Nouveau Cirque du Vietnam : un petit miracle de poésie visuelle et sonore
21/07/2011
Au chant du coq, une fenêtre s'ouvre sur la vie d'un petit village de paysans et nous invite à découvrir son quotidien... Cette peinture du Vietnam traditionnel, est, au premier abord, très réaliste ; les tableaux qui se succèdent, s’écoulant dans la temporalité lente et ritualisée d’un calendrier, abordent la vie quotidienne des paysans sous tous ses aspects : récoltes dans les rizières, disputes, fêtes, etc… Quant au choix scénographique, qui se résume à de longues tiges de bambous, il est surprenant de simplicité.
Mais, soudain animé par des dizaines de mains habiles, le matériau prend vie : du bambou-décor au bambou-agrès, en passant par le bambou-percussions, toutes ses possibilités sonores et visuelles sont exploitées par les artistes circassiens. Par un jeu, sans cesse en mouvement, de combinaison des lignes et des formes, la matière du bois elle-même semble évoluer : solide quand on la fait charpente, souple quand elle reçoit l’acrobate, expressive quand on la fait sonore …
Cette exploitation de l’élément scénographique au service d’une dramaturgie linéaire est résolument moderne et fait écho au mouvement de spectacle vivant qui se développe en France dans les années 70. Le metteur en scène Le Tuan Anh se nourrit de ces influences pour puiser aux sources de l’expressivité. Ici, ce qui compte, ce n’est pas la prouesse technique, mais le geste incarné dans un socle, une histoire. Jalonnés d'éléments dramatiques mais sans théâtralisation excessive, les numéros des circassiens se rencontrent à la croisée des arts.
Nouveau Cirque du Vietnam à la Villette
Sous forme d'instruments traditionnels, guimbarde, cithare, percussions, la musique écrite par Nhat Ly Nguyen est très présente d’un bout à l’autre, épousant à la perfection la mise en œuvre visuelle. Et quand elle s’est presque tue, réduite à une pulsation essentielle, tapie dans les balles d’un jongleur-percussionniste, c’est le temps qui s’est arrêté pour laisser le spectateur dans sa rêverie contemplative...