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Le coeur du monde celte bat au Festival Interceltique de Lorient

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Le coeur du monde celte bat au Festival Interceltique de Lorient

02/08/2011

Cela fait 41 ans que ça dure ! Chaque été, à la mi-août, le coeur du monde celte bat à Lorient. Venus d'Irlande, d'Ecosse, de Bretagne ... mais aussi de Galice, du Canada ou du Chili, des centaines d'artistes se retrouvent sur les quais du port du Morbihan. A tel point que ce rassemblement est devenu le plus important festival français consacré aux "musiques du monde". Lisardo Lombardia, son directeur, nous a expliqué ce succès ... 

 

 

Dans le texte de présentation du festival, vous précisez  qu’il a cette année 41 ans. On retrouve ce chiffre dans deux biographies d’artistes, celles des Chieftains, qui ont 41 ans cette année, et celle de Tri Yann, qui fête ses 40 ans. Est ce à dire que votre festival est né en même temps que nombre des artistes qu’il programme ?
 


Lisardo Lombardia : Oui, le festival est né au moment où de jeunes musiciens ont commencé à s'exprimer et à montrer une vision beaucoup plus moderne, beaucoup plus ouverte de la culture celtique. Je pense à des leaders comme Alan Stivell en Bretagne ou aux Chieftains pour l'Irlande mais aussi à des musiciens moins connus sur le continent, notamment The Dubliners. Le festival a permis de faire connaître ces nouvelles formes de musique celtique en Europe et a été le moteur de pas mal de rencontres. Ce n'est pas exagéré de dire qu'il a été à l'origine de la consolidation de la vague celtique au niveau mondial …
 


Vous diriez que c'est grâce au festival que les artistes ont pris conscience de leurs points communs?
 


Lisardo Lombardia : Absolument. Lorient a joué le rôle d’un passeur entre les différents pays: les Irlandais et les Ecossais avaient une idée très vague de la Bretagne et les Bretons ne connaissaient pas la Galice. Lorient, par sa situation géographique, joue un rôle stratégique de point de rencontres entre le nord et le sud.
 

 

 

 

(Vidéo : Molly Ban par les Chieftains & Alison Krauss)

 

 


Comment le festival a-t-il évolué depuis sa création ?
 


Lisardo Lombardia : Le festival est né dans les années 70, et, dès 1972, s’est mis à utiliser le concept d’ "interceltique". C'est son nom officiel depuis 1976. Les années 80 ont été une période de grande création, avec des spectacles avec des orchestres symphoniques et des solistes de haute qualité. Dans les années 9O, le festival a joué un rôle très important dans l’ancrage en France de la fête de la Saint Patrick (qui était d'origine bretonne). Amener les Français à célébrer la Saint Patrick, la fête nationale irlandaise, a permis de faire évoluer les regards sur la celtitude. Paris, à travers des salles comme La Villette ou Bercy, a accordé de plus en plus d'attention à la musique celtique.
 


Et aujourd’hui ?
 


Lisardo Lombardia : Le festival est consacré cette année aux diasporas celtiques face à la mondialisation, qui entraîne une standardisation de la musique. Nous sommes très fiers de nos racines, qui sont nos repères, mais la musique celtique a toujours été très créative, avec un esprit très cosmopolite. D'autre part, le festival est consacré aussi aux nouvelles générations d'émigrants qui revisitent leur patrimoine, sans faire de leurs concerts un exercice de nostalgie d’immigrants. Quand on fait venir un groupe du Chili qui utilise, plutôt que le bouzouki, le charango ou, plutôt que les percussions irlandaises, les instruments traditionnels des Andes, ça veut dire qu'il y a un métissage naturel. Les jeunes Bretons qui sont en Inde, en Asie, continuent eux aussi à revisiter leur musique et à se retrouver dans le festival interceltique, comme un point d'ancrage absolument incontournable.
 

