Commerce équitable : rencontre entre la musique et le café
25/05/2011
Assis au bord du canal de l’Arsenal à Paris, deux producteurs éthiopiens de café attendent l’arrivée du percussionniste algérien Guem. Tandis que Tilahun Garsano, président de la coopérative Sidama en Ethiopie, reste en retrait à cause de la barrière de la langue, le directeur adjoint, Berhanu Legesse, prend la parole : « Chez nous, le café représente à la fois la nourriture, l’argent et la vie ». Dans le cadre de la Quinzaine du commerce équitable,Laurent Muratet, directeur marketing d’Alter Eco, a invité ces deux producteurs à rencontrer leurs homologues français. Entre la visite de vignes bourguignonnes et une conférence, il a organisé un pique-nique avec un musicien sensible aux questions de commerce équitable.
Berhanu Legesse (à gauche) et Tilahun Garsano (à droite)
En attendant Guem, le café, activité agricole principale propre à l’Ethiopie, est l’objet principal de la discussion. Sidama regroupe 87 000 membres correspondant à autant de familles. C’est ce que Laurent défend, « le développement d’une agriculture familiale contre une monoculture intensive ». S’ils sont des producteurs de renommée mondiale, les Ethiopiens sont également friands du breuvage. « 40% de la production est consommée localement, précise Berhanu avant d’ajouter, le café prend une grande importance lors d’évènements comme les mariages ou les deuils ». Lancé dans une description minutieuse du cérémonial - graines torréfiées, nettoyées, broyées et distillées -, Berhanu est interrompu par l’arrivée de Guem.
Guem
Après la distribution de salades (bio), le percussionniste, en concert au Festival Alter Eco le 10 juin prochain, embraye sur un sujet qui lui est familier : la musique. « Le jazz vient d’Afrique et la musique éthiopienne s’inspire beaucoup de sons orientaux ». D’origine nigériane lointaine, le musicien se sent lié au continent africain et se dit sensible à la nature. « Si je dois acheter quelque chose, je me tourne vers les petits producteurs. Leur production est familiale, leur café est fait avec le cœur ».
Une fois le ventre plein, la discussion dévie sur les Azmaribet. Dans ces lieux dédiés à la musique, symboles de résistance contre le pouvoir, le café est servi gratuitement. Les Azmaris, - sorte de « griots éthiopiens » selon la description donnée par Guem -, improvisent des histoires en musique. Généralement, deux d’entre eux confrontent leur chant, dans une ambiance toujours amicale. Sourire aux lèvres, Berhanu esquisse quelques mouvements d’épaules. Guem, de son côté, déplore que dans le hip hop ces échanges de parole soient devenus des affrontements agressifs…
De gauche à droite : Laurent Muratet, Guem, Berhanu Legesse et Tilahun Garsano
Une heure et une salade de fruits plus tard, le temps est venu pour les Ethiopiens de se rendre à leur conférence. Avant de se séparer, le musicien indique les bons coins où dégoter une guitare d’occasion, tandis que les producteurs lui offrent du café made in Ethiopia.