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Transition : l'autre choc pétrolier

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ECOLOGIE TRANSITION ANGLETERRE

Transition : l'autre choc pétrolier

25/09/2011

La fin du pétrole, ce n'est pas pour aujourd'hui ou pour demain, c'était pour hier : le pic pétrolier a eu lieu en 2006 ! L’information provient du rapport annuel de 2010 de la très sérieuse Agence Internationale de l’Energie (AIE).

 


Comment réagir ? Un mouvement associatif né dans une petite ville d’Angleterre propose des réponses très ouvertes, applicables au niveau de chaque communauté. Sa réflexion porte sur la « relocalisation » (ramener ce que nous consommons et produisons à quelques kilomètres de chez soi) et la « résilience » (savoir résister aux chocs et rebondir). En quatre ans à peine, cette initiative, le « Transition movement », a essaimé dans six cent autres villes. Plus qu’un signe de dynamisme, ce succès montre que cette initiative répond à un besoin, le besoin de réfléchir enfin à ce que sera notre monde après le pétrole, certes, mais aussi le besoin d’en parler de façon inventive, collective et joyeuse.


Ben Brangwyn, qui coordonne le réseau international, a tenté de répondre à nos questions avec la simplicité qui caractérise les publications de l’association. 
 

 

 

 

La vidéo qui explique ce qu'est la "transition" ...

 



Le « Transition network » est encore peu connu en France. Pouvez-vous nous expliquer brièvement ce dont il s’agit ?


Ben Brangwyn : Ce que nous appelons « transition » est un mouvement, un processus de modification de notre mode de vie actuel, qui dépend beaucoup trop des énergies fossiles, pour aboutir à un mode de vie plus conscient, moins agressif envers la planète, dans tous les sens du mot, et qui s’oppose à la pollution actuelle.

 


Comment vous est venue l’idée de lancer ce mouvement ?


Ben Brangwyn : Eh bien, beaucoup d’études sur l’environnement ont déjà été faites avant que nous nous mettions au travail. Le « Transition network » collabore d’ailleurs avec nombre de leurs auteurs. Pour nous, l'impulsion de départ est venue d’une prise de conscience à propos du changement climatique et du pic pétrolier, ainsi que d’une analyse de tout le système dont on dépend  … Nous avons cherché à comprendre comment le changer pour réduire notre addiction aux énergies fossiles. En observant à quel point nous sommes dépendants d’énergies fossiles abondantes et bon marché, nous en sommes arrivés à la conclusion que tout va devoir subir une espèce de relocalisation, pour que production et consommation se fassent demain bien plus près de chez nous qu’aujourd’hui.

 


Est-ce vraiment si important de réduire les transports qu’impliquent chacune de nos activités quotidiennes ?


Ben Brangwyn : C'est même crucial. Aujourd’hui, nous importons en avion des haricots qui viennent d'Afrique, de pays qui n'ont même pas les moyens de nourrir leur propre population. C’est un énorme gaspi de pétrole. C’est également une aberration pour les Européens, qui devraient pouvoir faire face par eux-mêmes à leurs besoins alimentaires. Comme pour les pays africains qui privilégient une monoculture d’exportation plutôt que les cultures qui pourraient nourrir leurs propres populations.

 


Le consommateur européen ne réfléchit pas à tout cela avant de se rendre au supermarché pour acheter des haricots importés. Comment le faire réagir ? Faut-il le choquer pour qu’il comprenne ?


Ben Brangwyn : C'est une très bonne question. Il y a des gens qui pensent d'une façon très globale, qui comprennent ces problèmes complexes et arrivent à comprendre le rôle qu'ils jouent là dedans. D'autres, pour diverses raisons, décident de ne pas chercher à comprendre les conséquences du changement climatique et du pic pétrolier, ou leurs effets sur la nourriture, par exemple. Ceux-là, il faut peut-être les choquer pour qu'ils comprennent que la façon dont ils se procurent ce qui leur est essentiel va changer d'une manière drastique. C'est le moment de mentionner la manière dont un grand nombre de gens modifient leur comportement ... Je m'inquiétais au début, quand le mouvement de transition se lançait, du faible nombre des gens impliqués et un vieux monsieur qui avait vécu la seconde guerre mondiale m’a dit, « Ne vous inquiétez pas du nombre des gens. Pourvu qu'il existe un groupe, même tout petit, qui travaille, c'est tout ce dont on a besoin. »


