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Photoquai : Le Tibet d'Edwin Koo

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Photoquai : Le Tibet d'Edwin Koo

15/09/2011

Installée au musée du Quai Branly jusqu’au 11 novembre prochain, l’exposition Photoquai réunit cette année encore de multiples artistes d’horizons diférents. Au total ce ne sont pas moins de 400 images, capturées par une quarantaine de photographes du monde entier, que le public peut d'ores et déjà découvrir.
Parmi eux, Edwin Koo, photojournaliste singapourien qui vit à Katmandou. Depuis quelque temps, il fait un travail de longue haleine sur l’exil des tibétains dans le monde. Rencontre.
 

 

 

 

Comment vous est venue cette passion pour la photographie ?


Edwin Koo : Il y a 10 ans, j’ai pris un module de photojournalisme à l’université. C’était la première fois de ma vie que j’utilisais un appareil photo « sérieux ». A l’époque, c’était un réflex, le modèle Nikon F65. La première fois que j’ai vu mes images apparaitre sur le papier photo, durant le développement, sous la lumière rouge, je suis littéralement tombé amoureux de la photo.

 



En quoi l’approche de la photographie est-elle différente quand il s’agit de photojournalisme ?


Edwin Koo : La photographie est un outil pour les photojournalistes, tout comme les mots sont des outils pour lesécrivains. Je ne prends pas différemment mes photos quand je travaille sur commande ou pour des projets personnels. La photographie doit être simple et honnête coûte que coûte…

 

 


Vous étiez aux commémorations du 50e anniversaire de l’échec  du soulèvement tibétain en 2009, c’est une bonne partie de votre travail pour le photoreportage Tibetan exiles. Racontez-nous un peu comment c’était sur place… 


Edwin Koo : L'atmosphère était très tendue à Katmandou, lorsque j'ai pris ces photos. Les Tibétains étaient très déterminés à faire entendre leur point de vue, même si ils en connaissaient les conséquences. La police népalaise les a matraqués, et certains d’entre eux ont été traînés violemment en prison. C'était très émouvant pour les Tibétains.

 

 

 

 

 

 

 



Pourquoi avoir voulu montrer le quotidien de ces Tibétains en exil, sur une aussi longue période ?


Edwin Koo : Après avoir été témoin de leurs manifestations à Katmandou, je suis devenu très curieux à propos de la vie des exilés tibétains. Pourquoi se battaient-ils avec autant de rage et de passion pour une patrie qu'ils n’ont jamais vraiment connue ? Le Tibet a énormément changé sous l'influence des Hans, et j'ai été intrigué qu'une résistance puisse durer aussi longtemps. J'ai donc décidé d'étancher ma curiosité en allant voir la façon dont les Tibétains vivaient, en pensant que je pourrais trouver quelques réponses à mes interrogations…

 

 


Pourquoi avoir choisi le noir et blanc dans vos photos, alors que les costumes traditionnels des tibétains sont souvent très colorés ?


Edwin Koo : Le noir et blanc est mon support de choix. C’est un choix, comme un peintre choisit l'huile ou l'aquarelle. À mon avis, la couleur met trop dedistraction entre le spectateur et l'image. Tandis que le noir et blanc permet aux émotions de s'échapper de l'image, sans inhibition.


 


Qu’avez-vous essayé de montrer dans ces clichés ?


Edwin Koo : J'essaie de ne pas entrer dans une histoire pour prouver quelque chose en particulier. Même dans le cas bien précis de l’exil de ce peuple, je ne suis pas un militant pro-tibétain. J'ai mes réserves à l'égard de ce sujet, étant donné que c’est un problème international. Mais, pour moi, ce qui est plus important, c’est qu’il y a encore des gens qui sont privés de leurs droits sur leurs terres ancestrales, même après un demi-siècle d'exil ! Je suppose que je tente de faire passer cette angoisse et ce sentiment de perte dans mon travail. J'espère que ces émotions sont suffisamment universelles pour être comprises par tous, même à l’autre bout de la planète.

 

 

 

 

 

 

 

 


Qu’est-ce qui vous attire chez ce peuple ?


Edwin Koo : J'ai réalisé que, dans mon travail, il y a quelques thèmes qui résonnent régulièrement. L'un d'eux est le déplacement. Peut-être suis-je tout simplement attiré par des sujets qui mettent l'accent sur la séparation entre l'homme et la terre.

 

 


La répression fait rage à l’égard des Tibétains. Par exemple, le 15 août dernier, un moine bouddhiste tibétain, qui réclamait le retour d’exil du dalaï-lama s'est donné la mort dans la province chinoise du Sichuan. En réponse à cela, les autorités chinoises ont intensifié la censure et les arrestations. Qu’est-ce qui selon vous pourrait mettre fin, une bonne fois pour toutes, à ce conflit ?


Edwin Koo :
Le conflit finira lorsque les jeunes Chinois qui connaissent le monde extérieur prendront enfin le pouvoir, ce qui entre nous peut être dans très longtemps. Le problème est compliqué, parce que la relation entre la Chine et le Tibet a changé de nombreuses fois dans l'histoire. Fondamentalement, les revendications territoriales du Tibet se renforcent chaque fois que la Chine est faible, et s’affaiblissent quand la Chine est forte. Le concept de nation n’a jamais été stable. Dans les années 1950, lorsque l’heure était au nationalisme, la Chine revendiquait de nombreux territoires ethniquement très différents. Si nous suivons ces arguments, nous ne pouvons pas vraiment dire qui "possède" véritablement le Tibet. Mais, si nous mettons cela de côté, je pense que tous les peuples devraient avoir des droits sur leurs terres ancestrales.

 

Ce qui compte, c’est la façon d’y parvenir. Je crains que rien ne change tant que la Chine est aussi puissante qu’aujourd’hui et que son système politique ne change pas. Quant au mouvement pour la liberté du Tibet, j’espère qu’il ne deviendra pas exagérément militant, comme certains mouvements du Moyen-Orient le sont devenus. La violence n’engendre que la violence.   

 

 

 

Julien Bouisset

 

 

 

Et aussi sur le Web :

 

- le site officiel de Photoquai 2011

 

- le site officiel du Quai Branly


15/09/2011
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