Livres de l’été indien : "Le Tigre Blanc" d’Aravind Adiga
16/08/2011
On ne peut comprendre l’Inde qu’en y vivant. Aravind Adija, qui s’en était éloigné, en a fait l’expérience. Installé à l’étranger, il entendait parler de ses mutations mais ces informations glissaient sur lui comme des vagues sur une plage indifférente.
Quand il est rentré, en 2003, il a été confronté à un pays qu’il ne reconnaissait plus, un enchevêtrement brûlant de religions, de langues et de coutumes, traversé de part en part par une abîme sans cesse croissante entre luxe et misère. Il s’est rendu compte que les livres qu’il lisait à l’étranger ne présentaient qu’une mince tranche de l’Inde : une classe moyenne décrite par des écrivains qui en sont issus. Il a alors inventé Balram, un millionnaire parti de rien, représentatif de toute une génération d’hommes d’affaires en notre ère de hautes technologies …
Mais attention : Le Tigre Blanc n’est pas un conte de fée néo-libéral. L’histoire est écrite par son principal protagoniste, Balram Halwai, dans une lettre à un dignitaire chinois qu’il n’enverra peut-être jamais. De son enfance auprès de son père, un pauvre conducteur de rickshaw, à la compagnie de taxis qu’il dirige désormais, le récit de sa résistible ascension est placé sous le signe de la cruauté, définie comme la clé de la réussite dans l’Inde d’aujourd’hui. Comme l’écrit Balram, « La fiabilité des domestiques est la base de l'entière économie indienne. » Et la confiance, comme le lecteur l’apprend très vite, est beaucoup trop inconstante pour être la fondation de quoi que ce soit ...
D’une omniscience brutale, Le Tigre Blanc écorche la société indienne pour en peindre les viscères. La plupart des romans du sous-continent ne décrivent qu’une seule couche du rigide système de castes. Aravind Adiga, lui, les croque toutes avec férocité. Au moment de partir en vacances, les économistes occidentaux feraient bien de glisser son roman dans leur valise …