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Selim Sesler, clarinettiste de plein air

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TZIGANE CLARINETTE TURQUIE

Selim Sesler, clarinettiste de plein air

29/07/2011

Selim Sesler, clarinettiste virtuose, a grandi au sein d'une communauté Rom dans la partie européenne de la Turquie. Autodidacte, ce maître de la musique tzigane classique a étudié à bonne école : il nous raconte comment, avant d'hypnotiser la scène avec sa clarinette, il s'est "fait la main" dans les mariages. Rencontre avec un amoureux de la tradition...


 

 

Vous avez commencé par le zurna (hautbois populaire turc), qui est l'instrument de plein air par excellence. Doit-on à cette pratique l'extraordinaire projection sonore dont vous faites preuve à la clarinette?



Selim Sesler: J'ai commencé par le zurna, puis vers 13-14 ans, je me suis mis à la clarinette. La clarinette est un instrument beaucoup plus fragile et délicat que le zurna donc il serait exagéré de dire que j'ai appliqué la même technique aux deux instruments. Mais comme j'ai appris à jouer de ces instruments pour les mariages, et que je jouais parfois 48 heures d'affilée, je me suis habitué à me servir de la clarinette comme si c'était un instrument de plein air.

 



De même, l'utilisation d'intervalles non-tempérés, difficiles à reproduire sur les instruments occidentaux comme la clarinette, est-elle un héritage de votre pratique du zurna?



Selim Sesler: La pratique du zurna m'a permis d'être plus créatif dans mon jeu de clarinettiste. Si on reste trop dans des intervalles tempérés, au bout d'un moment on est bloqué. La clarinette a beaucoup plus de règles que le zurna, qui est un instrument souple. Avec le zurna, on ne peut pas parler en termes d'intervalles ou de notes. Ce qui compte, c'est de capter l'atmosphère ou la réaction des gens. On ne joue pas de la même façon selon qu'ils pleurent ou qu'ils dansent. J'ai essayé de transposer cette émotion à la clarinette, de faire en sorte que l'instrument soit le prolongement de l'instrumentiste.

 

 

 

Vous vous produisez avec votre fils, Ramazan, lui aussi clarinettiste. Lui avez-vous appris à jouer cette musique, tout comme votre père a pu vous apprendre le zurna? La musique, dans la communauté Rom, se transmet-elle toujours de père en fils?



Selim Sesler: Chez nous, il n'y a pas d'apprentissage académique de la musique. Un enfant essaie plusieurs instruments jusqu'à ce qu'il trouve celui qui lui plait vraiment.  Mais personne ne le force à continuer s'il n'a pas envie. Chaque famille comporte son lot de musiciens, c'est un processus qui se fait naturellement, sans transmission officielle. Chez vous, la tradition veut qu'un enfant soit avocat, l'autre médecin... Chez nous  l'un joue de la derbouka, l'autre du zurna.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selim Sesler en concert - Mars 2010

 

 

 

 

Vous avez fondé le Techno Roman Project avec votre fils et deux DJ stambouliotes. Pouvez vous nous raconter la genèse de ce projet?



Selim Sesler: Ce projet de fusion a été créé à l'initiative d'une amie. J'ai trouvé que c'était une bonne idée - Dj Shantel fait ça très bien par exemple - mais malheureusement les éléments occidentaux n'ont pas été bien réalisés et je n'étais pas content du résultat. Les Djs proposaient des choses binaires, très structurées et n'étaient pas doués pour la synchronisation : les rythmes impairs sont naturels pour nous, mais eux n'étaient pas à la hauteur. Alors j'ai abandonné le projet.

 

 

 

Irène Ranson


29/07/2011
TZIGANE CLARINETTE TURQUIE


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