"Débordanses" : l'hommage musical à Edouard Glissant
27/05/2011
Sans même un mot, Jacques Coursil s’avance seul sur la scène des Bouffes du Nord. Recueilli, visiblement ému, il embouche sa trompette. Les notes bleues qui en jaillissent rappellent l’absence et le vide occasionné par la disparition de son complice de longue date :Edouard Glissant. Le festival La Voix Est Libre lui a en effet proposé, comme à d’autres artistes issus des musiques traditionnelles et improvisées, de venir saluer la mémoire du penseur antillais à travers une création qui s’intitule « Débordanses ».
Ensuite se met en place la mécanique du « Tout-Monde », chère au poète. Il n’est plus vraiment question d’hommage mais de mise en pratique de sa pensée. Musiciens et danseurs vont et viennent, s’expriment tous ensembles ou à tour de rôle. Chacun apporte sa pâte, puise dans son imaginaire, suggère ou s’adapte. Cela donne lieu à de remarquables interactions totalement improvisées...
La batterie de Sonny Troupé répond aux claquettes de Tamango, ou au beat box de L.O.S.. Raphaël Quenehen tente, à l’aide de son saxophone, de charmer la danseuse Antoinette Gomis, suivis par les autres musiciens qui se mettent en cercle autour d’elle. Le scat de Bernard Lubat inspire les chants rythmiques indiens du percussionniste Mossim H. Kawa. Le rap du slameur et contrebassiste Dgiz anime les figures libres de Raphaël Quenehen.
Pendant que les corps vrillent et glissent, on reconnaît des airs de biguine, de samba, de rap, ou de musiques traditionnelles indiennes. Les contrées de ce paysage imaginaire instable sont traversées sans capitaine, la musique y est affranchie de toute contrainte. Les identités et expressions de chacun s’accordent en rhizomes, le public est même invité à participer.
Jazz Nomades : Rhizomes, hommage à Edouard Glissant, le 24 mai 2011 au théâtre des Bouffes du Nord
Approcher l’œuvre d’Edouard Glissant, c’est se risquer sur d’autres rivages. C’est aller interroger l’universalité, comprendre que le monde est composé d’une multitude de cultures qui se côtoient et s’entremêlent. Comme le rappelait le penseur, « L’unité du monde passe par une unité de ses diversités, […] nous pouvons partager nos imaginaires sans les détruire ». Ce soir là, les artistes en ont fait une démonstration éclatante.