Parmi les projets rescapés de l’année du Mexique, le producteur Murcof propose une création à la rencontre des Indiens Huichols au festival Métis de Seine-Saint-Denis.
Originaire de Tijuana, vous vivez aujourd’hui à Barcelone. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Murcof : Je suis né à Tijuana mais j’ai grandi un peu plus au sud sur la côte de Basse Californie, à Ensenada. J’ai commencé à produire de la techno à la fin des années 80 et aussi à jouer du clavier et d’autres instruments dans différents groupes de rock. En 1999, ma rencontre avec un collectif de Tijuana qui avait l’idée géniale de mélanger musiques norteña et électro, m’a mené à participer à la première compilation Nortec, sous le pseudo de Terrestre. Murcof est né comme un projet parallèle pour développer des idées plus minimalistes, ambient, qui ne cadraient pas avec l’esthétique Nortec. J’ai sorti un premier disque sur un label anglais et commencé à enchaîner les tournées en Europe, au point de finir par m’établir à Barcelone en 2005 afin de répondre plus facilement à cette demande.
Vous jouez aujourd’hui dans des manifestations de musique électronique aussi bien que contemporaine ou jazz…
Murcof : C’est en effet une musique difficile à classer. J’utilise des sons provenant de sources acoustiques que je transfère sur multipiste pour composer. J’enregistre des musiciens et joue moi-même plusieurs instruments, souvent de manière expérimentale. Un violoncelle par exemple, que je ne domine pas vraiment mais qui me sert à extraire des textures sonores. Je m’intéresse beaucoup à la relation à l’espace et au temps, certains sons ayant beaucoup de choses à dire pour peu qu’on leur laisse le temps de s’exprimer. Ma musique a donc un côté abstrait mais conserve toujours une ligne harmonique et mélodique.
Murcof - Isaias IV
Qu’en est-il de votre création au festival Métis ?
Murcof : Le projet Wixarika tire son nom du terme par lequel s’auto-désignent les Indiens Huichols de la Sierra Madre, au centre du Mexique. Ce peuple est connu pour le pèlerinage annuel qu’il effectue pour cueillir du peyotl sur la terre de ses ancêtres, dans le désert de San Luis Potosi. Un ami de longue date, le guitariste Edgar Amor, m’a introduit à cette culture et proposé de créer une œuvre avec des musiciens qu’il connaissait, le chanteur et violoniste José Luis Ramírez, chaman dans sa communauté, et son fils guitariste Enrique. Nous nous sommes rencontrés dans un studio de Tijuana et je travaille depuis à partir de ces enregistrements. Ce projet m’invite à une conception totalement différente de la musique, qui a pour les Huichols une fonction sacrée, incantatoire, que je m’efforce de respecter. C’est en ce sens une chance inouïe de le présenter dans la Basilique de Saint-Denis. Il ne me reste qu’à espérer que José Luis et Enrique seront bien présents, comme initialement prévu dans le cadre de l’année du Mexique.
Murcof - Paloma I to V
Quel regard portez-vous sur l’annulation de cette année du Mexique ?
Murcof : C’est un cas d’école de l’incompétence de certains politiques quand ils se mêlent de la circulation de la culture, quelque chose d’inacceptable compte tenu de la quantité de projets dont c’était là l’unique opportunité [de voir le jour]. Pour le reste, je ne peux que saluer l’effort des manifestations qui cherchent malgré tout à trouver des solutions. Le festival de GrenobleDétours de Babelpar exemple, qui était à l’initiative du projet Wixarica, me propose de reprendre cette création l’an prochain dans le cadre d’une édition thématique Musique et Politique. Ce sera l’occasion d’attirer l’attention sur la lutte des Huichols contre un projet d’extraction minière qui menace aujourd’hui le territoire sacré où ils récoltent le peyotl.
Propos recueillis par Yannis Ruel
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