Unique dans son approche libre et inspirée de la chanson française, Camille revient cet automne avec un 4ème album studio épatant. « Ilo Veyou » sera en magasin le 17 octobre mais elle est aussi en concert à la Chapelle Des Récollets à Paris jusqu’au 13 septembre et en interview sur Mondomix.
Les chansons d'Ilo Veyou semblent avoir été enregistrées dans des circonstances particulières (chapelles, dans la rue). Quelle est l'importance du rituel dans votre travail?
Camille : Centrale ! La musique me guide. Je ne m’installe pas dans un rituel, ce n’est pas prémédité. Il y a des envies et cela devient un guide pour effectuer un passage. Pour le choix des lieux, je ne prémédite pas mentalement les choses. Pour certaines chansons, je pense qu’elles vont bien sonner dans un lieu et je les essaye. Des fois, ça ne marche pas. Par exemple, Aujourd’hui (morceau d’ouverture de l’album ndlr), je l’ai faite dans la rue après avoir essayé pas mal de choses, dans une chapelle, en extérieur, avant de réaliser que ce qui lui convenait c’était de l’enregistrer en marchant. Le matin du départ pour le mix définitif, je n’étais toujours pas contente de ce que j’avais pour cette chanson. J’ai appelé un ingénieur son de cinéma, j’avais besoin de quelqu’un de terrain qui n’aie pas besoin d’un son pur. On l’a enregistrée de chez moi à la gare.
Pour d’autres chansons, je pensais qu’elles seraient bien dans une chapelle, alors j’en ai essayé plusieurs. Après, l’enjeu était de doser l’empreinte du lieu. Par exemple pour la dernière chanson, Tout dit, sur la prise originelle il y a beaucoup plus d’ambiances du lieu, je suis plus lointaine, la réverb est plus grande, on entend très fort les oiseaux de nuit, ... Mais, pour le disque, on a préféré plus de proximité. Mais c’est sûr, tout ça constitue un rituel.
En écoutant le disque on a l’impression que le moment est plus important que la chanson.
Camille : L’espace temps est plus important. L‘interprétation est plus importante que la chanson, l’état dans lequel on est en chantant la chanson. C’est une coïncidence entre la chanson et l’espace temps. Il faut garder l’intégrité du moment, sinon il n’y a pas de passage, il n’y a pas de rituel, il n’ya pas de sens. Plus ça va, plus je me rends compte de ça. J’ai d’ailleurs de plus en plus de mal à fixer les choses, car j’ai l’impression que tout est en mouvement perpétuel. Le fait de faire un disque rentre en contradiction. Il faudrait que tout le disque soit un moment. Là, c’est une collection de moments, mais chaque chanson est un moment.
Moment d'interprétaion, équilibriste, de L'étourderie, le premier single d'Ile Veyou
On peut penser que chaque chanson est chantée du point de vue d'un personnage différent, la voix, l'intonation changent. Faîtes vous un travail spécifique de préparation avant de chanter?
Camille : C’est quelque chose que je maîtrise mais que je ne contrôle pas. Je dois être schizophrénique, multiple on va dire, il y a du gémeaux là dedans. J’ai l’impression que les femmes sont polymorphe et que je suis particulièrement caméléon. Mes voix d’enfants sont aussi arrivées par hasard. Je voulais enregistrer des enfants pour le disque. J’étais enceinte au moment d’enregistrer, j’étais dans un état de passage. Je voulais enregistrer des enfants qui étaient aussi dans un état de transition entre l’enfance et l’adolescence, mais c’était compliqué au niveau de l’organisation, de trouver des enfants qui soient à la fois naturels, frais et amateurs, tout en chantant juste et en rythme. Finalement, j’ai fais ces voix toute seule en enregistrant mes enfants intérieurs. Dans la chanson Allez, Allez Allez, je me disais qu’il y avait quelque chose qui ne serait pas juste si c’était ma voix de femme adulte. Je me suis dit qu’il fallait que ce soit des voix d’enfants. Ce sont des voix de compositions, comme quand on est acteur, on joue de la musique d’une certaine manière. Il y a des fois où je reste telle que je suis, je me laisse aller et à d’autres moments j’ai besoin d’une voix de composition, de m’amuser. Sur La France, c’est une voix de composition, une espèce de voix pincée des années cinquante, on me dit Piaf mais ce n’est pas ça.
C’est plus académique ...
Camille : Piaf n’est pas scolaire
Ca a un côté presque opérette ...
Camille : Oui, c’est ça, c’est parodique. Je laisse parler mes voix du moment. J’admire les chanteurs qui ont une voix monolithique. En même temps, les chanteurs que j’aime le plus, c’est par exemple Yma Sumac qui est une gymnaste incroyable. Ce que j’aime, c’est que la voix raconte un moment. Des fois, elle est fatiguée, à d’autres, c’est une voix de femme, ensuite elle est plus fragile. Je laisse aller ce qui se passe. Ca m’intéresse de ne pas prendre qu’une voix, de composer avec l’instant.