Adapté du chef d'oeuvre éponyme d'Emili Teixidor, Pain noir, est un film poignant sur la brutalité de la guerre et la perte de l'innocence. A travers les yeux du petit Andreu, onze ans, déchiré entre le monde de l'enfance - symbole des rêves et de la liberté - et le monde des adultes - bourbier de mensonges et de vices sous couvert de nationalisme et d'idéaux, le spectateur est propulsé au coeur des conflits moraux et des passions humaines les plus extrêmes, intensifiées encore par les années de guerre.
Bande-annonce : Pain Noir
Dans un petit village de Catalogne qui résonne encore de la guerre civile espagnole, le père d'Andreu, communiste et révolutionnaire est condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis. Andreu qui voit dans son père l'exemple d'un homme qui se bat pour ses idéaux, découvre peu à peu une réalité bien plus complexe, chargée de secrets de famille inavouables, et les ombres tapies dans chaque personnalité.
Cette dualité inhérente à tous les personnages, y compris au plus innocent de tous, est un parti pris du réalisateur Agusti Villaronga. Le meilleur moyen pour lui de nous mettre en garde contre un jugement hâtif : " Devant des situations si conflictuelles et complexes que celles de l’après-guerre civile, il vaut mieux observer une certaine pudeur et ne pas juger les gens de façon péremptoire ".
Plus encore que la puissance clair-obscur des images, que l’intrigue très bien ficelée, qui, mêlant réalisme et fantastique, dévoile les énigmes une à une, c’est le jeu éblouissant des acteurs qui place ce long métrage bien au dessus de l’ordinaire du cinéma espagnol contemporain. Pain noir a d’ailleurs été récompensé par neuf Goyas, l'équivalent des Césars en Espagne, dont celui du « meilleur film » et du « meilleur réalisateur ».