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Moriarty : Libérer les fantômes

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Moriarty : Libérer les fantômes

15/06/2011

Cinq ans après un premier album qui leur a apporté le succès, les cinq Moriarty reviennent avec The Missing Room, qu’ils ont mûri sur scène. Préférant de loin la totale indépendance au confort relatif des grandes maisons de disques, ils ont fondé Air Rytmo, leur label anagramme. Rencontre avec quatre garçons et une fille sans leader et libres comme l’air malgré les fantômes...

 

 

 

Moriarty au Sakifo 2008
 
 
 



Même si votre premier album date de 2006, Moriarty existe depuis 11 ans. Aujourd’hui, est-ce que chacun a un rôle plus ou moins précis dans la vie du groupe?


Thomas : Stéphan, qui va arriver, fait le graphisme. Il est en retard parce qu’il est en train de terminer la pochette qu’il devait rendre hier.
Arthur : Ce sont deux de ses spécialités : le graphisme et le retard...
Thomas : Rosemary aimerait bien parfois lui voler sa spécialité du retard.
Arthur : Ils sont complémentaires.
Thomas : Rosemary peut aussi s’endormir n’importe où et faire des micros siestes qui la retapent complètement. Quand elle se réveille, elle nous scotche en chantant sublimement. Moi je suis spécialiste de la boisson, ma grande force, c’est de goûter des millésimes…
Arthur : Thomas, c’est « Monsieur Rencontre ». Quand on arrive dans une salle, les responsables ou les gars du coin, c’est d’abord lui qui les rencontre. Et même si on est fatigués, lui arrive avec le sourire.
Charles : C’est le prix orange du groupe, la porte d’entrée... Alors que moi, c’est l’inverse.

 


Tu es le prix citron ?


Rosemary : C’est vrai, à chaque fois qu’on a essayé d’envoyer Charles à la rencontre des gens, ça s’est mal passé. Soit parce que les techniciens trouvent qu’il les prend de haut, soit parce qu’en rentrant dans un bar, pour demander notre chemin, tout le bar se moque de lui.
Thomas : Par contre, il est très fort pour faire des jus de fruits et il aime beaucoup rencontrer les cuisinières des salles dans lesquelles on joue.
Charles : Effectivement, je fais une petite collection. Parce que l’univers des salles de concert est très masculin. Souvent, la cuisinière est la seule figure féminine. Quand on tourne beaucoup, on voit rarement sa maman, et ce sont des sortes de mamans de la route. J’ai une relation très maternelle avec elles et parfois je me loge dans leur poitrine…

 


Et Arthur ?


Thomas : Il est multi-talentueux, mais avec lui, c’est le son qui prime !
Charles : Il se balade avec une sorte de petit magnétophone portable avec ses écouteurs et des perches, et il va prendre des sons tout le temps.
Thomas : C’est vrai que tu pointes le doigt sur un truc important. On a chacun des points forts qui nous aident, nous soudent et font de nous un super groupe. Super au sens où on s’aide grâce à nos pouvoirs spécifiques.

 


Et votre batteur ?


Rosemary : En fait, on a deux batteurs. Eric Tafani joue avec nous en ce moment sur scène et alterne avec Vincent Talpaert.
Arthur : Vincent a réalisé notre disque, produit et joue dessus. Il a arrangé pas mal de chansons, même composé avec nous, donc il a pris une certaine place. Il a beaucoup de talent…


(Stéphan arrive) : Bonjour !


On a fait le tour des dons de chacun et on a dit que ta spécialité était le graphisme.


Thomas : Et on a oublié de dire le ronronnement !
Stéphan : Je ronronne en faisant du graphisme…

 


Et le retard aussi… (rires)


Thomas : Excuse-nous !
Stéphan : Quelle est la définition du retard ?
Arthur : C’est un sas entre toi et la réalité.
Stéphan : C’est la dictature de la ponctualité.
Rosemary : On vivrait en Afrique ou à la Réunion, ça serait très différent.

 


Je voulais aussi connaître le rôle des fantômes. Ils sont très présents dans votre univers.


Stéphan : Ils sont apparus la première fois qu’on a essayé de faire des enregistrements. C’était sur des bandes avec un appareil Revox G36 que le groupe Love Bandits nous avait prêtées. On s’est rendu compte qu’un fantôme sifflait sur certaines chansons qu’il aimait bien. Et comme on n’est pas du tout versés dans le spiritisme, ça nous a beaucoup…
Rosemary : Troublés !

Stéphan : Déçus, de la part des fantômes, de gâcher des enregistrements comme ça… Après on a dû s’habituer à leur présence… fréquente... C’était sur Long Is The Night, une chanson qu’ils aiment beaucoup, ils sont toujours présents.

Rosemary : C’est un peu la chanson maudite. Au deuxième enregistrement, il y avait à nouveau un problème sur la bande et sur le troisième aussi, avec encore un sifflement. Du coup elle n’existe que sur scène.

Arthur : Il faut dire que cette chanson a été écrite par une femme qui avait prédit sa propre mort…

Rosemary : Elle ne l’avait pas prédite, elle l’avait rêvée. Elle avait rêvé qu’elle mourrait dans un incendie et elle est effectivement morte dans un incendie…
Stéphan : C’est très ennuyeux, on est rationalistes et cartésiens. Ce genre de problème ne rentre pas dans notre cadre de pensée rigide.
Enfin bon, vous négociez quand même avec eux …
Thomas : On est obligés.
Arthur : Ce sont peut-être des choses qui nous hantent, des souvenirs, des rêves qu’on essaie d’effacer et qui sont toujours là, qui s’imposent à nous comme ça. Le titre de l’album, The Missing Room [la pièce manquante], est d’ailleurs assez fantomatique.

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Benjamin MiNiMuM


15/06/2011
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