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EBO TAYLOR FELA KUTI AFROBEAT NIGERIA GHANA

Ebo Taylor : "Fela Kuti est comme mon frère"

20/07/2011

Ebo Taylor n'a pas fini de nous étonner. A 74 ans, le frère de coeur de Fela Kuti s'offre une seconde jeunesse et vient reconquérir le public européen qu'il affectionne tout particulièrement. Sa collaboration avec le collectif berlinois Afrobeat Academy, mélange d'highlife, de jazz et de musique classique, est la preuve vivante que le cloisonnement entre les genres n'est qu'une illusion, qui n'est bonne que pour les esprits avides de classification. Ebo Taylor n'a de cesse de le répéter : l'afrobeat, qu'il soit nigérien ou ghanéen, est avant tout de la musique africaine. Rencontre avec un visionnaire...


Vous êtes de deux ans l'aîné de Fela Kuti. Lorsque Fela a mis au point l'afrobeat, vous étiez déjà une star du highlife. Pourquoi avoir adopté ce rythme ?
Est-ce une volonté de retour aux sources, de décolonisation
?



Ebo Taylor : Je voudrais insister sur le fait que l'afrobeat vient du highlife, dont il est le prolongement. De la même façon que le jazz est un terme très vague pour désigner un genre qui comprend pleins d'influences, le terme afrobeat est, à l'origine, un terme universel pour décrire la musique africaine telle qu'on la présente en Europe et aux Etats-Unis. J'ai rencontré Fela Kuti à l'école de musique de Londres et on partageait cette même envie d'intégrer des éléments novateurs dans la musique. Mon bagage de musicien de jazz me permet d'amener des influences jazz à la musique pour perpétuer la tradition de la musique africaine, qui a mis le jazz en exergue. Si on écoute  Life  et  Love and Death , on remarque que l'orchestration penche vers des compostions de jazz. En restant fidèle à jazz, je rends hommage aux racines du genre: la musique africaine.



Quelle est votre dette envers Fela Kuti, le précurseur de l'afrobeat ?



Ebo Taylor : Mon amitié avec Fela remonte à cette époque passée à Londres où nous étions très proches,  et je le considère comme mon frère. La seule différence entre l'afrobeat et l'highlife ce sont les percussions et le fait que Fela emploie la langue de son peuple, le Yoruba. L'afrobeat est devenu plus populaire que le highlife mais les deux utilisent le jazz comme forme de développement et sont vitales pour promouvoir la musique africaine en Occident! C'est ce qui fait que ma musique ressemble à de l'afrobeat, mais par dessus tout, elle est de la musique africaine!



Vous affirmez vouloir "promouvoir la cause de l'afrobeat". Votre travail de compositeur va-t-il dans le sens d'une "standardisation" de cette musique ?


Ebo Taylor : Je suis en effet lié à la cause l'afrobeat, mais en réalité la question du genre importe peu: afrojazz, afrofunk, le nom qu'on lui donne est sans importance... Que je joue de la bossa nova, du meringue, ou de la salsa, ça reste dans tout les cas du jazz. Ma musique, c'est du jazz que je mêle au chant africain et à des paroles en langue indigène du Ghana. Et, comme j'apprécie beaucoup mon public occidental, je rends hommage aux grands compositeurs de la musique classique, comme Tchaikovsky et Chopin. A l'Université du Ghana, où j'enseigne la guitare, j'apprends à mes élèves des mélodies classiques très connues, telles qu'une berceuse de Brahms et La lettre à Elise. La musique classique a fait évoluer le jazz, autant que la musique africaine; on doit beaucoup aux maîtres classiques.

 

 

 

 Ebo Taylor et Afrobeat Academy en concert à Accra au Ghana



Vous poursuivez actuellement l'aventure avec Afrobeat Academy, collectif afro-funk berlinois avec qui vous aviez collaboré dans votre dernier album "Love and Death". Pensez-vous que le highlife se prolonge plus naturellement dans le funk que dans le jazz?



Ebo Taylor : Afrobeat Academy est un collectif très talentueux et je crois qu'ils amènent la musique africaine dans la bonne voie. A mon avis, une combinaison de musique classique, jazz et highlife ou de percussion africaine est une formule prometteuse. Et, comme les musiciens sont très bons, on va essayer d'apporter encore de nouveaux éléments. Le Ghana n'est pas un pays développé et de toutes façons les Ghanéens mettront du temps à comprendre le jazz et la musique classique. Les musiciens ghanéens produisent encore une sorte d'highlife, mêlé de hiphop, ce qui donne le 'hiplife '. 'Love and Death', par exemple, a été enregistré pour la première fois en 1974, et ce genre n'est pas encore populaire au Ghana! Beaucoup de gens en Afrique me disent qu'il y a trop de jazz dans ma musique pour qu'ils puissent la comprendre. Alors, je me tourne vers le public européen... Le public européen me stimule et me fait sentir que je suis la bonne route!



Est ce que votre collaboration avec Afrobeat Academy est la clé de votre succès en Europe?


Ebo Taylor : Oui, c'est indéniable!

 

 

Irène Ranson et Eloise Stevens


20/07/2011
EBO TAYLOR FELA KUTI AFROBEAT NIGERIA GHANA


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