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Festival de Saint-Denis : les chants du possible

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Festival de Saint-Denis : les chants du possible

24/05/2011

Debout au milieu de l’une des classes de l’école maternelle du Lendit, à un jet de pierre du Stade de France, Asta, drapée dans un boubou flamboyant, guide une quinzaine de femmes - et un homme - dans les paroles de Kunfe Ta, une chanson de son compatriote Habib Koité. « Pourquoi on laisserait pas les enfants chanter ce passage ? », suggère l’une des chanteuses, découragée par la prononciation des paroles du refrain. Pas évident, le bambara. Comme tous les vendredis soirs depuis le début d’année, la chorale Chant de quartier répète en vue du spectacle prévu le 21 mai au Théâtre de la Belle Etoile, à Saint-Denis. La dizaine de chansons de leur répertoire a ceci de particulier que chacune représente la diversité de la population du quartier de la Plaine, particulièrement métissé. « L’idée, c’est de montrer toutes les strates de population, à travers les différentes couches d’immigration qui ont peuplé la ville », explique Katell Cheviller, la directrice adjointe du festival de Saint Denis, à l’origine du projet.

 

 

 

Linda de Suza, O Malhao Malhao

 

 

 


Du coup, la sélection musicale est des plus éclectiques :  outre Kunfé Ta, les choristes ont répété Tri Martolod, en écho à l’immigration bretonne venue dans l’entre-deux-guerres construire le métro, une reprise du groupe kabyle Djurdjura, et O Malhão Malhão, de Linda de Suza. Complètent la sélection : Ensemble, de Jean Jacques Goldman, Sampo, un chant japonais tiré du film Totoro, ou Hasta Siempre, l’hommage à Che Guevara... Derrière son clavier, Eric Vinceno fait défiler les partitions pour cadrer ce petit monde, qui peut compter jusqu’à une quarantaine de participant(e)s. Contrebassiste aguerri, Vinceno a joué avec Dizzy Gillespie, Myriam Makeba ou Mory Kanté et réside à Saint-Denis depuis plusieurs années. Il fait preuve d’une patience à toute épreuve pour mettre en place des harmonies à trois voix, ou noter les notes d’une seconde voix à l’adresse d’une chanteuse qui se demande bien si elle va arriver à déchiffrer tout ça. « C’est intéressant de faire ressortir la diversité du quartier, estime-t-il. On aurait pu avoir encore plus de langues dans le répertoire. Certaines posent des difficultés : en bambara par exemple, il n’y a pas la sonorité “je” ».

 


Jamais très loin des jambes des chanteuses, les enfants gambadent, réclament un gouter, se font réprimander quand le ballon rebondit à contretemps du rythme du morceau. C’est que les femmes de la chorale sont souvent des mamans. Parmi celles-ci, Malika El Fatimé explique venir « car j’adore chanter, j’oublie tout ». Originaire de la ville de Mohammedia, entre Rabat et Casablanca, Malika est arrivée dans le quartier en 98 et a bien des choses à oublier : un emploi précaire dans une cantine scolaire, l’attente, depuis sept ans, d’un vrai logement pour partir du sien, 28m2 où courent ses deux enfants, mais aussi des souris... Mais Malika apprécie le quartier et sa diversité : « ici, c’est bien, il y a des gens de partout. On ne se sent pas comme des étrangers...».

 

 

 

 

Bertrand Bouard
 


24/05/2011
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