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EGYPTE ELECTRO EGYPTIAN PROJECT

Egyptian Project: " On essaie de faire une vraie fusion"

19/07/2011

L'Egypte, cette année, aura été dans tous les coeurs. Après avoir tremblé à l'unisson avec le peuple égyptien, nous vibrons - le coeur léger cette fois - avec Egyptian Project. Dans ses valises, le groupe franco-égyptien a rapporté des trésors du patrimoine musical égyptien : rababa, arghûl, kawala, dof, rek, autant de mystères pharaoniques pour le néophyte.

 

Mais, pour ne pas trop nous dépayser et rattraper au vol un chant soufi aux vélléités immatérielles, des basses et autres sons électros se mêlent aux instruments traditionnels. Jérôme Ettinger, le musicien nantais à l'initiative de ce beau projet multidimensionnel (qui n'a pas, quoiqu'il en dise, l'arghûl si bretonnante) nous a chaleureusement reçus autour d'un thé, tandis que ses amis égyptiens nous faisaient profiter d'un petit concert improvisé...Rencontre avec des musiciens et un patrimoine..
 

Comment est né Egyptian Project?


Jérôme Ettinger : C'est une grande histoire...un projet de plusieurs années, né d'une initiative personnelle, qui a abouti sur un groupe franco-égyptien. Je suis parti il y a dix ans en Egypte pour apprendre l'arghûl, double clarinette égyptienne, instrument très peu connu car très peu de musiciens en jouent actuellement. Cet instrument m'a permis de rencontrer d'autres musiciens et de baigner dans cette culture égyptienne qui m'a passionné. J'ai rencontré Ragab qui était un ami de mon professeur d'argoul, le virtuose Mustafa Abdel Aziz et j'ai appris la percussion égyptienne avec lui, notamment le dof, parce que j'avais besoin de comprendre les rythmes pour jouer de l'arghûl.

Avant ce projet, j'avais un groupe qui mélangeait électro et musique du monde. J'ai voulu approfondir en travaillant avec des gens du Caire qui maîtrisent leur patrimoine musical et le mélanger avec les productions électro. Quand, l'idée du groupe m'est venue, je me suis posé la question du choix des instruments. J'ai pensé tout de suite à Ragab pour les percussions, auxquels se sont ajoutés Sayad, chanteur et joueur de kawala (flûte égyptienne) et Salama, qui joue du rababa, violon traditionnel égyptien.



Vous donnez également une dimension pédagogique au projet...


Jérôme Ettinger : En effet, le projet n'est pas seulement musical. Au départ, je suis animateur, donc le projet, c'était aussi de travailler avec des jeunes : monter des expos, des ateliers de MAO (musique assistée par ordinateur) , de percussions, de chant arabe dans les écoles. On a différentes lignes de conduite : le côté transmission, pédagogique associé au live.

C'est à la fois de la de sensibilisation et de suivi. Par exemple, l'année dernière, pendant un an, j'ai proposé à des collégiens de composer quatre morceaux. Ils ont écrit leurs textes, leurs chansons et ensuite, ils ont fait une création avec les musiciens égyptiens, qu'ils ont joué en concert. Ils ont mélangé leurs musiques très rapidement et assez naturellement alors que parmi les enfants, certains n'avaient jamais fait de musique!

Mon association, Togezer Productions, est vraiment spécialisée sur les musiques du monde; en ce moment on travaille avec l'Egypte mais on a aussi un projet avec le Maroc, un projet de rencontre entre la musique Senoufo et l'électro, etc...On tient vraiment à lier  nos concerts à cette rencontre avec les jeunes.



Le patrimoine musical égyptien est-il menacé d'extinction
?



Jérôme Ettinger : Oui! On ne peut pas parler de façon globale mais l'arghûl, par exemple, est en voie d'extinction. C'est dû en partie à la difficulté de l'instrument. C'est une technique assez compliqué qui utilise le souffle continu, il faut une grande puissance et une maîtrise du souffle pour en jouer.

Le rababa, violon égyptien, n'est pas en voie d'extinction parce qu'il est assez populaire en Egypte mais par exemple certains thèmes, certains morceaux qu'on joue au rababa sont en train de disparaitre. Ils sont abîmés par des gens qui veulent modernisent cet instrument...

Le zaar, qui est un style de musique, est aussi en train de disparaitre parce qu'il est interdit en Egypte.

 

 

 

Egyptian Project

 

 

Croyez-vous que la fusion musicale avec des instruments modernes et occidentaux soit le seul moyen de faire perdurer cette musique?


Jérôme Ettinger : On n'a pas la prétention de sauver un patrimoine mais ça permet au moins de le faire connaitre, de le montrer aux gens. Le but, c'est effectivement de sauvegarder cette musique à notre manière. Il ne reste presque plus d'artisans en Egypte qui fabriquent d'arghûl parce que les joueurs d'arghûl se comptent sur les doigts d'une main. Là bas ça ne les intéresse pas de jouer de l'arghûl, ils veulent jouer du synthé. Actuellement, dans le monde, il n'y a que notre projet où il y a de l'arghûl.

En France, les enfants, au collège n'ont jamais vu de kawala ni d'arghûl. Au niveau des percussions, on connaît un peu la derbouka mais le rek est moins connu. On fait des expos sur les instruments, avec des vidéos interactives où les enfants peuvent déclencher des sons égyptiens. Mon idée à long terme c'est de monter un lieu à Nantes consacré aux musiques traditionnelles et à l'électro. Je commence aussi à proposer ces projets en conservatoire mais les gens ne sont pas forcément très ouverts.



Y-a-t-il eu des réticences de la part des musiciens traditionnels à "mélanger" ainsi leur musique?


Jérôme Ettinger : Non parce que c'est une ouverture qui s'est faite petit à petit. Dans Egyptian Project, on essaie de garder leur identité égyptienne, de ne pas abîmer leur musique. Par exemple, quand Sayed fait un chant soufi, on ne va pas lui demander de le déformer, on le laisse faire sa musique et ensuite nous on adapte avec de l'électro avec basse, batteries etc...Quand Ragab propose une rythmique, on se base dessus. Et lui aussi essaie de se baser sur nous. Eux aussi font des efforts, par exemple il n'y a pas de mesures fixes dans leur musique alors on a été obligé de les cadrer...mais peu à peu ils ont réussi à rentrer dedans.

On essaie de faire une vraie fusion, d'aller en profondeur, pas seulement de poser côte-à-côte de la musique égyptienne et un morceau trip-hop. Je défends vraiment la profondeur de la musique dans les échanges. Ni eux ni moi n'avons envie d'abîmer leurs musiques. C'est pour ça qu'on n'a pas monté le projet en six mois, ça fait dix ans qu'on se connait, le projet est passé au-delà de la musique, ce sont des amis! J'ai pas envie de faire un chant, vite fait pour la révolution égyptienne, qui va cartonner sur internet! Même si c'est bien de parler de ce qu'il se passe dans le monde arabe actuellement, c'est la qualité artistique qui m'intéresse avant tout.



Quels sont vos projets?


Jérôme Ettinger : On va faire un album consacré à l'Egypte. Au fur et à mesure, on va intégrer une chanteuse égyptienne sur le projet. On a envie de mettre le chant en avant et l'idée d'avoir des choeurs nous plait, les morceaux s'y prêtent!  On a aussi envie d'avoir de l'image sur scène. D'une part des images qui vont raconter l'échange, la rencontre entre les musiciens, d'autre part, une performance de calligraphie lumineuse dessinée par Julien Breton.

 

Irène Ranson


19/07/2011
EGYPTE ELECTRO EGYPTIAN PROJECT


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