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Festival d'Aurillac: G.Bistaki ou la tuile-canaille

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G.BISTAKI FESTIVAL AURLLAC CIRQUE DANSE PERFORMANCE SPECTACLE VIVANT

Festival d'Aurillac: G.Bistaki ou la tuile-canaille

23/08/2011

Aurillac, 26ème festival international des arts de rue : lancement réussi de la fusée G. Bistaki, chantres de la mise en espace artistique et des confins de l'art circassien, chorégraphique et théâtral. Ce collectif toulousain de Cirque Chorégraphique d'Investigation présente, avec leur spectacle Cooperatzia, le fruit de leur recherche "laborantine"  sur la tuile-canal.  Rencontre auprès de leur arbre avec Sylvain Cousin, l'un des membres du collectif...
 


Pourquoi vous appelez vous G. Bistaki?



Sylvain Cousin: Bistaki, c'est mieux que Moussens, non? C'est un hommage à Brassens, à Moustaki, aux Georges... et aussi à Georges Bistaki, personnage mythique et révolutionnaire que nous avons inventé, et dont nous nous inspirons pour les spectacles. Voilà, on prend tous les bons côtés des Georges et on les rassemble!




Comment vous est venu cette idée de faire un spectacle autour de la tuile-canal ?

 

Sylvain Cousin : En général, nous fonctionnons très simplement, le concept s'impose à nous plutôt que l'inverse! La réalité, c'est qu'on ne savait pas trop avec quoi travailler, alors nous sommes allés dans un Castorama et nous avons essayé plein d'objets : des tuyaux de cuivre, des gouttières, on a congelé de la glace, etc... Et puis il s'est avéré qu'on est tombé sur des tuiles : trois tuiles c'était chouette, dix tuiles c'était super bien, vingt tuiles c'était magnifique, donc au fur et à mesure nous avons concentré notre recherche sur la tuile.

 

Pareil pour le sac à main, ça s'est trouvé presque par accident : nous étions à Bruxelles pour faire une semaine de recherche sur cette même thématique. Or, à Bruxelles, ils n'ont que des tuiles mécaniques plates et on s'est retrouvé un peu bêtes, sans savoir comment on allait travailler. On est allé dans une friperie et là on a vu des sacs à main et on s'est dit : "la tuile belge est un sac à main! " On a commencé à s'amuser avec cet accessoire... et voilà!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Bien avant Cooperatzia, premières expérimentations de G.Bistaki autour de la tuile-canal (Tuiler's, improvisation sur le plateau de Lauragais, 2007)

 




Quelle démarche avez-vous suivie dans votre travail pour vous approprier ces objets de manière cohérente au sein d'un collectif ?

 

Sylvain Cousin : Nous avons tous fait l' Ecole de Cirque "Le Lido" à Toulouse, nous sommes tous un peu jongleurs, plus ou moins danseurs, et nous avons tous une expérience dans d'autres compagnies, qui nous a enrichis personnellement, et qu'on a réinjecté dans le collectif du Bistaki. Dans le Nouveau cirque et dans ce genre de recherches, l'objet et le mouvement sont implicitement liés, les univers se croisent, on se retrouve à être danseur tout en étant jongleur. Beaucoup de choses dans la façon d'écrire la danse découlent du jonglage.

 

Nous avons en commun cette façon de travailler et de rechercher qu'on peut avoir dans le cirque avec les objets, le fait de travailler à partir de la contrainte. Donc la tuile, le sac à main, ce sont des objets à contrainte qui permettent beaucoup de choses dans notre façon de les traiter. L'idée de base du spectacle, c'est de jouer en extérieur et de pouvoir s'adapter au lieu. Là-dessus, on pose des modules chorégraphiques, des modules d'installation qu'on détermine en fonction de l'espace dans lequel on est, du temps qui nous est imparti et de ce qui est le plus judicieux.

 

 

 

 

 


 

 

Collectif G. Bistaki. Festival d'Aurillac 2011

 

 

 

 

 

Quelle est la part d'improvisation dans votre spectacle?




