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Antiquarks au Turkmenistan : carnet de voyage (2)

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ANTIQUARKS TURKMENISTAN FORMATION VOYAGE

Antiquarks au Turkmenistan : carnet de voyage (2)

22/09/2011

Les quatre musiciens des Rhône-Alpes sont au Turkmenistan pour une semaine, le temps d'y donner concerts et formations. Mondomix publie leur récit de voyage dans ce pays mal connu d'Asie Centrale. Deuxième épisode ...

 

Mardi 20 septembre


Il est 10 heures (7 heures, heure française).


Nous avons rendez-vous au Centre Culturel Français, avec le loueur pour réceptionner et vérifier qu’il a bien le matériel technique demandé pour les ateliers. Le suspens est complet car le Centre Culturel Français a cherché partout et nous a dit que nos demandes n’étaient pas du tout le standard ici.


Tout va très vite, ils arrivent à quatre et commencent immédiatement à installer. A l’aide du traducteur, nous faisons le point. Le responsable ne me rassure pas en m’expliquant qu’il est revendeur Berhinger au Turkménistan. Mais en ouvrant les cartons, c’est une bonne surprise : 80 % du matériel est neuf. La location n’est pas le fonctionnement habituel; en général, il faut acheter.  Il y a finalement des micros SM57 et SM58, les grands classiques de chez Shure. Il faudra cependant se contenter du kit d’enceintes amplifiées JBL. On fera avec bien sûr !


Le premier groupe constitué suite à la rencontre de la veille arrive petit à petit.


Nous avons regroupé les musiciens qui jouent ou sont attirés par la musique électrique : deux guitaristes électriques, cheveux longs, le bandana au poignet et le T-shirt assorti. L’un d’entre eux arrive directement du travail, sans avoir eu le temps de passer prendre son instrument. Guillaume lui prête sa guitare, une Custom 77. En échange de ce « trophée », il lui rend un sourire excité puis arrête son regard sur nos pédales d’effets pour voir s’il les connaît.


A la guitare électroacoustique, il y a un beau blond, costaud et taillé comme un russe. Il nous précise qu’il joue aux doigts. Ils aiment tous les trois le rock, la pop et le métal. Ils n’ont pas amené d’ampli, les jacks sont beaucoup trop courts pour aller à la sono, mais on a prévu des câbles en plus, ouf !


Une jeune pianiste classique, qui parle très bien français, arrive de l’école avec deux belles longues nattes sous le chapeau traditionnel « Takhya » et une longue robe verte que portent toutes les élèves jusqu’à la fin du lycée (rouge pour les étudiantes à l’université).


Le bouche à oreille a déjà fonctionné depuis hier et nous avons quelques spectateurs.


Tout le monde est concentré. Richard, Guillaume et moi leur proposons un morceau ternaire, basé sur un bourdon. L’apprentissage de la ligne d’accompagnement et du thème se fait sans partition, ils ont le reflexe de regarder comment fait leur voisin plutôt que de mémoriser. C’est l’occasion de parler de l’oralité et de notre façon de travailler. La traductrice s’accroche pour le vocabulaire musical et imagé que nous utilisons, mais visiblement tout le monde suit et l’ambiance est très bonne. Richard n’en rate pas une ! Le temps passe vite et c’est déjà fini pour aujourd’hui.


Petite pause avant le deuxième atelier : depuis la cour, nous les entendons jouer quelques classiques internationaux comme Hotel california du groupe Eagles ou Spanish Caravan des Doors.


Le deuxième groupe est plus acoustique : une jeune adolescente accompagnée de sa mère, une actrice qui écrit des chansons, une pianiste qui pige tout très vite et un jeune joueur de dutar qui acceptera sans hésiter de faire un solo…mais à la voix ! Frissons garantis.


Antoine (notre reporter vidéaste) se fait oublier, mais il est bien là.


14h. Sarah, notre manageuse, a organisé un repas express sur place, du plof. Aussitôt terminé, nous plions et chargeons le matériel dans la « gazelle » (un camion bâché qui nous sert aussi de taxi), direction le Conservatoire National d’Achgabat.


Richard est parti en avance avec l’équipe du CCF pour rencontrer le directeur du conservatoire. Il a troqué le fauteuil roulant contre les béquilles, pas le temps de se reposer.


C’est un amphithéâtre avec deux grands pianos à queue de concert, presque justes. Une petite table de mixage, quatre enceintes et quatre micros sont déjà installés. L’ambiance est très différente du matin. La plupart des élèves préparent une parade car le pays  fêtera les 20 ans de son indépendance en octobre prochain. C’est donc une délégation de musiciens que nous rencontrons, uniquement des hommes : six joueurs de dutar (l’instrument traditionnel national), deux joueurs de gidjak (« violophone » joué verticalement) et un percussionniste (darbouka). Ils portent tous une élégante chemise blanche, avec une cravate, un pantalon droit en toile noire, des mocassins et le petit chapeau traditionnel.


