Hoquets : "Nos instruments sont des sculptures sonores"
23/08/2011
Avec Chaud Boulet et ses mouvements de danse simplissimes, trois forcenés ont décroché une sorte de tube de l’été alternatif en Belgique. De l’autre côté de la frontière, les Français s’interrogent. Qui sont ces excentriques ? Pourquoi construisent-ils leurs propres instruments ? Et de quoi parlent-ils quand ils chantent Couque de Dinant ou Trois régions, trois communautés ?
Si tout cela vous semble bien mystérieux, notre interview ne vous en apprendra guère plus que leurs vidéos. Mais est-ce bien grave tant qu’elles vous donnent envie de danser bêtement ?
Chaud Boulet de Hoquets
Comment vous est venue l’envie de monter Hoquets ?
McCloud Zicmuse : C’est parti de ma curiosité. Je voulais savoir ce que donnerait un duo avec Maxime. Je l’ai invité chez moi. On a joué de la guitare mais ça n’a rien donné. On a utilisé le iaen iaen, l’instrument à une corde que j’avais chez moi, puis des bouts de bois sur la terrasse et c’était bien plus intéressant.
Comment vous est venue l’idée de créer vos propres instruments ?
McCloud Zicmuse : J’avais déjà bricolé mon propre instrument. C’est ce bricolage qui nous a donné l’énergie et l’enthousiasme qui sont au cœur de ce projet.
Qu’est-ce que cela change de fabriquer ses propres instruments ?
Maxime Lê Hùng : Les sonorités sont complètement originales. Ca change notre façon d’écrire la musique. Et puis, d’un concert à un autre, ça varie. Chaque fois qu’on branche notre instrument, le son n’est plus le même. Donc, il faut changer sa manière de jouer, s’adapter. McCloud Zicmuse : Ce sont les gestes qui changent. Maxime Lê Hùng : Les gestes changent chaque fois. Alors que, quand on a une batterie ordinaire, on l’installe toujours de la même façon. Là, ça bouge tout le temps. Ca casse. Il faut tout le temps s’adapter.
Vous avez rencontré récemment des musiciens qui vous ont inspiré : Konono n°1 et Kasaï All Stars. Qu’est-ce que vous vous êtes dit ?
McCloud Zicmuse : « Salut, ça va ? » On a trinqué avec eux. On a parlé de nos vies.
Mais pas de la fabrication des instruments ?
McCloud Zicmuse : Non, non, non, non. Ils n’étaient pas hyper curieux de la façon dont on fabrique nos instruments. Ils ne nous ont jamais demandé. Maxime Lê Hùng : Mais, par contre, le premier jour, quand on est arrivé et qu’on a commencé à jouer, à partir du moment où c’était amplifié, deux d’entre eux sont venus et ont regardé. Ils ont trouvé ça intéressant mais j’imagine qu’ils doivent énormément de choses en se baladant à Kinshasa. D’autres systèmes d’amplification. Au final, nos instruments sont un peu comme des scupltures. Pour eux, c’est comme regarder une exposition. Une exposition vivante.
Vos instruments sont des sculptures sonores ?
Maxime Lê Hùng : Oui, il y a de ça. McCloud Zicmuse : C’est peut-être un peu exagéré par rapport à la réalité. Ils ne sont pas très beaux. Avec le xylophoniste, on a un peu plus parlé parce qu’il accorde son instrument en utilisant une scie. Pour nous, c’était très curieux …
A propos du Congo, est-ce que le nom de votre groupe vient de la devis de Franco et de son tout-puissant OK Jazz : « On entre OK, on sort KO » ?
McCloud Zicmuse : Si seulement on était aussi intelligent … Mais c’est vrai qu’on a piqué un élément de graphisme à l’OK Jazz, pour notre rondelle.
Mais, alors, d’où vient le nom ?
McCloud Zicmuse : Le français est une langue très intéressante. Elle est née tout près d’ici, dans le royaume des Francs, proche de la Flandre. Depuis, sont apparus des mots intéressants, dont « Hoquets », dont j’aime beaucoup l’orthographe.
Quand vous trouvez un mot, comme ça, ça vous inspire une chanson ?
McCloud Zicmuse : Non, tout vient des rythmes. La musique d’abord, puis les paroles. C’est une muse qui descend du ciel, qui touche ma langue avec une baguette …
Comment décririez-vous l’expérience que vit l’un des spectateurs de vos concerts ? Comme l’impression de voir Homer Simpson piquer une crise dans une pâtisserie belge ? Ou Lee « Scratch » Perry réinventant le r’n’b au fond de la jungle ?
Maxime Lê Hùng : Le problème, c’est que, par définition, on ne verra jamais de concert de Hoquets. McCloud Zicmuse : Ces deux définitions sont très réussies. D’après moi, le spectateur arrive. Il voit les sculptures en bois, qui ne sont pas très belles. Il doit être perplexe. Puis, quand on commence à jouer, il découvre que ce matériel assez sommaire peut produire des sons et de la musique. Mais je ne saurais pas expliquer cette expérience avec une phrase aussi drôle que les tiennes. Désolé …
J’ai été surpris de voir que vous ne distribuez pas à votre public les fameuses « couques de Dinant ». Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas sponsorisés par les pâtissiers de Dinant ?
Maxime Lê Hùng : Pas du tout. McCloud Zicmuse. : On n’est sponsorisé par personne.
Ou alors parce que les dentistes vous l’interdisent ?
Maxime Lê Hùng : Ce serait effectivement dangereux ! Tu t’imagines ? Envoyer une couque dans le public, ça peut faire des dégâts. Voire des morts.
Couque de Dinant de Hoquets
Vous leur faîtes quand même une publicité étonnante. Vous êtes retournés dans les pâtisseries de Dinant pour savoir s’il y avait plus de ventes ?
Maxime Lê Hùng : Je ne sais pas s’il y a plus de ventes mais, au moins, ils connaissent Hoquets. Peut-être qu’ils nous feront une réduction … McCloud Zicmuse. : C’est dommage qu’ils n’aient pas les moyens de nous sponsoriser, on adorerait porter des t-shirts avec leur logo …