Ska, cumbia, reggae, … Toutes les musiques que le soleil a dorées sont les bienvenues chez les Che Sudaka. Comme s’il leur était impossible d’écrire un couplet pluvieux, de chanter sans sourire, même lorsqu’ils évoquent les mensonges des politiciens ou la lutte des indiens Mapuche pour la sauvegarde de leur culture … Pourtant, ces cinq amis originaires d’Amérique Latine n’ont pas toujours eu la vie la plus facile qui soit. Longtemps clandestins dans les rues de Barcelone, ils ont bien mérité le succès qui leur permet aujourd’hui de faire aujourd’hui le tour des festivals européens. Nous les avons rencontrés en Belgique, dans la salle de presse d’Esperanzah !
Votre nom, « Che Sudaka », vient d’une expression qu’utilisent les Espagnols pour désigner de façon méprisante les immigrés originaires d’Amérique Latine. Ils font l’objet du même rejet en Espagne que, par exemple, les Africains en France ?
Che Sudaka : Tout dépend de la couleur. Ceux qui ont la peau blanche ont peu de problèmes. Ceux qui ont la peau plus sombre ont de nombreux problèmes. Il y a une certaine forme de racisme mais le problème principal est une question de classes. Ceux qui viennent avec de l’argent n’ont aucun problème. Léo Messi, la superstar du football, a eu des papiers en deux jours. Nous, pour avoir des papiers, on a dû se marier.
Mentira politika de Che Sudaka
Justement, à votre arrivée en Espagne, comment ça s’est passé ?
Che Sudaka : Nous étions clandestins. Nous le sommes restés pendant quatre ou cinq ans. Nous avons eu la chance de pouvoir travailler en jouant de la musique dans la rue. Si nous n’avions pas été musiciens, je ne sais pas comment on s’en serait sorti. Sans papiers, il est très difficile de survivre.
Vous vivez à Barcelone. Est-ce que la ville est toujours le haut lieu du métissage qu’il était il y a quelques années ? Ou a-t-elle elle aussi changé ?
Che Sudaka : Ce qui a changé, c’est notamment que les autorités de Barcelone ont interdit la musique dans les rues. Mais Barcelone conservera toujours son caractère cosmopolite. D’ailleurs, les autorités continuent de donner de Barcelone l’image d’une ville multiculturelle. Aujourd’hui, c’est encore vrai mais ça l’est beaucoup moins qu’il y a dix ans. Par exemple, un lieu mythique, comme la place del Tripi, dans le quartier gothique de Barcelone, était un lieu où autrefois les gens se rencontraient, buvaient de la bière, prenaient du bon temps … Aujourd’hui, il est interdit d’y boire de l’alcool, il est interdit d’y jouer de la musique. Ils y ont mis une ère de jeux pour les enfants. C’est bien, les ères de jeux pour les enfants. Mais, s’ils en ont mis une, c’est qu’il est interdit de fumer à moins de 20 mètres de ce genre d’espace. Si tu fumes, tu prends une amende. A Barcelone, en ce moment, tout ce qui les intéresse, ce n’est pas ta couleur ou ta religion, c’est ton argent !
Mais vous continuez d’avoir beaucoup d’amis musiciens à Barcelone ?
Che Sudaka : Oui, bien sûr. Certains, d’ailleurs, continuent de jouer dans la rue. Ceux qui le font avec une autorisation s’en sortent bien. Pour les autres, c’est très difficile. Mais, il y a dix ans, c’était bien plus facile pour tout le monde. C’est ça qui a changé …
Calle luna de Che Sudaka
Avez-vous eu l’occasion de retourner en Amérique Latine pour présenter les chansons de votre nouvel album, Tudo é possible ?
Che Sudaka : Oui mais en formation réduite, à deux. Nous sommes allés au Chili, en Uruguay et en Argentine. L’accueil du public a été formidable. Mais, économiquement, c’est très difficile d’aller jouer en Amérique Latine. Nous y sommes allés en 2007. Ca nous a coûté une fortune, on a avalé des milliers de kilomètres, … Mais, pour un groupe qui s’autoproduit, comme nous, c’est un peu du suicide si on n’est pas invité par un festival.
D’où vient le titre de votre nouvel album, Tudo é possible ? Il me fait penser au slogan de Nicolas Sarkozy pour la bataille électorale de 2007, « Ensemble, tout devient possible ». J’imagine qu’il ne vient pas de là …
Che Sudaka : Ce que nous pensons, c’est que tout est possible, pour le pire comme pour le meilleur. Tout dépend des êtres humains. Si ceux qui détiennent le pouvoir veulent changer le monde, il peut changer. C’est la faute de l’homme si le monde va mal, pas de la nature, pas des animaux. C’est pour cela que nous avons appelé le disque ainsi, pas pour faire plaisir à Sarkozy ou à Berlusconi. Ces gens sont d’un autre quartier, nous n’avons rien à voir avec eux.
La Bombe de Barcelone en concert à Paris le Vendredi 2 Décembre 2011 au Magic Mirror / Dansoir Karine Saporta, Parvis de la Bibliothèque François Mitterrand 75013 Paris, Rock