Ils commencent par nous jouer quelques morceaux et nous comprenons clairement qu’ils se demandent bien ce que l’on va faire ensemble. Il faut traduire du français au russe, et du russe au turkmène, et vice et versa… Richard trouve une porte d’entrée en leur proposant de faire un bourdon au milieu de leur morceau pour que je fasse une improvisation à la vielle à roue. Les regards changent petit à petit. Nous échangeons courtoisement sur nos instruments respectifs et leurs spécificités.


En quelques mots, le dutar est un luth à deux cordes, à caisse piriforme. La corde grave (accordée ici en mi) est à la quarte inférieure de la corde aigue (ici en la). L’instrument est chromatique avec un ambitus d’une octave (douze cases frettées sur le manche). Ils nous expliquent que leur tonalités préférées sont « la », « si » et « do ».

 

 

 

(un exemple de virtuosité au dutar : Döwletýar Kyryk de Döwran Taçmamet)

 

 


Les huit musiciens jouent presque tout le temps la mélodie à l’unisson, avec une multitude d’ornementations écrites et une virtuosité maîtrisée, tant technique que véloce. L’un d’entre eux, le professeur de dutar, est aussi compositeur.  Ils répondent tous qu’ils sont là par vocation (il faut huit ans d’études musicales avant de pouvoir entrer au Conservatoire National).


Après une heure nous arrivons à leur proposer un thème d’Antiquarks qu’ils s’approprient rapidement. Richard envoie des improvisations vocales, Guillaume alterne entre la guitare et le piano, et moi entre la vielle et le piano.


C’est gagné pour aujourd’hui, nous nous donnons rendez-vous demain à la même heure ! Une session s’improvise, avec connivence, entre Richard à la batterie et le jeune percussionniste, qui en profite pour lâcher prise, sous le regard de son père, qui est aussi le professeur de percussion.


Ce soir, c’est détente ! Nous mangeons avec l’équipe du Centre Culturel Français et l’une des trois interprètes dans un restaurant situé dans un des nombreux jardin de la ville.
 


Mercredi 21 septembre


Même programme qu’hier : deux master classes au Centre Culturel Français et une au Conservatoire.


Dans le premier atelier, je branche avec Guillaume son clavier rouge pour la jeune pianiste et lui rajoute quelques sons, samplés de la vielle, grâce à l’ordinateur. C’est parti ! La main gauche sur le piano droit, la main droite sur le clavier. C’est la première fois qu’elle joue du synthé et elle se débrouille super bien !


Aujourd’hui, cet atelier a trouvé sa cohérence dans le son et nous avons réussi à construire un arrangement dirigé dans l’instant à partir des matériaux appris hier oralement. Ils commencent à sentir comment utiliser des petites variations. Le joueur de dutar du deuxième atelier nous a rejoint mais à la guitare cette fois ! Et il ne demande qu’à faire des improvisations, yes !


L’après midi, nous retrouvons les musiciens traditionnels au conservatoire. Tout le monde est content mais il faut encore un temps d’adaptation avant de commencer. Ils ont amenés deux jeunes Bakhis : chanteurs, musiciens et poètes, ils doivent être capables d’interpréter une centaines de chants pour être dignes de ce nom. Comme hier, nous jouons à tour de rôle des pièces de nos répertoires respectifs pour se dire bonjour. Nous échangeons sur les techniques vocales et les effets principaux qu’ils utilisent dans la voix (le djuk-djuk : blocage du larynx pendant des vocalisations, le khümlemek : son rauque et grave…) et sur la provenance des morceaux. Leurs choix du jour sont essentiellement des chansons d’amour.


Nous proposons de leur apprendre deux morceaux, avec de la place pour des improvisations vocales et instrumentales. Finalement, les Bahkshis n’osent pas vraiment jouer le jeu et c’est un dutariste qui s’y colle avec le sourire jusqu’aux oreilles ! Son enthousiasme est contagieux et chaleureux.

Richard  leur propose de trouver des paroles en Turkmène et le professeur de dutar ne perd pas une seconde. En regardant notre traductrice, il chante dans sa langue sur notre mélodie « Oh mon amour, viens chez moi / tu es mon bonheur / Oh mon amour, nous vivrons ensemble ! ».


Pour terminer la journée en beauté, nous échangeons pendant une bonne heure avec une quinzaine d’adolescents des cours de français du Centre Culturel Français, majoritairement des filles. Elles n’ont pas manqué de se lâcher et de nous chanter leurs chansons d’amour favorites : un duo de Mireille Mattieu et de Charles Aznavour, accompagnées du son de leur téléphone portable !

 


Sébastien Tron


22/09/2011
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