Le Kenya serait-il le nouvel eldorado des musiques africaines ? C’est en tout cas de là que viennent certains des groupes les plus excitants du moment. Owimy Sigoma Band a, par exemple, immédiatement séduit Gilles Peterson, qui en a pourtant entendu d’autres. Les 500 vinyles de Nguuni Lovers lovers qui viennent d’être mis en vente à Londres sont partis en une semaine. Obama ne jurerait que par les disques d'Extra Golden ...
Winyo, lui, est à mettre dans une autre catégorie, plus suave, un peu moins dansante. Mais il n’en reste pas moins un chanteur kenyan enthousiasmant, qui a été longuement applaudi au festival Musiques Métisses d’Angoulème. Rencontre …
Pour commencer, je vous prie de m’excuser une question un peu brutale mais … Comment va le Kenya ? La dernière fois que nous en avons entendu au journal télévisé, c’était à propos des conflits ethniques qui entachaient les élections …
Winyo : Nous sommes en train de soigner le pays. Il n’est pas encore guéri mais le gouvernement a trouvé un accord avec l’opposition pour gouverner le pays. Des commissions de réconciliation ont été formées. Elles essaient d’aider les gens à se remettre de ce qu’il s’est passé. Parallèlement, nous avons mis en place une nouvelle constitution, qui aide le pays à parvenir à une vraie démocratie et à une égalité entre tous les Kenyans. Je dirais donc qu’au niveau du gouvernement et du pays tout entier, nous avons fait un pas vers la guérison du pays.
Dans votre album, l’atmosphère intimiste met en relief votre très belle voix. Ces arrangements harmonieux ont-ils été conçus comme un appel au calme, à la paix ?
Winyo : Oui, j’aimerais que l’auditeur m’écoute réellement, profondément. J’aimerais qu’il ressente une sensation de paix. J’aimerais qu’il écoute mes histoires, qu’il les comprenne, qu’il les partage, que tout se passe calmement. On peut dire que c’est ça, l’atmosphère de mon disque.
(Vidéo : Winyo sur un plateau de télévision)
Pouvez-vous nous dire de quoi parlent vos chansons ?
Winyo : Je chante l’histoire de mon pays, du village où j’ai grandi. Je chante les histoires de mon peuple, des histoires d’amour, la vie quoi …
Vous parlez de votre village … D’où venez-vous exactement ?
Winyo : Je viens de la province du Nyanza, qu’on appelle désormais le comté de Nyanza. C’est dans le sud, à la frontière de la Tanzanie. Nous partageons le lac Victoria.
Votre album est généralement doux mais, par moments, des accords de guitare invitent à la danse. Est-ce une réminiscence du Shirati Jazz du Kenyan D.O. Misiani ou un emprunt aux musiciens congolais ?
Winyo : Je dirais que ça vient des premiers musiciens qui ont diffusé le benga. Le benga est le véritable son du Kenya. Des musiciens comme D.O. Misiani ont réussi à faire danser tous les Kenyans sur ce rythme. C’est à mon tour de le faire connaître au monde, de faire danser le monde entier sur ce rythme du Kenya : le benga.
A propos du Kenya et de la musique kenyane, nous avons récemment découvert un groupe éblouissant, l’Owiny Sigoma Band. Nous vous découvrons ici, au festival Musiques Métisses. Doit-on encore s’attendre à beaucoup d’autres bonnes surprises de ce genre en provenance du Kenya ?
Winyo : Oh oui, il y a beaucoup de nouveaux talents, de musiciens excitants au Kenya ! Nous n’avons besoin que d’une chose : que vous veniez chercher et sortir de l’ombre ces musiciens qui peuvent apporter beaucoup à la musique africaine. Je ne citerai aucun nom. A vous d’enquêter …
(Vidéo : Nitie Kwe de Winyo, en duo avec l'Ougandais Maurice Kirya)