Mariee Sioux:"Mes parents m'ont enseigné que les animaux et les plantes ont des esprits"
26/09/2011
Mariée Sioux, représentante de la scène néo-folk californienne de Névada City est considérée comme la petite soeur d'Alela Diane. Depuis toujours concernée par l'écologie, la chanteuse nous confie son profond respect pour la nature et nous parle de ses projets musicaux. Rencontre avec une artiste responsable...
Comment vous est venu ce souci de l'écologie?
Mariée Sioux : Je dois avouer que mes parents ont été les premiers à m'initier aux idées de conservation écologique en général, mais, en réfléchissant, je crois que c'était plutôt les émissions telles que Nova et Nature sur PBS que je regardais quand j'étais petite qui m'ont inculqué des idées sur la nécessité de protéger les espèces, les habitats et les écosystèmes. Nous n'avions qu'une chaîne de télé et je ne n'avais pas le droit de la regarder beaucoup. Mon père adorait regarder les émissions sur la nature et c'était très exaltant de voir des gens qui aimaient travailler dans les champs et de savoir que ce qu'ils font est nécessaire pour faire tourner le monde! Plus tard, j'ai voulu sauver les dauphins et les baleines. Peut-être que je le ferai un jour!
Vous représentez la culture Sioux, cela créé-t-il un lien entre votre musique et la nature?
Mariée Sioux : A cause de mon deuxième prénom 'Sioux', que j'emploie, avec Mariee, comme nom de scène, beaucoup de gens croient que je suis issue du peuple Sioux. Ma mère m'a donné ce deuxième prénom quand je suis née mais je n'ai pas du tout de sang Sioux.J'ai quand-même, des origines amérindiennes diverses issues de la tribu californienne Kawaiisu (qui s'appelle maintenant du nom plus généralisée « Paiute »), et de tribus amérindiennes des montagnes du Mexique, et en outre, j'ai du sang polonais et hongrois du côté de mon père. Je n'ai pas grandi non plus dans une réserve, ce que croient pas mal de gens. Je n'ai pas été élevée avec des croyances ou des coutumes spécifiquement indigènes, quoique ma mère soit connectée sentimentalement à ses racines amérindiennes. Mes parents nous ont enseigné, mon frère et moi, à respecter profondément la nature, à croire que tous les animaux et le plantes ont des esprits et qu'un esprit supérieur existe qui est, en essence, l'unité de tout. Par la suite, en grandissant, j'ai approfondi ces croyances. Le fait de vivre dans des zones urbaines et les connaître m'a inculqué un respect encore plus profond pour la nature et un besoin urgent de la protéger.
Vous sortez un nouvel album, quelles sont vos influences?
Mariée Sioux : La mort, la vie. La vie, la mort. La confusion. La solution. La force. La faiblesse. L'importance du pouvoir des femmes. L'éternité. L'unité. Le calme. Le vol. La lutte. Le chagrin. La destruction. Questionner la Fin.
Mariée Sioux, Wizard Flurry Home
Quels sont vos projets? Une autre collaboration avec Alela Diane?
Mariée Sioux : Oui, j'ai de nouveaux projets et quelques chansons qui ont été enregistrées sont sur le point de sortir. Un nouvel album complet sortira au début de l'année prochaine. Actuellement, je travaille avec mon copain au sein d'un nouveau groupe qui s'appelle Salt Minds. J'ai aussi collaboré avec Will Oldham de Bonnie 'Prince' Billy pour présenter quelques duos qu'on a composés, et des prises que nous avons faites ensemble ! C'était une expérience magnifique et j'ai hâte de voir la sortie de ces chansons sur un vinyle de 7" d'édition spéciale qui sort aussi l'année prochaine.
Que faites-vous dans votre quotidien, et en particulier dans vos activités musicales, pour protéger la nature?
Mariée Sioux : Aujourd'hui, j'habite à Oakland, Californie, et j'expérimente la vie urbaine pour quelques temps. J'essaie surtout de m'enraciner étant donné que ça fait trois ans que je n'ai pas d'adresse fixe. C'est un grand défi et je lutte contre l'envie de repartir sur la route, mais j'essaie de jouer de la guitare tous les jours. Parfois, je prends une pause pour me permettre de respirer et recueillir la nouvelle inspiration. Je bois beaucoup de thé et je me concentre sur le fait de vivre, tout simplement, sur la fait de passer une journée entière chez moi sans que cela ne me pose de problèmes. Je prends du temps pour méditer, et je me promène dans les ghettos de Oakland pour me faire aux vies complètement différentes et aux luttes quotidiennes qui se passent autour de moi.
Est-il vrai que vos parents possédent une ferme bio ?
Mariée Sioux : Oui, mes parents tiennent une ferme bio depuis 25 ans. Ils sont passés par plusieurs phases. Avant, c'était leurs boulot à plein-temps, et ils vendaient leurs produits aux magasins locaux et aux marchés fermiers. Ils étaient les premières personnes dans notre communauté à vendre des mélanges de haricots à la livre. Mais comme c' était très difficile d'en faire un profit, ils le font maintenant à petite échelle pour leur consommation personnelle et ils utilisent leur plot très efficacement. Il y a 6 ans ils sont entrés dans le commerce de fleurs, et aujourd'hui ils cultivent des fleurs sur la plupart de leur terre. C'est tellement beau là-bas... ça me manque beaucoup, en été particulièrement.
Vous avez travaillé avec des amérindiens en Patagonie. Pouvez-vous nous dire qui ils étaient, et ce que vous avez fait avec eux? L'expérience vous a inspiré pour l'album « Faces in the Rocks »?
Mariée Sioux : Quand j'étais en Patagonie, je vivais dans la petite ville de « Junin de Los Andes » qui se situe dans la moitié ouest de l'Argentine. Je travaillais avec une petite fondation qui est en collaboration avec une école pour les indigènes de la région qui s'appellent les Mapuche. Ils enseignent aux élèves la langue indigène qui se perd très vite, au profit de l'espagnol, la langue commune à tous en Argentine, même aux tribus indiennes. J'ai aidé à peindre l'école, à enseigner l'anglais, à donner à manger aux lamas, à monter à cheval avec les enfants, à donner des cours d'art. Je suis allé aussi chez quelques élèves qui habitaient très, très loin dans un paysage très désolé, pour enseigner à leur famille à construire des serres afin de cultiver la nourriture toute l'année.
Oui, le voyage a inspiré mon premier album, mais j'y suis parti avant de composer ma première chanson et avant même d'avoir pensé que j'enregistrerais un album. Là-bas, j'ai acheté une guitare acoustique et j'ai commencé à composer mes premières chansons. Tout autour de moi m'a inspiré. C'était parfois une expérience très isolante et très difficile. Beaucoup de ces premières chansons ont été enregistrées à la maison avec un ami sous le titre « Pray Me a Shadow » et ne figurent pas dans « Faces in the Rocks ». Une seule chanson de cette époque-là, "Friendboats", apparaît dans l'album "Faces in the rocks". A partir de là, j'ai composé de nombreuses chansons et j'ai enregistré mon premier album professionnel «Faces in the Rocks » en 2008.
Propos recueillis par Irène Ranson. Traduction: Eloise Stevens.