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Jacky Molard : « La musique bretonne connaît un printemps permanent »

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BRETAGNE FESTIVAL D'ILE DE FRANCE VIOLON INNACOR AFRICOLOR

Jacky Molard : « La musique bretonne connaît un printemps permanent »

30/08/2011

Ils étaient trois : Patrick, Jacky et Dominique. Les frères Molard ont grandement contribué à réveiller la Bretagne dans les années 70. Patrick est devenu un maître des cornemuses. Dominique a choisi les percussions. Jacky, lui, a opté pour le violon, dont il a joué en virtuose avec ses frères puis au sein de groupes marquants, comme Gwerz, Pennou Skoulm ou le Taraf de Caransebes. Au sein d’Innacor, un label qu’il a fondé avec Erik Marchand et Bertrand Dupont, il multiplie aujourd’hui les aventures. Nous lui avons demandé le secret de la vitalité des musiques bretonnes … 



Après plusieurs décennies de collaborations avec différents groupes, vous avez récemment fondé un quartet qui porte votre nom. Avez-vous enfin trouvé les complices qui vous permettent d'exprimer votre propre univers ?


Jacky Molard : C’est vrai que j’ai toujours été un musicien de groupe. Mais, à un moment donné, j’ai quand même eu besoin d’écrire mes compositions. J’ai rencontré des musiciens qui partageaient ma sensibilité. D’abord Hélène Labarrière. On s’est rencontré en 2000. On a joué ensemble dans un spectacle qui s’appelait « Bal tribal », pour les trente ans de musique des frères Molard, avec mes deux frères. C’est là que j’ai rencontré cette contrebassiste qui est très éclectique et très ouverte. C’est la rencontre qui m’a donné envie de monter un groupe. J’avais également commencé un duo avec Janick Martin, un jeune accordéoniste que j’avais repéré. Il avait commencé l’accordéon à l’âge de 12 ans. Je l’ai vu à 16. Je me suis aperçu que sa sensibilité était très proche de la mienne. Ensuite est venue une personne avec qui je n’avais jamais joué mais que j’avais rencontré via des amis : le saxophoniste Yannick Jory. On s’est réuni tous les quatre et, dès la première répétition, on avait notre propre son. On a trouvé tout de suite la sonorité de ce quartet, sans avoir besoin de rajouter des percussions …

 

 

 

Jacky Molard et son quartet

 

 


Justement, avec ce quartet, vous jouez une musique libre et dansante. Peut-on ajouter "libre comme le jazz et dansante comme les musiques de Bretagne" ?


Jacky Molard : Certainement. « Libre le jazz » parce qu’il y a de l’improvisation collective à l’intérieur, une improvisation parfois modale sur des structures établies. On part souvent de la musique traditionnelle ou de compositions inspirées de la musique traditionnelle, à cause, justement, de ce phénomène de danse et de transe que j’adore. Ca permet de partir assez loin sur le tempo d’une danse, puis de s’évader avec l’improvisation. C’est un peu le symbole de la liberté pour moi …

 


Votre disque le plus récent est directement entré dans la liste de nos disques favoris pour l'année 2010. Il s'agit d'une collaboration avec le trio de la chanteuse malienne Foune Diarra. Comment l'avez-vous rencontrée ?



Jacky Molard : On est allé à Bamako avec le quartet. C’était une envie que nous avions, moi et Hélène. Un jour, en discutant, on a parlé de notre attirance commune pour la musique africaine. On s’est dit : « Maintenant qu’on a ce quartet qui est si soudé, on peut essayer de faire cette rencontre, on peut aller vers d’autres gens ». Ca c’est fait grâce au directeur d’Africolor, Philippe Conrath, qui, connaissant le quartet, nous a indiqué les gens à rencontrer. Je ne voulais pas d’une énorme tribu. Je voulais qu’on reste une petite formation. Un quartet et un trio, ça fait qu’on est sept. Nous sommes allés à Bamako. Les musiciens nous attendaient. Ils s’étaient préparés. On est rentré dans leur musique tout de suite. Ca c’est fait vite et bien.

 

 

 

 

Le trio de Foune Diarra et le quartet de Jacky

 

 


Cette collaboration inattendue a abouti à un disque merveilleusement homogène. Il y a donc des points communs entre les musiques bretonnes et mandingues ?


Jacky Molard : Il y en a peu a priori. Le point commun qu’on pourrait trouver, c’est le phénomène de transe. Une fois qu’une danse est lancée, elle peut durer la moitié de la nuit. On voit bien, dans les musiques bretonnes, lors des Fest Noz, lorsque les gens dansent, que la musique peut entraîner l’auditeur très loin. C’est la même chose dans la musique mandingue. C’est le principal point commun. Ensuite, évidemment, les modes pentatoniques de l’Afrique sont également joués en Bretagne. A part ça, les rythmes ne sont pas les mêmes. Mais ils sont adaptables. Si on envoie une rythmique africaine sur une danse bretonne, en la prenant dans le bon sens, ça marche très très bien …

 


Le quatre septembre, vous serez au Domaine de Villarceaux, pour l'ouverture du festival d'Ile-de-France, en compagnie de plusieurs dizaines d'autres musiciens bretons. Quel regard portez-vous sur la création contemporaine en Bretagne ? Assiste-t-on à un nouveau printemps breton ?   


Jacky Molard : Il n’y a pas eu d’hiver. Ce qui est formidable en Bretagne, c’est que la musique ne s’est jamais arrêtée. Moi, j’ai commencé à jouer de la musique bretonne à 20 ans. Avant, je jouais d’autres musiques parce que, là où j’habitais, à Saint-Malo, il n’y avait pas de musique traditionnelle. Mes frères et moi, on est allé chercher dans le Centre Bretagne la musique vivante. Il y avait encore les anciens qui étaient là, qui nous ont montré beaucoup de chose et appris l’essence de la musique basse-bretonne, la musique du Finistère et de Centre-Bretagne. Aujourd’hui, je vois les jeunes qui continuent à chercher, à étudier cette musique qui est très vivante. C’est une rareté en Europe occidentale. Il n’y a pas beaucoup de « pays » où on trouve une richesse pareille. Je précise en Europe occidentale, parce que, quand on va en Europe de l’est, évidemment, on rencontre des musiques très vivantes, comme celle de Roumanie, de Bulgarie, … La Bretagne est l’une des rares régions d’Europe occidentale où il y a ce dynamisme et cette recherche permanente. C’est un printemps permanent.  
 

 


Propos recueillis par François Mauger

 

 
Photo : Eric Legret 


30/08/2011
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