Sylvain Cousin : Il y a effectivement des moments, des déplacements qui sont improvisés, mais il y a d'autres choses qui paraissent improvisées et qui ne le sont pas. On a d'abord travaillé ce projet sous forme de laboratoire de recherche, on a éprouvé beaucoup de choses avant de se dire qu'on allait en faire un spectacle. Par exemple, on l'a expérimenté sous pleins de formes différentes dans pas mal d'endroits, à l'extérieur, dans de la neige, dans de la boue, dans la ville... On avait envie de le confronter à la nature et à la matière parce que l'idée de base de notre recherche c'était un retour à la matière, d'où la terre, la boue autour d'un lac, la neige, le travail en extérieur sur un plateau un peu sec, les espèces de performance dans des forêts...

 

On a vraiment cherché tous azimuts... Il y avait du très bien comme du très mauvais, mais ça nous a permis et de trouver des choses ensemble et de nous faire confiance en interne dans la mesure où on est en collectif. Il n'y a personne à l'extérieur au niveau de la direction, pas de metteur en scène, c'est nous qui faisons tout et qui prenons toutes les décisions ensemble. Cette évolution collective nous a permis de nous connaître dans le travail et dans l'amitié. A partir de là, on a gardé les éléments principaux pour en faire un spectacle et on a cherché le maximum d'honnêteté et de cohérence, notamment à être nous-mêmes sur le plateau sans "jouer à".

 




Vous travaillez également avec un vidéaste qui est à la fois ingénieur du son?



Sylvain Cousin : Nous avions besoin d'un vidéaste mais aussi d'un régisseur qui soit capable de nous supporter sur des choses techniques. Avec Guillaume Bautista, la rencontre s'est très bien passée à la fois humainement et artistiquement. Il est sorti de son cadre pour participer à ce projet et il est devenu régisseur au fur et à mesure des dates et du projet, un peu malgré lui parce qu' il est vidéaste à l'origine. Mais nous avons tous fait des concessions pour ce projet, chacun gagne et perd des choses pour enrichir le collectif, ce qui est riche pour tout le monde au final.






Mis à part le matériau, y a-t-il un  fil conducteur dans votre spectacle?

 


Sylvain Cousin : Nous avons une façon d'agencer les scènes qui n'est pas forcément dramaturgique parce qu' on n'a pas envie de guider le spectateur par une narration très claire. On travaille plutôt sur le cadre, sur la manière d'obtenir différents plans, et la dramaturgie surgit par des sensations, des énergies, des couleurs, des sons. Nos parcours, s'ils sont issus de la même souche, sont surtout des univers individuels qui se côtoient pour former un autre univers. Il y a de toutes façons plusieurs plans dans la narration : par exemple il y a des choses qui sont prises de manière très conceptuelle alors qu'elles viennent de moments d'improvisation, de délires auxquels personne n'aurait cru et qui deviennent pourtant une scène principale du spectacle... et inversement, des choses chorégraphiées qui passent pour de l'improvisation. Nous ne sommes pas dans une maîtrise, un concept qu'on réalise, mais plutôt dans quelque chose d'évolutif et on a envie de garder cette générosité comme angle de travail!


On préfère laisser une interprétation libre du spectacle, où le spectateur construit sa propre histoire. Il peut être en Russie quand il nous regarde, ou voir des bigoudaines, peu importe, c'est le propre de la mémoire collective... Je trouve ça super que les gens du public puissent avoir leur propre interprétation. Il y a des gens qui me disent  : "Je n'ai rien compris à votre spectacle : la Russie, la guerre..."  Pour moi, à partir du moment où quelqu' un me dit : " J'ai vu la Russie, la guerre, la tristesse, les hommes... " , elle a tout vu. C'est finalement plus intéressant de repartir avec sa propre interprétation qu' avec ce qu'on a vraiment voulu leur dire. C'est aussi ça la création artistique : il y a un moment où les choses nous échappent  à tous parce que quelque chose d'unique est en train de se passer, et à laquelle le public participe...

 

 

 

Propos recueillis par Irène Ranson

 

 


23/08/2011
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