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Wanlov the Kubulor : "Les musiques ghanéennes et roumaines ont tant en commun"

01/08/2011

 Où qu'il aille, Wanlov fait sensation. En Roumanie, un public éberlué a fait un triomphe à son afro-rap des Carpathes. Silhouette longiligne en pagne et en tongues, affublé d'énormes lunettes de soleil et d'une petite cravate, le chanteur ghanéen n'est pas non plus passé inaperçu à Angoulème, dans les coulisses du festival Musiques Métisses. Sa simplicité, son dénuement apparent ne sont pas ceux d'un vagabond ordinaire mais plutôt ceux d'un "clochard céleste", comme aurait dit Kerouac, ou d'un philosophe de l'extrême, sur le modèle de Diogène. Partout, il interloque ceux qu'il croise, puis, avec un sourire éclatant, les séduit.


Sa musique procède de la même façon. Elle surprend au premier abord, Wanlov étant le premier, à notre connaissance, à marier rythmes africains et mélodies roumaines. Puis, toute de légèreté, elle invite, sobrement mais impérieusement, à danser. Avant qu'il ne monte sur scène avec ses complices, nous lui avons posé quelques questions ...

 

 

Un père ghanéen et une mère roumaine, c'est pour le moins inhabituel. Comment se sont-ils rencontrés ?
 


Wanlov : Eh bien, mon père a reçu une bourse pour aller étudier en Roumanie. C'était à l'époque de Kwame Nkrumah (NDLR : le père de l'indépendance ghanéenne, poche du bloc socialiste pendant la guerre froide). Mon père est allé étudier l'extraction du pétrole et du gaz à Ploiesti. Il y a rencontré ma mère. J'y suis né puis nous sommes tous partis au Ghana.

 


Cela a été le début d'une belle histoire d'amour ?



Wanlov : Oui mais vous savez, l'amour ... A un moment, ils se sont séparés. Ma mère est toujours amoureuse du Ghana, elle continue d'y vivre. Mais mes parents ne vivent plus ensemble depuis 1987, environ. Mais ils sont toujours amis. Ils continuent de se fréquenter. Une drôle d'histoire d'amour ...
 

 

 

 

(Vidéo : Kokonsa de Wanlov the Kubulor)

 

 


Comment réussissez-vous à combiner des rythmes balkaniques, ghanéens, du rap et du reggae. Avez-vous trouvé des points communs entre ces différentes esthétiques ?



Wanlov : Etonnamment, il y en a beaucoup. J'ai toujours écouté du high life, de l'afrobeat, des musiques traditionnelles du Ghana mais aussi de la pop, du hip hop, du reggae, ainsi que du manele, de la musique de lautari ou de la musique tzigane avec ma mère. J'ai fini par trouver des correspondances, notamment sur le plan instrumental. Par exemple, dans le nord du Ghana, on a un instrument qui s'appelle le "gonje", une sorte de violon dont les cordes sont faites de crins de cheval. C'est, grosso modo, l'ancêtre du violon. De la même façon, nos xylophones sont des cousins du cimbalom roumain. Et l'atenben (une flûte de bambou) et les autres flûtes du Ghana sont liés à l'ocarina, au naiul ou aux flûtes que j'ai entendues dans la musique tzigane. Même chose pour le dondo, le tambour d'aisselle, et ce que les Roumains appellent le toba. Ou pour le kologo, une guitare à deux cordes du nord du Ghana, et le cobza roumain, qui se situe entre la mandoline et le oud.


J'ai commencé par percevoir les similarités entre ces instruments, puis entre les différentes façons de chanter. Nous avons les chanteurs nnwomkro, de l'ethnie Ashanti, qui viennent chanter aux funérailles. Ils chantent de façon si triste qu'ils ne peuvent qu'évoquer Romica Puceanu (NDLR : l'un des plus grands chanteurs tziganes, disparu dans un accident automobile en 1996) ou d'autres lautari.


