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Ali Amran : « Faire le Ramadan sous la contrainte fausse les convictions »

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Ali Amran : « Faire le Ramadan sous la contrainte fausse les convictions »

15/08/2011

Ali Amran est né dans un petit village de Kabylie. Voilà onze années qu’il n’a plus remis les pieds sur la terre de son enfance. Mais quand il évoque ses souvenirs du Ramadan, kyrielle d’odeurs et de couleurs lui reviennent. Et, même s’il ne le pratique plus aujourd’hui, il reste intimement persuadé que chacun devrait avoir la liberté de choisir. Particulièrement en Algérie, où existe une répression relativement violente de la part des autorités pour faire respecter le jeun …

 

 

 


Ali, vous êtes né en Kabylie, que représente le Ramadan dans cette région et plus particulièrement en Algérie ?

 

Ali Amran : A l’époque quand je vivais en Algérie, car cela fait tout de mêmes 11 ans que je n’y vis plus (même si je m'y rends souvent), le Ramadan était avant tout une affaire de cuisine. C’est un mois de l’année où l’on mange quand même très bien. Je me rappelle que cela me permettait également de sortir le soir. Il y a des concerts, des distractions un peu partout, les gens vont dans les cafés, jouer au domino et aux cartes. En fait, beaucoup de familles ne sortent pas le reste de l’année et profitent du Ramadan pour le faire. C’est un changement total par rapport au reste de l’année.

 



Quels sont vos souvenirs d’enfance liés au Ramadan ?


Ali Amran : Il y en a plein. Quand j’étais gamin, ce qui m’intéressait, c’était de sortir la nuit, de côtoyer les gens. Il y a vraiment une super ambiance une fois le soleil couché. Après, c’est vrai que le matin les personnes sont tous un peu plus nerveuses que d’habitude. Je me rappelle que l’on taquinait les grands, cela nous faisait souvent rire. Et puis je me souviens aussi des nombreuses odeurs qui remplissaient les rues. Il y avait des plats partout, avec plein de couleurs. C’était particulier.

 

 


Y pensez-vous encore aujourd’hui, quand par exemple vous composez des chansons ?



Ali Amran : Je pense qu’inconsciemment mon enfance a une grosse part dans ce que je suis devenu. J’imagine que même si je n’y pense vraiment, elle continue à me suivre, et à me donner de la force. J’en garde un souvenir joyeux, même si tout cela me semble très loin. Il y a eu de nombreux changements, ne serait-ce qu’avec toutes les nouvelles technologies. Je suis né dans un village de montagne en Kabylie, et quand j’étais petit c’était plutôt tranquille. Mais c’était très bien.

 

 


Dans votre enfance, est-ce que la musique a joué un rôle particulier lors du ramadan ?


Ali Amran : Pas vraiment. Je ne jouais pas plus de musique pendant ou en dehors du Ramadan. Quand j’étais petit, je faisais surtout de la guitare quand j’avais du temps libre. Mais une chose est sûre : la musique m’a certainement aidé à passer certains caps difficiles de ma vie, comme le décès de ma mère.

 

 

 

 

 

Akk'i d'Amur, un extrait du nouvel album d'Ali Amran

 

 

 



J’ai pu lire que l’Etat algérien reste le protecteur de cette tradition, en veillant au bon respect du jeun. Il n’hésite pas à punir celui qui enfreint cette loi, en arrêtant même des personnes qui sont prises en train de fumer ou de boire pendant la journée. Avez-vous déjà eu vent de ces cas particuliers ?

 


Ali Amran : Absolument ! Il y a eu des arrestations l’année dernière parce que des gens n’avaient pas respecté le jeun. Je ne pense pas que ce soit systématique mais c’est vrai qu’il y a eut des dépassements dans ce sens. En tous les cas, ce n’est pas du tout normal car la foi, la religion, dépend de chacun. Je trouve cela scandaleux que l’Etat s’implique dans les convictions personnelles des gens, en les obligeant à faire quelque chose qu'ils n’ont peut-être pas envie de respecter.


Faire le ramadan sous la contrainte fausse les convictions. Cela veut dire que si l’on force les gens à respecter le Carême, cela n’a plus rien à voir avec la foi, mais avec la force. Mais Je crois que, depuis quelques années, il y a un peu plus de relâchement vis-à-vis du jeun. Les mentalités évoluent.
 

 


Avec les révolutions arabes, est-ce que le Ramadan va être différent cette année ?


Ali Amran : Je ne sais pas si cela est le cas mais il faudrait que cela s’étende également dans ce domaine. Que cette vague de contestation fasse changer la main mise de l’Etat sur cette tradition. Car on revendique la liberté collective, de la société, mais aussi celle individuelle, qui est très importante. Je pense qu’il va falloir aller dans ce sens là. Les convictions religieuses sont personnelles et le gouvernement n’a pas à fourrer son nez la dedans. J’espère que cela va s’améliorer.

 

 


Pensez-vous que la foi et le Ramadan peuvent se dissocier ?


Ali Amran : Je n’en suis pas sûr car le Ramadan est l’un des piliers de l’Islam donc, si quelqu’un à la foi, qu’il en est convaincu, je pense que cette tradition fait partie de la panoplie qu’il se doit de respecter. A l’heure d’aujourd’hui, je ne le pratique plus, même si au sein de ma cellule familiale, il reste très respecté.

 

 


En France, le débat sur l’identité nationale fait couler beaucoup d’encre.  Pensez-vous que cela peut entrainer une pratique différente du ramadan cette année ?


Ali Amran : Stigmatiser n’importe quelle religion est déjà un problème au départ. Après, je ne peux pas connaitre la réaction des gens. Mais si l’on doit cataloguer les gens par rapport à leur appartenance religieuse, ce n’est pas bon. La position du gouvernement relève plutôt d’un discours populiste et politicien que d’autre chose. J’imagine que ce sont plutôt les français d’origine musulmane qui sont visés par tout ceci. La nation française se pose des questions par rapport à son identité, ce qui est compréhensible. Mais on sent quelquefois que le débat est biaisé et pas très clair. Je pense que les questions ont été mal posées dès le début.

 

 


Quel sont vos projets en cours, Ali ?


Ali Amran : Je suis en train de préparer un nouvel album. Sinon mon dernier disque, Akk’i d Amur, sorti en 2009 en Algérie, devrait être dans les bacs français à partir de la rentrée. Puis des concerts sont prévus, notamment celui du 27 aout à la Cité de la Musique, ou le 24 et le 25 pour la fête des jardins de Paris. Il y en aura probablement d’autres choses à venir. Comme vous le voyez, mes journées sont bien remplies.
 

 

 

 

Propos recueillis par Julien Bouisset
 


15/08/2011
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