Sia Tolno : "Je suis africaine, ma musique se moque des frontières."
12/06/2011
La Guinéenne Sia Tolno pourrait bien être la relève de l’afro-funk. Bien sûr, il reste à son groupe de scène quelques réglages à effectuer et les vétérans du genre, d’Ebo Taylor à l’Orchestre Poly-Rythmo, sont loin de penser à prendre leur retraite. Mais la chanteuse a fait preuve sur la scène du festival Musiques Métisses d’une énergie sidérante. Quant aux premiers titres de l’album qu’elle publiera en septembre, ils sont plus que prometteurs. Rencontre avec une étoile montante …
Vous êtes née au sud de la Guinée, dans une région moins marquée par la culture mandingue que celle de Conakry. Pouvez-vous nous parler de cette région mal connue, où voisinent la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ?
Sia Tolno : Je viens d’un petit village, à la frontière avec la Sierra Leone et le Liberia. Nous avons nos traditions. Notre langue, c’est le kissi. La plupart des gens de mon village parlent également le pidgin, le créole d’anglais, à cause de la frontière. Mon père était professeur de français en Sierra Leone. C’est là que j’ai commencé mes études. Mon enfance, bien sûr, a été heureuse. J’ai vécu comme tout le monde, auprès de mon père, de ma mère. Je venais en Guinée pour les vacances. C’est là que j’ai commencé la musique. J’étais inspirée par mes deux cousines, qui allaient parfois chanter dans un studio. Je me suis mise à chanter avec elles des chansons traditionnelles. C’est comme ça que j’ai découvert que ma langue est très musicale. Petit à petit, j’ai commencé à écrire des chansons en kissi, mais aussi en pidgin, un anglais cassé mêlé de portugais et de français, à cause de la colonisation.
Mais, un jour, ma vie a été bousculée par la guerre. Cette guerre a commencé au Liberia, où je ne suis jamais allée. Puis la guerre est entrée en Sierra Leone. Là, c’était vraiment horrible : on entendait des histoires de bras coupés, … Nous, on est retourné en Guinée. J’ai repris mes études, même si le français était difficile pour moi. J’ai également repris la musique. J’ai chanté dans les bars et les cabarets pour apprendre le métier mais aussi pour gagner de l’argent : j’étais une sorte de réfugiée puisque je vivais dans un pays que je connaissais mal. Mon premier album, La voix de la forêt, est sorti en 2002 et j’ai été récompensée par un djembé d’or. Pour moi, ça a été un bel encouragement …
(Vidéo : Odju Watcha de Sia Tolno)
On entend dans votre musique des échos d’afro-beat nigérian, de high life ghanéen, des accents sud-africains, un chaloupement créole, des balafons mandingues, … Peut-on la décrire comme pan-africaine ?
Sia Tolno : Tout à fait. Moi, dans mon esprit, je suis africaine. Ces histoires de frontières, je m’en moque. Les colonies, c’est du passé. Je suis africaine et ma musique me ressemble.
Lorsque vous étiez jeune, vous chantiez du Nina Simone et du Edith Piaf dans les maquis. Ce sont vos modèles ?
Sia Tolno : Oui, au moment où je commençais dans les cabarets, j’écoutais beaucoup ce genre de voix sensibles. C’est comme ça que j’ai appris à chanter. Mais il y avait aussi Miriam Makeba, Withney Houston, toutes les grandes chanteuses, … Miriam Makeba a eu une influence énorme sur moi. Non seulement, j’aime sa voix mais j’aime sa personnalité. C’était une femme de caractère, une Africaine leader. Je me dis que, si on avait plus de femmes comme elles en Afrique, ça irait mieux. C’est un modèle pour moi. Comme Edith Piaf, qui est française mais qui m’a touchée, par ses paroles et sa voix. Je chantais tout ça dans les cabarets et les bars. Les gens aimaient. D’ailleurs, je continue à les chanter. A mes débuts en France, j’ai joué au Grand Rex et j’ai repris une chanson de Miriam Makeba, A luta continua. Là, je suis en train de travailler sur Dans ma rue d’Edith Piaf.
Justement, vous préparez un nouvel album. En quoi est-il différent du précédent, « Eh Sanga » ?
Sia Tolno : J’ai travaillé avec une nouvelle équipe. L’album précédent était plutôt mandingue. Avec mon producteur, pour ce nouvel album, on s’est sonné le temps de réfléchir. On a jeté les bases en Guinée. On a continué en France. C’est un album qui me ressemble plus. C’est pour ça qu’il s’appellera My life …