Il a donné l'exemple de la période qui a précédé la seconde guerre mondiale, quand Hitler menaçait d'envahir la Pologne. En Grande Bretagne, les gens allaient au pub, aux matchs du foot, à la plage, … Ils ne lui prêtaient pas du tout attention. A part un petit groupe qui n'avait pas peur de prendre conscience de cette menace. Ce groupe, réparti dans tout le pays, s'est mis à réfléchir aux problèmes qui allaient se poser en termes de nourriture, de protection des plus jeunes, de lois, de technologies, ... Ils ont travaillé pendant plusieurs années et, quand la menace s'est concrétisée, quand Hitler a envahi la Pologne puis s’est tourné vers l’ouest, 95% de la population était complètement perdus, alors que les 5% de la population qui avaient travaillé auparavant ont pu dire : « Bien, nous avons quelques réponses. Pas toutes, mais on peut partir de celles-ci et se débrouiller. »


Dans la plupart des cas, c’est donc un choc qui pousse les gens à prêter attention à ce qui les entoure … Peut-être que la même situation nous arrivera ... Ou peut-être la prise de conscience sera-t-elle plus graduelle, au fur et au mesure que les prix de la nourriture et de l'énergie vont augmenter. Il est difficile de le dire. Tout cela est très imprévisible.

 

 

 

Transition

 

Rob Hopkins à l'une des réunions du mouvement

 

 


Votre mouvement mène plusieurs initiatives de front. A-t-il fallu du temps pour les mettre en place ou ont-elles rencontré un succès rapide ?


Ben Brangwyn : Ca dépend. Le mouvement de transition a été créé en Irlande par Rob Hopkins, un professeur de permaculture, qui, ayant étudié le changement climatique et le pic pétrolier, en a déduit qu'il fallait relocaliser beaucoup de nos systèmes clé. Alors, il a décidé de réfléchir à la meilleure façon de faire ça au niveau d’une communauté, étant donné que les gouvernements n'allaient pas réagir assez vite et que les individus n'avaient pas les capacités de changer suffisamment. Il a fait des recherches là-dessus et a découvert que personne n'avait rien écrit à ce sujet. Il a fait travailler ses élèves sur ce qu'une communauté devrait faire et le chemin qu'elle devrait emprunter pour repenser ses systèmes de production et de consommation. Au final, ils ont abouti à un plan pour réduire la consommation énergétique dans la ville où ils habitaient, Kinsale.


Ça a été extraordinaire. Il a publié ce document sur son blog et il a été téléchargé plus de mille fois ! C'était comme s'il y avait une grande vide, un grand manque, une grande attente de réponses à ces questions au niveau communautaire. Ce n’était pourtant qu’un exercice théorique …


Plus tard, Rob Hopkins a déménagé à Totnes et s'est décidé à mettre en pratique ces idées au niveau de cette nouvelle communauté. Avec un ami, Naresh Giangrande, ils ont créé Transition Town Totnes et ont essayé de convaincre les habitants de les rejoindre. Beaucoup de gens se sont impliqués et se sont mis à travailler en groupe sur les questions de nourriture, de transport, de culture, ... Il y a aussi des groupes qui se concentrent sur la question psychologique du changement et la transition intérieure que nous aurons tous à subir d'une manière ou d'autre. Je crois qu’en fait, il y avait un beau potentiel à Totnes. Peut-être, dans d'autres endroits, cela sera-t-il plus difficile. Notre expérience dans beaucoup d'autres communautés dans le monde entier, a montré que le mouvement, dans certains endroits, démarre très bien et se développe très vite, alors que dans d’autres, il passe par une phase de stagnation et que, dans d’autres, il ne s’épanouit pas du tout …  Mais la plupart des endroits où se met en place un club de transition, il réunit un nombre signifiant de gens impliqués dans des initiatives, qui établissent des projets et les partagent.

 


Est-ce que notre époque est propice à votre initiative ? Elle est tellement obsédée par les nouvelles technologies … Il suffit qu’un nouveau téléphone apparaisse pour que tout le monde se rue dessus … N’est-ce pas contradictoire avec ce que vous essayez de mettre en place ?


Ben Brangwyn : C'est une autre très bonne question. On ne peut pas l’éviter ... Une psychologue nommée Kübler-Ross a fait des recherches sur la façon dont les gens en phase terminale d’une maladie (et leur famille) réagissent à l’annonce de l’issue fatale. Elle a identifié un processus universel. La première réaction est la négation : « Mais non, vous vous trompez, ça ne m'arrivera pas ». La deuxième est une espèce de négociation : « Bon, d'accord, ça peut m'arriver mais ça ne va peut-être pas arriver tout de suite, j'aurai encore le temps de faire tout ce que je voulais faire ». Puis, en se rendant compte que ces réactions ne sont pas réalistes, ils ont tendance à entrer dans une phase de dépression ou de colère, généralement de dépression. Enfin, ils entrent dans un processus de deuil et d'acceptation.