 

 

 

 

(Vidéo : A Good Winter du Mhairi Hall Trio, avec Donal Lunny)

 

 


Vous êtes les défenseurs de l’adjectif « interceltique ». Y a t il d'autres structures qui le portent comme vous ? Si oui, pourquoi n'ont-elles pas votre notoriété?

 


Lisardo Lombardia : C'est nous qui avons lancé le concept d'interceltique. Ce terme n'était pas nouveau. Il avait déjà été utilisé au dix-neuvième siècle pour désigner les rapports entre la Bretagne et les nations du nord. Plus tard, des rassemblements d'écrivains ont également utilisé ce terme, qui permet d’exprimer les liens et les relations entre différentes cultures qui sont proches. Nous l’avons mis en avant pour révéler une culture cachée. Et nous souhaitons à tout prix éviter que le concept soit détourné. Pour le festival, c’est bien plus qu’un label commercial, c’est tout un projet de défense d’identités riches et ouvertes sur le monde. Ce cosmopolitisme riche et créatif  est au cœur de l'interceltique, au cœur de notre démarche. Avoir une identité et, en même temps, être citoyen du monde, ce n'est pas du tout contradictoire. Nous sommes enracinés dans un coin précis de la planète. Sinon nous serions des martiens et non des humains. Cette idée de mettre en valeur la diaspora, c'est la suite de notre travail. Il n'existe pas de culture fermée, soit elles sont dynamiques, soit elles meurent. D'autres gens font des projets interceltiques. Nous soutenons le développement de toute manifestation de qualité. Mais nous nous battons depuis 41 ans et nous ne laisserons pas n’importe qui profiter d’un terme que nous avons popularisé pour faire n’importe quoi …
 


Alors que beaucoup de festivals ne jurent que par la nouveauté, vous reprogrammez régulièrement les gens que vous avez lancés au festival. Est ce par fidélité ou pour montrer l'évolution de leurs projets?
 


Lisardo Lombardia : Ils évoluent, bien sûr, mais il y a également d’autres raisons. Les Chieftains, par exemple, sont venus en 2007 et je voulais les inviter parce qu’ils venaient de faire un disque autour de la musique mexicaine. Une musique très surprenante parfois mais avec des résultats très intéressants. Tri Yann, le groupe breton, se devait de fêter chez nous son quarantième anniversaire. Il y a toujours chaque année une thématique, un schéma de travail. Nous créons les scénarios, nous définissons des directions, puis nous invitons les artistes à nous rejoindre. Nous ne sommes pas obsédés par les têtes d'affiche. J’avais dit à un moment « La tête d’affiche, c’est le festival ». On m’a reproché de manquer de modestie mais ce n’est pas faux : si les gens viennent, c’est d’abord grâce à la diversité que nous défendons sur ce festival, qui n'est pas uniquement musical.
 

 

 

 

(Vidéo : The Rear Guard d'Old Man Luedecke)

 

 


Si vous deviez nous conseiller deux ou trois jeunes talents parmi tous ceux que vous programmez cette année, quels seraient vos coups de coeur?
 


Lisardo Lombardia : Je suis très fier d'avoir beaucoup de nouveaux groupes à proposer. Il faudrait, par exemple, que vous écoutiez Mhairi Hall, qui joue de la musique écossaise au piano. C’est superbe ! Nous avons aussi un projet magnifique: Atlantic seaways, qui vient de l’une des meilleures écoles de musique des USA. Ce sont des musiciens époustouflants qui montrent l’influence de la musique celtique sur la musique nord-américaine. Les Chiliens de Ta Fechu, dont je parlais, sont aussi à prendre en compte. Je vous conseille également un chanteur extraordinaire, Old Man Luedecke, qui participera au concert d’hommage à Kerouac, un écrivain qui symbolise la diaspora. La liste est trop longue. Il y a tant de choses à découvrir cette année!
 


 

Propos recueillis par François Mauger


02/08/2011



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