Même sur le plan culinaire, nous avons en Roumanie un plat baptisé mamaliga (NDLR : une préparation à base de semoule de maïs) qui est très proche de l'eba ouest-africain.


Peu à peu, je me suis dit qu'en tant qu'être humain, j'étais le produit de ces deux mondes, de ces deux cultures. En tant que musicien, je devais également les représenter. J'ai donc conçu ce projet. J'imaginais un orchestre, au sein duquel cohabiteraient une dizaine de musiciens africains et une dizaine de musiciens d'Europe de l'est, pour lequel j'écrirais de grandes compositions. C'est à ce feu que je voulais me réchauffer. Puis je me suis lancé ...

 


  
Et aujourd'hui, comment est formé votre groupe ?
 


Wanlov : Au Ghana, mon groupe comptait cinq musiciens. J'en ai retiré deux et je les ai remplacés par des musiciens européens : un violoniste et un accordéoniste. Le violoniste est italien mais il a vécu en Transylvanie trois ans et y a étudié la musique. L'accordéoniste est breton. Avec eux, il y a un percussionniste ghanéen, qui joue sur un gome, et un joueur de kologo. Nous sommes donc cinq au total mais on pourrait être plus nombreux ...
 

 


Vous revenez tout juste de Roumanie. Comment le public vous y a-t-il accueilli ?



Wanlov : C'était mon premier concert là-bas. En dehors du fait que je parlais le roumain, je peux vous dire que ma musique les a renversés. Je regardais le public. Je voyais bien qu'ils étaient surpris par ma musique. Beaucoup étaient stupéfaits. Ils restaient assis. Mais, quand le premier morceau s'est terminé, ils ont applaudi à tout rompre. Et, à la fin du concert, une véritable foule est venue me voir pour me dire ce qu'elle avait ressenti en écoutant ma musique ou pour me parler d'une véritable tournée en Roumanie ... Cela n'aurait pas pu mieux se passer.

 

 

 

(Vidéo : My skin de Wanlov the Kubulor)

 

 


J'ai entendu parler d'un film que vous avez réalisé avec M3NSA, qui est décrit comme la première comédie musicale en pidgin, le créole d'anglais. Est-ce important pour vous que le pidgin soit reconnu comme une langue à part entière ?



Wanlov : Non, ce n'est absolument pas mon souhait. Si le pidgin était reconnu, il deviendrait standard. Ce ne serait plus le pidgin parce que cette langue ne cesse jamais d'évoluer. Entre nous, au Ghana, on parle le pidgin. Notre projet, avec M3NSA, un musicien qui est également l'un de mes plus proches amis, était de réaliser un film en forme de dialogue. Il s'avère que le pidgin est la plus populaire et la plus florissante des langues, parce qu'elle intègre des éléments de français, d'anglais, de twi, de ga, d'ayigbe, de chinois ... Il y a des mots d'origine très obscure qui trouvent un asile dans le pidgin. Notre but n'était pas de nous engager pour la défense de cette langue mais c'est ainsi : nous avons réalisé la première comédie musicale en pidgin.
 

 


Une dernière question : après "Green card", "Yellow card" et "Brown card", les noms de vos trois premiers albums, de quelle couleur sera le prochain ?



Wanlov : Mon prochain album sera double. Il combinera "Red Card" et "Blue Card". Le sous-titre de Blue Card sera "More than Sade" ("plus que Sade" ... NDLR : la chanteuse, pas le divin marquis), parce que, lorsque Seven, mon producteur, a entendu la première chanson, il a dit "Hey, mon ami, tu te prends pour Sade ?". Ce sera le sous-titre de l'album parce que j'ai bien l'intention de chanter, pas de rapper. Quant à "Red Card", il sera sous-titré "More than minstrel", en référence aux ménestrels du divertissement.  

 

 


Propos recueillis par François Mauger


01/08/2011
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