On réagit de la même façon quand on apprend les conséquences du changement climatique, notamment la fin de l'essence bon marché. D’une certaine façon, ce sont aussi des nouvelles vraiment traumatiques. Alors, comme dans l’étude de Kübler-Ross, ceux qui veulent refuser l’évidence imaginent, en général, un scénario de science-fiction : « La technologie nous aidera à résoudre tous les problèmes et nous continuerons comme d'habitude. Nous envahirons les planètes voisines pour faire face à la croissance mondiale. » Ceux qui sont dans la phase de négociation se rendent compte que ceci n'est pas réalisable. Ils pensent que l'on continuera à vivre comme avant mais qu’on le fera grâce aux énergies renouvelables : « Nous continuerons d’extraire tout ce que nous pouvons de la terre, nous consommerons autant qu'avant, nous resterons déconnectés de la nature mais ce ne sera pas grave parce que nous ferons tout cela grâce aux énergies renouvelables. » Si on y réfléchit un peu, c’est impossible. Il n’y aura jamais assez d’énergies renouvelables pour continuer au même rythme. Alors, les gens entrent dans la phase de dépression ou de colère et leur vision de l’avenir devient lugubre. Beaucoup de gens imaginent l’apocalypse. Un film récent qui s'appelle « The Road » (NDLR : un film de John Hillcoat avec Viggo Mortensen et Charlize Theron, d'après le roman de Cormac McCarthy) peint l'avenir d'une façon très pessimiste. Ceux qui cherchent de l’information passent ce cap très vite, d'autres plus lentement ou même restent coincés là.

Au final, quand on a accepté qu’il est temps de changer, on commence à entrer dans une phase d'action et à saisir les opportunités qu’apportent cette redéfinition de nos modes de vie. Eventuellement, on rejoint le mouvement de transition. Se demander comme transformer cette épreuve en une expérience positive et joyeuse, c’est tout l’esprit de notre mouvement.

 

 

Transition

 

Des volontaires de tous âges

 

 


Pouvez-vous nous expliquer votre idée d’échange des déchets ?


Ben Brangwyn : Eh bien... Le cycle de la nourriture pourrait être un bon exemple. Actuellement, nous consommons de la nourriture d'une manière linéaire. Nous l'importons de l'étranger; nous la cuisinons, nous la mangeons, nous l’évacuons et elle passe par les champs d'épandage avant de parvenir dans la mer. C'est le meilleur exemple d'un processus absolument pas durable, parce que linéaire. Et si on le remplaçait par un cycle ? Nous produirions la nourriture localement, nous la consommerions localement, les déjections entreraient dans une usine de retraitement biologique qui produirait trois choses: de la chaleur, du méthane (qui est une source d'énergie), et, une fois que les déjections auraient subi le processus de retraitement bio, un compost très efficace qui fertiliserait la terre. Et ainsi recommencerait le cycle …

 


Ce genre de circuit est déjà en place ?


Ben Brangwyn : Oui ! Je crois que dans 10 ans, chaque ville, chaque communauté disposera de ce genre d'usine pour traiter ses déjections. Mais, pour le moment, ce n'est pas encore très connu …

 


Pour finir, pensez-vous que la transition serait plus facile pour la prochaine génération si elle figurait dans le programme des écoles?


Ben Brangwyn : Je crois qu'il faut que les enfants apprennent la réalité de notre situation écologique. Cela se fait un peu dans les écoles primaires mais, plus tard, cette partie du programme se réduit à vue d’œil parce que les adultes veulent préparer les jeunes à entrer dans le monde de la croissance industrielle.


Je crois qu’ils devraient plutôt enseigner comment « penser l’ensemble du système », enseigner la permaculture, les cycles d'énergie et le concept de rendement de l'énergie investie, qui semblent être des notions très complexes mais que l’on peut très facilement enseigner de plusieurs manières : pratique, théorique et même artistique. Et, si on ne séparait plus dans nos têtes la question de la nourriture de celle de l'aide sociale, le voyage en avion du changement climatique, si ces choses étaient connectées inextricablement dans nos esprits, il serait beaucoup plus difficile d'ignorer certains aspects des systèmes écologiques, on y prêterait plus d'attention. Alors, je crois que nous avons beaucoup de travail à faire dans les écoles. Je connais pas mal de groupes de transition qui travaillent avec les écoles, qui y introduisent de nouveaux programmes. Il s’agit d’offrir aux enfants plus d'options pour l'avenir que la croissance industrielle, les joujoux brillants, toujours plus grands, plus bruyants, plus chers, … Il faut leur raconter une autre histoire, un récit qu’ils pourront s’approprier et qui leur permettra de s’inventer un avenir.

 


Merci beaucoup. Voulez-vous ajouter quelque chose ?


Ben Brangwyn : Non, je crois que ça sera tout. J'ai jeté un coup d'œil sur Mondomix et j'aime bien ce que vous faites. Quand je pense au mouvement de transition, je le vois animé et enrichi par les musiques de chaque communauté. Tout le contraire de la monoculture de Madonna et de Michael Jackson …

 

 

Propos recueillis par Eloise Stevens et mis en forme par François Mauger

 

 

Et aussi sur le web :

- le site de Transition


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