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Pura Fé : « La Terre est ce pour quoi nous nous battons chaque jour ! »

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Pura Fé : « La Terre est ce pour quoi nous nous battons chaque jour ! »

19/09/2011

Taj Mahal a dit de Pura Fé que son chant est comme le chant des oiseaux. Pour en saisir l'intensité, il faut encore imaginer la grande puissance tellurique qui constitue le socle de ce chant aérien : une Bessie Smith doublée d'une Janis Joplin. Le chant de Pura Fé se situe en-deça du blues, un blues ancestral dont elle revendique les origines indiennes. A travers des textes engagée, la chanteuse retrace la vie de son peuple, raconte sa relation avec la Terre Mère et invite au pacifisme. Pura Fé, dans l'interview qu'elle nous a accordée, se confie sur ses racines et ses engagements. Rencontre avec une artiste authentique...

 

 

Votre musique est profondément ancrée dans la tradition du blues. Quelles influences empruntez-vous à la tradition amérindienne?



Pura Fé : Beaucoup de gens pensent que ma musique se situe dans la tradition du blues, sans doute parce que mes racines musicales proviennent d'une musique qui est « pré-blues »
. Ce qui est certain, c’est que je chante et compose des chansons qui viennent des rythmes et des gammes de mes propres racines tribales. Cette musique qui vit en moi, vient des mes tribus du sud-est des États-Unis. On trouve des chansons et des danses du même style chez beaucoup de tribus de la côte est. Cette musique a beaucoup influencé le blues, le gospel et même le jazz. On trouve énormément de résurgences de l'expression amérindienne dans la culture afro-américaine !

 

Alors quand on dit que ma musique se situe dans la tradition du blues, c'est vrai que ça fait partie de mes racines ; je suis sans doute une amérindienne, mais j'ai aussi du sang noir! C'est comme ça que la sœur de ma grand-mère m'a décrit ma famille. Je suis bien placée pour parler des connexions entre les peuples afro-américaines et amérindiennes du sud, parce que je le connais. La plupart des gens ignorent cette connexion, parce que c'est une tradition orale que les blancs, en général, ne connaissent pas. Le fait de s'habiller en tenues traditionnelles pour Mardi Gras à la Nouvelle Orléans se situe profondément dans la tradition amérindienne! Cette ville et toute la côté est des États-Unis se situent au carrefour des deux cultures, tout comme le blues. Les deux races, noires et les amérindiennes, ont été esclaves, et la suite est l'histoire telle qu’on la connaît aujourd'hui.



La technique  « lap steel » permet-elle une approche plus authentique du blues?



Pura Fé : Le lap steel me libère et me permet d'utiliser une gamme spécifiquement amérindienne/blues.
Je ne sais pas lire la musique mais je sais ce que je sens et ce que j'entends. Je n'essaie pas spécialement de jouer du blues, je me contente de  jouer ma musique et de raconter mes histoires, et le lap steel est un accompagnateur génial. Beaucoup de gens de ma tribu utilisaient des Dobros (un type de guitare) pour jouer des chansons Piedmont et Gospel. Notre peuple a perdu beaucoup de ses traditions, de la même manière que les afro-américains ont été séparés de leur pays natal...Nous avons adopté les instruments européens et avons été forcés de parler anglais pour ne pas être identifiés comme étant  amérindiens.

 

Si tu avais du sang africain ou amérindien, tu n'avais pas le droit de t'identifier comme appartenant à une tribu. On nous a tous classés comme des gens  "colorés" ou noirs. Mon peuple a dû se cacher pour vivre comme « Des gens colorés libres ». C'est ainsi qu'on nommait les amérindiens dans les recensements depuis 1790, quand l'esclavage des amérindiens a été aboli et aussi lors de l'Indian Removal Act  (Acte de déplacement des Indiens) en 1838. Ceci a continué jusque dans  les années 50 quand beaucoup d'amérindiens ont commencé à se soulever et à réinstaller leurs propres rites culturels. Nous tous faisons partie du Blues, de l'esclavage et du "Bible Belt". Nous tous jouons de la guitare!

 

 

 

 

Pura Fé au Duc des Lombards le 27 janvier 2010

 

 

Les artistes d'origine amérindienne sont-ils plus enclins à se soucier d'écologie que les autres ?


Pura Fé : Oui, tout simplement parce que ces peuples sont liés à leur terre depuis des milliards d'années et que le fait d’en prendre soin est intégré à leur mode de vie. La terre est tout! Elle est ce pour quoi nous luttons tous les jours! Nos artistes sont ceux qui montrent le chemin aux autres et donnent aux gens la force de persévérer avec leurs messages! Nous les soutenons en sensibilisant le public à cette cause et en collectant les fonds nécessaires. Nous sommes le porte-parole de beaucoup de gens!

 



L'animisme et le chamanisme qui sous-tendent la culture amérindienne ont-ils une influence sur votre musique ? Ou sur vos textes ?


Pura Fé : Ce sont des images très stéréotypées de notre peuple et j'évite absolument de renvoyer cette image dans le regard du public. Nos pratiques sont nos affaires personnelles ! La plus grande partie de notre culture est mal comprise et tournée en dérision. Quand on veut être pris au sérieux dans le domaine politique, il est difficile d’être considéré simplement comme un être humain, pareil à tous les autres. Ces mots ont le même effet que « Le sauvage Noble », qui est une insulte!! Je n'essaie pas de faire la musique qui attire un public qui ne soit pas amérindien, habillée en Chamane, et à exposer notre culture de cette manière. C'est très triste de voir ça. Mais je comprends pourquoi cela arrive, et je souhaiterais que cela n'arrive plus.

 



En 2012, vous vous produirez en France en compagnie de John Trudell. Le connaissez-vous depuis longtemps ?


Pura Fé : Je crois que ça fait vingt ans, même plus, que je connais John. Nous avons partagé la scène plusieurs fois et fait beaucoup de tournées ensemble. Nous avons souvent soutenu  notre peuple en faisant des concerts de bienfaisance, des conférences, des rassemblements, etc… Nous avons des amis en commun dans les régions amérindiennes aux frontières de Turtle Island (un nom amérindien pour le continent de l'Amérique du Nord). Avec d'autres artistes amérindiens en tous genres, nous formons une grande famille ! John Trudell est l'un de nos messagers les plus fondamentaux!


 

 

Propos recueillis par Irène Ranson. Traduction d'Eloise Stevens.


19/09/2011
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