolph : C’est vrai. Je me sens très attachée à ce pays. Je m’y sens chez moi. Quand je chante là-bas, le public semble être très touché. L’accueil est formidable, les gens n’ont pas peur de montrer qu’ils vous aiment. A la fin des concerts, ils vous embrassent, vous remercient, vous disent « Bienvenue chez toi ». C’est très différent de l’Europe. Mais J’ai aussi également beaucoup travaillé en Afrique. J’ai pu y faire de nombreux concerts et y apprendre les percussions. Vous pouvez d’ailleurs entendre ces influences dans l’album « Salvador »…

 


C’est donc pour cela que vous êtes très attachée à la musique brésilienne. Vous l’avez rencontré pour la première fois toute jeune, avec le classique « Rosa Morena » que vous repreniez à tort et à raison. Aujourd’hui, quel rapport entretenez-vous avec le Brésil et plus particulièrement avec sa musique ?

 


Céline Rudolph : Il est évident que son influence est palpable dans mon univers musical. Depuis 10 ans, je travaille avec des musiciens brésiliens, il est normal que mes chansons soient très influencées par tout ceci. Pourtant, je ne suis pas allée dans ce pays dans le but de chanter, mais plutôt de traduire mes compositions dans le sens que je voulais. Je savais qu’en travaillant avec des artistes exclusivement européens, je n’arriverais pas à donner une dimension particulière à ma musique, surtout en matière de rythmes. C’est pour cela que je suis partie au départ à Sao Paulo, et heureusement car le quintette que j’ai formé là bas et qui m’accompagne à l’heure actuelle m’a apporté quelque chose que je n’aurais jamais pu soupçonner …
 

 

 

 

 


Un live de "Syracuse", par Céline Rudolph

 

 

 

 

C’est également le Brésil qui vous a donné l’idée de faire un album hommage à Henri Salvador ?

 


Céline Rudolph : Oui, en effet. J’ai découvert que Jobim s’était inspiré d’une chanson d’Henri Salvador nommée « Dans mon île ». L’anecdote dit que l’artiste brésilien a inventé la bossa nova juste après avoir entendue cette chanson. Je me suis donc énormément renseignée sur ce musicien. J’étais fascinée. C’est comme cela que tout a commencé et que je suis retournée au Brésil pour enregistrer cet album, « Salvador ».
 

 

 

Pouvez-vous me raconter comment s’est déroulé l’enregistrement de « Salvador » ?

 


Céline Rudolph : En fait je suis partie au Brésil avec un gros paquet de documentation et les enregistrements orignaux d’Henri Salvador. Je voulais faire découvrir à mon groupe son véritable visage. J’ai travaillé avec eux les arrangements auxquels j’avais pensé. On a regardé tout ça ensemble et on a travaillé tout ça pendant une semaine de répétitions à Sao Paulo. Nous avons beaucoup improvisé, c’était presque tout le temps des « first take » lors des enregistrements. Le lieu était magique, avec un grand jardin. Parfois on peut même entendre le chant des oiseaux sur certaines des chansons de l’album. C’était super…

 

 


Qu’est-ce que représente cet artiste pour vous ?

 


Céline Rudolph :
Henri Salvador a signé de grandes mélodies, remplies de mélancolie et d'amour. Il est très lié à l’idée de la saudade, que les Brésiliens décrivent comme un mélange entre tristesse et allégresse. Avant d’étudier la musique, j’ai fait de la philosophie et je lisais donc beaucoup. La langue et le texte m’intéressaient énormément. C’est pourquoi j’aime beaucoup la poésie et particulièrement celle d’Henri Salvador. J’ai d’abord traduit ses chansons en allemand. Ainsi, « Salvador » est disponible dans ces deux langues. Naturellement, je me suis appropriée ses chansons comme si un lien immense perdurait entre lui et moi…

 

 

 

 


Extrait du clip "Maladie d'amour" par Céline Rudolph

 

 

 




Vous êtes très liée au jazz, une influence que l’on retrouve également dans « Salvador ». Cet album est très inspiré de cet univers, notamment pour celui du chant : vous utilisez régulièrement le scat, cette forme d’improvisation vocale. Pourquoi ?

 


Céline Rudolph :
Mon chemin musical vient de l’instrumental. Alors, quand je compose une musique, je créée d’abord des mélodies avant de me consacrer au texte. Alors, il faut que je trouve un langage. C’est comme ça que j’ai inventé ces onomatopées et c’est finalement resté dans mes enregistrements. Cela fait partie de moi. Je ne peux pas éliminer le scat, car cela vient de mon moi intérieur !

 

 

Depuis 2003, vous dirigez la section de chant de jazz à l’école supérieure de musique  « Carl Maria Von Weber » en Allemagne (Dresde). Qu’est ce que cela vous apporte dans votre propre musique ?

 

 

Céline Rudolph : Apprendre aux autres est  une expérience unique ! Cela me permet d’apporter ma vision de la musique à d’autres chanteurs et artistes. Puis surtout, nous échangeons nos inspirations. Quelque fois on découvre de nouvelles choses, c’est très intéressant. J’adore leur faire voir le fonctionnement de la musique brésilienne ou de la chanson française. Mais la plus grande influence que je peux avoir sur eux, ce sont les improvisations. J’aime le fait d’être avec eux, sur leur propre chemin…

 

 

 

Qu’est-ce que cela fait d’avoir été couronnée « meilleur voix nationale » en février 2010 par les victoires du jazz allemandes ?

 


Céline Rudolph :
Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais au Brésil en train d’enregistrer « Salvador ». C’était un moment tellement intense, que je n’y ai pas cru. Puis, on a pris une Caipirinha tous ensemble, c’était vraiment la fête ! Une chose est certaine, c’est que cela a changé quelque chose en moi. Ce prix m’a donné beaucoup de courage et de force.
 

 


Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter pour les années à venir ? Peut-être les 60 ans de carrière d’Henri Salvador ?

 


Céline Rudolph : (Rires) Je veux bien si la santé est bonne ! On peut avoir 90 ans et être toujours sur scène. On dit que le jazz est la seule musique où l’on peut vieillir aisément. Contrairement à la musique pop. Et si tel est le cas, alors oui, pourquoi pas…

 

 

 

 



Extrait du clip "Jardin d'hiver" par Céline Rudolph

 

 

 

 

Julien Bouisset


26/09/2011
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