"Barbès Café" ou l’histoire de l’immigration en musique
20/05/2011
Derrière son comptoir, Lucette essuie distraitement des verres en se remémorant à voix haute l’arrivée des premiers immigrés algériens dans les années 1950. C’est dans son café que certains d’entre eux venaient se réfugier le soir pour chanter le blues de l’exil… La vibration d’une corde puis le son d’une mandole exhortent le public à tourner la tête du côté de la scène, où se dresse une dizaine de musiciens. Le spectacle Barbès Café, organisé chaque soir jusqu’au 28 mai au Cabaret Sauvage, a démarré.
Mandole en main, la voix grave du chanteur Djemaï Hafid nous embarque en Algérie. S’ensuit alors une série de reprises deLili Boniche, Cheikh El HasnaouiouSalah Saadaouipar une nouvelle génération d’artistes. Alors que la reprise d’Algérie, mon beau pays composé par Slimane Azem émeut le public, l’entraînant Sidi H’Bibi de Salim Halali réveille en un rien de temps les danseurs et les youyous lancés à la volée. Danse, théâtre et musique alternent et abolissent les frontières entre l’espace scénique et le public. Le spectacle se transforme alors en joyeux bordel.
Lucette réapparaît ponctuellement pour nous replonger à des moments charnières de la vie de ces immigrés : l’épisode meurtrier du métro Charonne, l’indépendance de 1962, l’élection de Mitterrand et les quelques 120 000 régularisations de sans papiers, la montée de Le Pen… De chaque côté de la scène, des projections d’images d’archives viennent illustrer les propos de la narratrice. Entre les problèmes d’intégration, le racisme ou la nostalgie du pays, les sujets évoqués sont chargés de souvenirs douloureux. Avec une certaine légèreté, teintée parfois même d’autodérision, ces fils et petits fils d’immigrés, balaient plus de soixante ans d’histoire et témoignent de la richesse du patrimoine de l’immigration.
Après plus de deux heures de spectacle et avant de laisser place à l’invité du jour (le chanteur marocain de rhythm and blues Vigon ce mercredi 18 mai), l’ensemble des artistes se retrouve sur scène pour une dernière chanson dédiée au Printemps arabe…histoire de clore ce balayage historique sur une touche d’optimisme !