A Marseille, le Front National a atteint des scores particulièrement élevés aux élections cantonales de mars 2011. Dans cette ville-monde, quel regard portent ses électeurs sur les cultures des autres ?
Les musiques du monde ? Des musiques de « dégénérés » ! C’est l’appréciation décomplexée d’une conseillère régionale FN en PACA pour justifier le refus de voter une subvention à la manifestation Babel Med Music, qui s’est tenue en mars à Marseille. Un terme qui n’est sans doute pas utilisé par hasard par l’élue frontiste puisqu’il qualifiait déjà, sous le régime nazi, toute musique qui ne correspondait pas aux normes de l’art officiel. Mais dans une ville dont la marque de fabrique est la diversité des origines, les électeurs du parti d’extrême-droite partagent-ils forcément cette vision étriquée de la culture ? En clair, le racisme et l’ethnocentrisme s’expriment-ils jusque dans les goûts musicaux ?
Difficile de généraliser sans tomber dans les clichés. D’abord parce que l’électorat du Front national n’est pas homogène. Aussi bien d’un point de vue générationnel que social voire ethnique. A Marseille, comme ailleurs, certains bulletins de vote peuvent surprendre. C’est le cas avec Robert, petit-fils de républicain espagnol, aujourd’hui emporté par la « vague bleu marine », comme près d’un électeur sur deux, le 27 mars dernier, dans ce canton de La Capelette. Une dérive idéologique qui ne l’empêche pas de s’émerveiller devant le cante de Paco Ibanez, voix indissociable de l’anti-franquisme. « C’est le plus grand ! », affirme celui qui ne jure que par le flamenco et la salsa, « parce que ça permet d’inviter les femmes à danser ».
El poeta a su amada (César Vallejo), Paco Ibañez
Un attachement aux racines que l’on retrouve dans beaucoup de communautés. Héritiers de l’immigration italienne, espagnole, portugaise, ils ne sont pas à une contradiction près : confier leurs suffrages aux Le Pen, hérauts du repli identitaire et autre préférence nationale, tout en affichant fièrement leur culture de naissance et les expressions artistiques qui vont avec.
Douce France, Carte de séjour
Dans le quartier arménien du 12ème arrondissement, c’est le même phénomène. Raphael, la vingtaine, vit entouré des siens. Famille ou amis, tous sont originaires d’Arménie. A la maison, les musiques populaires arméniennes aux influences multiples tournent en boucle. « La France n’est pas raciste mais elle doit faire respecter sa tradition chrétienne », argumente le jeune homme, visiblement déboussolé par la diversité culturelle de la société française. Françoise, elle, n’y va pas par quatre chemins : « On est en France. La musique anglo-saxonne, passe encore, mais pour le reste, ce n’est pas notre histoire et n’a rien à faire chez nous ! »
Hingala, Djivan Gasparyan
Cadre, Emeline n’est pas qu’une électrice frontiste. Elle est devenue militante après l’accession de Marine Le Pen à la présidence du parti. La chanson française est son seul credo. « Parce que je comprends les textes », précise-t-elle. A l’exception du rap tricolore qui la hérisse : « Ce n’est pas de la musique mais un tissu de violence verbale qui salit notre patrimoine ». Elle reconnait toutefois que les mélodies d’une Cesaria Evoria ou d’un Salif Keita lui font remuer le bassin. Mais ce goût pour « l’exotisme » atteint ses limites lorsqu’elle entend quelques notes de raï s’échappant parfois des autoradios. « C’est fort, cela agresse, on ne se sent plus chez nous ! » Des propos qu’elle atténue quand la femme de ménage de ses parents lui apporte « un bon couscous »…
On se croirait presque dans un sketch de Dieudonné tellement les témoignages sont absurdes. L'ignorance est une des pire maladies. J'ai envie de pleurer....