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Barbatuques : « Tout le monde est capable de produire des sons avec son corps »

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BRESIL PERCUSSIONS FESTIVAL JAZZ

Barbatuques : « Tout le monde est capable de produire des sons avec son corps »

19/07/2011

Barbatuques donne autant à voir qu’à écouter. Le groupe de percussionnistes brésiliens en a fait, une fois de plus, l’étonnante démonstration au festival Jazz sous les Pommiers. A partir de claquements, de tapements, de frottements, avec les mains, les pieds ou la bouche, la dizaine de musiciens a produit des sons les plus inattendus dans une harmonie à couper le souffle.
 
Initiée par Fernando Barboza en 1995, l’idée d’utiliser le corps pour créer des sons est passée  rapidement du jeu à un objet de recherche. A la fois chef d’orchestre, metteur en scène et chorégraphe, le leader du groupe revient sur cette technique et le langage musical qui en découle.
 

 

 

 
Extrait d'interview et de live de Barbatuques
 
 
 
 

D’où est née l’envie d’utiliser le corps comme instrument de musique ?

 


Fernando Barboza : Je ne sais pas ! (Rires) Quand j’étais enfant, j’étais très curieux d’explorer les sons produits par les objets. Un jour, j’ai essayé de faire des sons en tapant sur ma poitrine, en claquant les doigts, les mains et voilà. Puis, avec le groupe on a associé « Barba », qui est mon nom, à « batuques », qui veut dire batucadas en portugais. Ça a donné « Barbatuques ». Ce nom est devenu celui de notre musique.

 


Le résultat crée un effet assez humoristique ?


Fernando Barboza : Oui. Un son qui nous paraît normal est rigolo pour le public qui n’a pas l’habitude. Par exemple, un son produit par claquement de la main contre la joue… Dans la façon dont bouge le corps pour créer ces sons, on peut déjà sentir la personnalité de chacun. Et il n’y a pas de limites de langage. Si je fais ça (claquement de langue), en français ça donne ça (claquement de langue), c’est la même chose…

 


Le corps peut produire un nombre infini de sons. Existe-t-il des limites ?


Fernando Barboza : Les percussions corporelles sont un langage vraiment individuel. Chacun a son propre corps et chaque corps a ses propres caractéristiques. Même s’il y a des limites physiques, ça dépend surtout des caractéristiques de chaque corps. Dans chaque pays, chaque région, il y a sans doute un code dans la musique comme dans la langue ; par exemple, en Afrique, il y a le claquement de la langue sur le palais, qui est déjà musical …

 


As-tu déjà essayé de travailler avec des percussionnistes corporels d’autres pays ?

Fernando Barboza : Oui, tout le temps, par le biais d’ateliers. Ce langage n’appartient pas seulement à Barbatuques. Actuellement, il y a un festival international de musique corporelle qui réunit tous les styles, donc même s’il n’y a que des Brésiliens dans notre groupe, on est souvent en relation avec d’autres.


Tu te bases sur des rythmes traditionnels brésiliens pour mieux t’en éloigner et introduire de nouvelles sonorités musicales…


Fernando Barboza : Oui, il y a beaucoup de rythmes brésiliens qui utilisent le claquement de mains, de poitrines. Mais la percussion corporelle n’est pas une tradition au Brésil, même si les Brésiliens aiment beaucoup la danse et l’improvisation. Dans chaque pays, il y a un rythme différent. Donc on mélange les rythmes brésiliens à d’autres influences musicales  et à d’autres techniques corporelles aussi.
 


Quelles sont les influences que tu introduis dans ta musique ?


Fernando Barboza : La musique africaine qui a beaucoup de rythmes corporels. Les musiques contemporaines non corporelles aussi. Par exemple, le corps peut imiter le son issu de la musique électronique. Mais attention, la musique corporelle n’est pas seulement une imitation des sons produits par les instruments, c’est un langage autre.

 


Et comment t’appropries-t-tu toutes ces influences musicales ?


Fernando Barboza : Très naturellement. Déjà, chaque musicien du groupe arrive avec ses propres influences et on se base beaucoup sur l’improvisation pour composer. Et comme chaque individu a sa propre personnalité, c’est très naturel. On ne se dit jamais « Tiens, maintenant, on va faire de la musique électronique ». Ça sort instinctivement, et ça crée des mélanges.


Et le jazz dans tout ça ?


Fernando Barboza : J’ai beaucoup étudié le jazz, j’ai joué de la guitare. J’ai mélangé la musique brésilienne avec le jazz. Pour beaucoup de gens du groupe, il y a cette influence. Même si je consacre la majeure partie de mon temps aux percussions corporelles, je continue à étudier les instruments…

 


As-tu été surpris d’être invité à ce festival de jazz ou cela t’a semblé normal ?


Fernando Barboza : Normal. Parfois on est invité dans des festivals de théâtre, parfois de danse… même si nous ne sommes ni un groupe de danse, ni de théâtre. Maintenant, le jazz est un terme global et je pense qu’il est possible de nous ranger dedans. Au Brésil, on a reçu le prix de « meilleur groupe de MPB » (Musique Populaire Brésilienne), c'est-à-dire de samba, aux côtés d’artistes comme Gilberto Gil… donc ça ou le jazz… c’est difficile de nous catégoriser.

 


Ta musique est faite de sifflements, de tapes, de claquements, de sons gutturaux…ça la rend plus universelle ?


Fernando Barboza : Chaque région privilégie une technique plus qu’une autre. Au Brésil, on utilise souvent ce son (claquement de doigt).  Ce n’est pas un son facile à produire, les enfants mettent beaucoup de temps avant de réussir à le faire… Je pense qu’il y a une anthropologie des musiques corporelles. Mais, en même temps, tout le monde est capable de produire le répertoire des sons créés à partir du corps. Peut être que la nouveauté, c’est l’utilisation des mains sur le torse, la bouche. Mais tous ces sons, sont, par essence, universels.


C’est une histoire d’écoute entre vous ?

Fernando Barboza : L’écoute est l’objet principal de notre technique. Il y a beaucoup d’improvisations et, forcément, ça demande une grande écoute. Ça permet de sortir des choses et de les combiner ensuite, selon les affinités des sonorités entre elles ; pas besoin de faire des sons forts mais des sons subtils. C’est important d’être conscient de ce qui se passe derrière, sur les côtés…

 


Partis d’un jeu, Barbatuques est aujourd’hui propulsé à l’affiche d’évènements mondiaux comme la prochaine Coupe du Monde de foot ou aux prochains J.O…


Fernando Barboza : Tout s’est fait tellement naturellement. Je ne me suis jamais dit « Tiens, un jour, je ferai un groupe de percussions corporelles ». Ça s’est produit au fur et à mesure. C’est peut-être ça  qui a plu aux gens. Il y a quand même une préhistoire à Barbatuques, qui remonte au temps où j’étudiais. Le groupe s’est ensuite formé et on a fait des disques, on a beaucoup voyagé… Donc je ne peux pas imaginer comment va se passer la suite, il y a déjà eu beaucoup plus que ce que je n’aurais pu imaginer !

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Mathilde Penchinat

 


19/07/2011
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